‹ La Contracture Latente des Convalescents de TétanosChapitre 13 sur 19 · NE · texte numérisé non relu

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Il se dégage de leurs résultats « cette notion inattendue que les trois lypes de neurones périphériques, le moteur, le sensitif et le sympathique sont nat ts aptes à absorber la toxine tétanique ». F

Toutefois, les nerfs masséterins contiennent la toxine en quantité considérable et cette affinité particulièrement remarquable des parties périphériques de ces nerfs nous fait comprendre pourquoi chez l’homme et chez le cheval le symptôme le plus précoce et qui disparaît le dernier, dans les cas qui guérissent, est le trismus. .

Il semble que la toxine suivant la voie sanguine est extraite par les fibres nerveuses dont le pouvoir d'absorption est le plus intense et qui manifesteront les premières les symptômes qui attestent la souffrance des centres nerveux auxquels ces fibres correspondent. On peut supposer que la brièveté seule du neurone masséterin en rend plus rapide la saturation par la toxine ; la conséquence de celte saturation rapide, c'est que le neurone cérébral avec lequel s'articule le neurone masséterin sera lui-même plus rapidement atteint.

Injectée directement dans le sang, la toxine est absorbée par tous les neurones périphériques dans le même état de dilution, ce qui explique le début tardif des contractures et leur généralisation d'emblée ; mais par celte voie il faut une quantité de Loxine de beaucoup supérieure à celle qui produit les mêmes effets par la vole sous cutanée.

Qu'elle que soit la voie d’inoculation, la toxine

se fixe en dernier lieu sur les ‘régions bulbo-spi-

à nales, mais peut-être avec plus de prédilection sur la ‘ région bulbo-protubérantielle, notamment sur les noyaux maslicateurs ; MM. Troisier Er Roux, purent, en effet, dans un cas de télanos humain y retrouver Ja toxine ; : celte fixation élective explique, comme nous venons de V'exposér plus haut, la” prédominance de la contracture tétanique dans la sphère motrice du trijumeau.

- L'intégrité de l'intelligence et de toutes lss facultés sensorielles a depuis longtemps écarté l'hypothèse d’une localisation de la toxine sur les centres nerveux supérieurs ; toutefois il ne sont pas insensibles à son action. C'est ainsi que MM. Roux et BorRez introduisant la toxine directement dans le cerveau d'un lapin purent Jimiter son aclion à un groupe déterminé de cellules par suite de sa fixalion quasi immédiate ; ce qui eut pour effet de provoquer une maladie inconnue : le tétanos cérébral dont les symplômes dépendent des fonctions du territoire intoxiqué. |

Celte maladie est caractérisée par une excitation extraordinaire, par des crises convulsives intermittentes, des troubles moteurs et de la polyurie qui ne rappellent en rien le tétanos ordinaire ; le poison en effet n’agit plus dans ce cas sur la moelle épinière mais sur les centres psychiques et sur les régions motrices du cerveau, qui réagissent à leur façon.

Cette expérience de Roux et BorreL a l'intérêt, en outre, de nous montrer se salisfaisant én vivo celle affi-

nité de la cellule nerveuse pour la toxine télanique.

se | A, Pathogénie des contractures tétaniques

si e

= Sur quelle partie du système nerveux, sur quel point

de l'arc sensitivo-moteur agit la Loxine ?.

MM. VAILLARD et VINCENT constatant le début des

contractures au point inoculé, avaient pensé que la

toxine était un poison neuro- musculaire. Mais en utilisant la propriété que possède le curare d'agir sur les plaques motrices et de séparer ainsi le muscle du système nerveux on peut se rendre compte si.le muscle recoit de la toxine une excitation. directe ou de l’hyperexcitabilité ou si le système nerveux est seul en cause.

Il résulte des expériences de Courmonr et Doyon (1893) que les contractures . disparaissent en totalité immédiatement aprés l'introduction du curare dans l'organisme tétanique. Ces résultats furent confirmés par C. BruNxER et GUMPRECHT en 1894. ,

Déjà Vucpian en 1857 pensait que la toxine n'agissait pas sur le muscle ce qui lui faisait rejeter le curare comme moyen thérapeutique dans letétanos « qu'il soit spontané ou traumatique le tétanos a certainement pour cause directe un état de la moelle épinière, analogue à celui qui détermine la strychnine. Agir par le curare, c'estde même que dans l'empoisonnement par la strychnine, s'adresser à des organes qui: ne sont pas intéressés dans la maladie ;: c'est en affaiblissant ces organes el en s'exposant à abolir leurs fonctions ajouter une chance

de mort aux probabilités si funestes du tétanos. »

hd

La toxine n'a done aucune aclion directe sur le muscle ; elle n'est pas un poison musculaire. Tous les auteurs sont d'accord sur ce point,

Courmonr er Dovow, cherchant alors sur quel point

de l’arc nerveux (nerf moteur, nerf sensilif, et axe céré-

bro-spinal) agit le poison tétanique, arrivèrent aux résultats suivants :

Dans un membre télanique après séclion de tous les nerfs moteurs, les contractures cèdent : si l’inoculation est postérieure aux sections, le membre énervé reste flasque. La seclion du nerf moteur ou de ses racines médullaires rend donc impossible la contracture télanique des muscles correspondants. | | - Ils obtinrent des résultats identiques après destruction au stylet, de la moelle lombaire, c’est ainsi que l'injection de toxiné, qu'elle soil faite dans le sang ou dans un point quelconque du corps, éngendre des contractures qui respectent Loujours le train postérieur de l'animal. ;

Expérimentant ensuite chez le jeune chien dont on

peut détruire les racines postérieures sans ouvrir la dure

mère, ils sectionnèrent les racines sensilives correspondant à un membre, avant et après l'apparition du tétanos, ils observèrent alors que le télanos respectait toujours Fa palte dont les muscles étaient reliés à la moelle par tous les filets moteurs, les centres étant seulement privés des filets sensitifs de cette patte. Ainsi, un muscle relié par son nerf moteur à un

tronçon médullaire intact ne peut se contracturer sous

ns

à — 40 RSR

l'influence di poison tétanique si ie tronçon médullaire

ne reçoit aucu filet sensibif.

Mais ces expériences étaient incapables d’ élucider le

problème de la pathogénie des contractures tétaniques.

Courmonr et Doyon pensant que la toxine tétanique agissail plus probablement en rendant hyperexcitable un point de l'arc nerveux qu'en |’ excitant par lui-même complétèrent leurs recherches par l'étude de l'excitabi-

lité comparée des différentes parties de l'arc nerveux.

. Chez un jeune chien, dont une seule patte était téta-

nique, ils firent la section de toutes les racines. sensiti-

ves lombaires, puis sectionnèrent également la moelle au-dessus de la région opérée. Il existait donc un tronçon médullaire sans communication sensitive avec les extrémités ou les autres centres et relié par les nerfs moteurs aux deux pattes postérieures. AE Excitant alors les racines avec la bobine de Dusois-

ReyMonn ils arrivèrent au résultat suivant :

1° que l'excitation des racines sensitives du côté sain avec un courant induit faible qui ne produit rien dans la patte correspondante fail contracter l’autre patte antérieurement tétanique.

2° que l'excitation directe de la moelle avec le courant faible ne provoque des contractures que du côté malade. 5 un

3° que les racines motrices sont également excilables des deux côtés. È :

De toutes leurs recherches Courmonr et Doyon con-

cluent que la contracture tétanique n'est qu’un réflexe,

SEE = et :

dû non à excitation directe d'un point de l'arc nerveux par le poison, mais à l’ hyperexcitabilité de tout ou partie de cet arc, les excitalions périphériques normales ayant ainsi, chez le létanique, des effets exagérés. Pour ces ‘expérimentateurs /a {oæine lélanique ne modifieratt pas l'excitabilieé des nerfs moteurs, elle agirait comme si elles ‘adressait aux neurones sensitifs.

Mais il y a sur ce point des réserves à faire. Les

faits, en effet, que nous rapportons, ne paraissent pas

confirmer cette hypothèse. La contracture post-tétanique Lélanique a son dégré maximum d'intensité au moment même où l’anesthésie est complèle, comment alors incriminer une hyperexcitabilité du neurone sensitilif, puisque l'abolition du réfiexe oculo-palpébral et des réflexes cutanés indique précisément la disparition Lotale des réactions de l’organisme aux excitations sensilives.

Courmonr {er Doyon ont d’ailleurs constaté, après l'administration de grosses doses” de chloroforme au lapin, au chien, à l’homme tétanique, que «les contractures cèdent, mais parfois incomplètement ; certains muscles ne recouvrent pas toute leur souplesse ».

Il semble donc que la contracture télanique dépende | de l'excitation directe du neurone moteur spinal, sous l'influence de la toxine, et à l'appui de cette hypothèse nous citerons les travaux de Marinesco et de Manouë- LIAN, relatifs à l'étude histologique de la moelle et du

bulbe d'animaux et de l’homme ayant succombés à

l'infection. tétanique.

MARINESCO, appliquant la méthode de coloration de

DOS NissL trouva dans les grandes cellules des cornes, antérieures de la moelle «des lésions caractéristiques qu'on ne découvre dans aucune aulre intoxication que Le tétanos ». Ces lésions seraient constituées surtout en. hemorragies diffuses dans les cornes antérieures el en modifications cellulaires. Une partie du côté du cylindraxe serait opaque, les éléments chromatophiles élant devenus invisibles. Le noyau situé dans la partie chaire de la cellule serait volumineux. et mal délimité ; le cylindraxe granuleux et très coloré et les pr olongements protoplasmiques granuleux avec des pointes épineuses. Parfois la cellule tout entière serait transformée en bloc homogène. |

Pour MariNesco ces lésions absolument constantes et spéciales au télanos seraient produites par une combinaison de la toxine avec le cytoplasme du neurone.

J. Courmonr, Doxow et Pavior objectèrent que les altérations des cellules des cornes antérieures si elles se constatent chez les animaux tétaniques peuvent se relrouver dans un grand nombre d’intoxications et chez les animaux indemnes d'infection tétanique. Pour ces expérimentateurs ces lésions ne sont donc pas pathognomoniques puisqu'elles peuvent exister sans tétanos et que le tétanos peut exister sans elles.

Mais plus récemment (1915) M. ManouéLian reprenant cette étude, dans le cas de tétanos humain, avec beaucoup plus de précision que les auteurs précédents, (par suite de l'emploi d'une autre méthode histologique : fixa-

Lion au sublimé à l'alcool acétique de GiLsoN et méthode

D ce.

: 146 Mann au bleu de méthyléosine) découvrit dans le cyto- plasme etdans les expansions cyloplasmiques des cellules nerveusees de la moelle épinière, surtout dans les neurones de la corne antérieure, des corpuscules parti-. culiers colorés en violet rouge ou rouge franc, de dimension inégale et de forme variable.

Voici quels seraient leurs caractères et leurs pro- | priétés : : « disposés d'une façon plus ou moins régulière, - cescorpuscules paraissent en voie d’ évolution ,on peuten . effet saisir les différentes phases de leur transformalion : ils se colorent faiblement en rouge, à un autre stade ils prennent le bleu, puis ils deviennent de plus en plus pâles. re

Ces éléments se retrouvent dans les centres pontolb nedullares et surtout dans les cellules: nerveuses mofrices et font absolument défaut dans les cellules nerveuses de la corticalité, de Ja corne d’AmMoNn elc.….. »

ManouËLian croît que dans le télanos humain les granulations de Nissi, qui ont une analogie assez frappante avec les corpuscules qu'il a décrits, présentent des réactions histo-chimiques anormales ; alors que la methode de Mann ne décèle rien de particulier dans le cytoplasme des cellules sauf les corps chromalophiles de Nissu qui ne se colorent pas au fort mal et sont baso- -philes à l’état normal, se laissent par contre colorer’ par la méthode de Mann mais sont amphophiles ou acidophiles dans le tétanos humain.

La totalité des granulations subit-elle cette transfor-

mation ?

Si l'on traite successivement des coupes par les méthodes de Mann et de Nissr, on voit apparaître dans l'intérieur des cellules nerveuses un grand nombre de corpuscules basophiles de Nissz qui n'étaient pas décelables par la méthode de Mann seule, ce qui permet de conclure qu’il n’y a qu'une partie des granulations qui . subit cette transformation.

Ces deux méthodes combinées montrent encore des modifications importantes du noyau des cellules nerveuses. La membrane nucléaire disparaît, le nucléole qui normalement se colore en bleu foncé avec ces deux méthodes, présente quelques sphérules rouges par la méthode de Mann, parfois il est entièrement teint en rouge, enfin il se fragmente en un certain nombre de granulations. | |

Quant à la charpente neuro-fibrillaire des cellules motrices, son riche réseau et sa merveilleuse délicatesse témoignent de sa parfaite intégrité.

Il est donc possible d’après MaNouÉLIAN de se rendre compte histologiquement, dans le tétanos humain, des modifications que subissent les centres nerveux :

l° Apparition dans le cytoplasme et les expansions cytoplasmiques de corpuscules en voie de transformation.

2 Intégrité du réseau neuro-fibrillaire :

8° Localisations des allérations cellulaires dans les cellules motrices motrices bulbaires et spinales avec

intégrité des neurones sensitifs.

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