CHAPITRE V Une élection dramatique
Comme pour encourager le Comité permanent à brusquer les choses, on disait que le 5 décembre 1790, une émeute contre-révolutionnaire s'était déroulée dans les rues de Perpignan. On disait aussi que le comte d* Artois, dirigeait une opération militaire sur Lyon. Les brigades de gendarmerie, avaient surpris dans la campagne une réquisition de 300 chevaux (i).
Cependant, il fallait, pour opérer un nouveau rassemblement, trouver un prétexte plausible. En attendant que les événements le leur fournissent, les chefs catholiques adressèrent le i*"" février 1791 un appel à toutes les légions.
Cette circulaire fut imprimée à Uzès et répandue par les soins de Gadilhe, chef de la légion de Banne.
Elles étaient conviées à un grand repas qui aurait lieu, le 13 février chez Malbosc.
A la date convenue, quarante personnes étaient réunies autour de lui. Nous les connaissons pour la plupart, pour avoir participé à la première Fédé-
(i) Affaire de Hussy.
ration. Il y avait aussi beaucoup de physionomies nouvelles.
Il y avait là : Bastide de Chabannes et l'abbé de Malbosc. Ce dernier voisinait avec ses confrères Paul Maigron prieur de Saint-Alban et Boissin-Laroche ésous^diacre de Saint-André^e-Cruzières. Plus loin, Tabbé Lachamp, vicaire de Banne, s'entretenait avec Malignon qui, malgré ses fonctions de secrétaire de mairie, et risquant sa place, n'avait pas hésité à se joindre à ses amis, imitant en cela le désintéressement de Desâtre, greffier. Perrochon, notaire de Saint- Ambroix, se faisait remarquer par la vivacité de ses discours.
De Sauveplanne, de Joyeuse, ancien garde du comte d'Artois, le colonel Gervais, le vétéran Nadal, de Banne, ancien carabinier, Crégut et son fils, ce dernier dragon du régiment des Deux-Ponts en congé de six mois, de la Chadenède, ancien syndic des Etats du Vivarais, de Rocles-Tauriers, maréchal de camp, Gilles des Vans, Graffont de Pierregras, et d'autres encore, remplissaient l'humble demeure du maire de Bernas du bruit de leur conversation.
L'assemblée comptait des militaires éprouvés. M. de Malbosc fit appel dans son rapport, à leur concours.
— Puisque, dit-il, les autorités sont impuissantes à sauvegarder les droits des catholiques, nous allons le faire nous-mêmes. C'est une décision
grave, car elle entraine quelques démonstrations armées dans les endroits où nos amis sont le plus menacés. Nous espérons qu'elles feront impression sur les plus turbulents et les engageront à se modérer pour T avenir.
— Ils allument la guerre civile mais nous commencerons avant eux !
— Pour paralyser les velléités calvinistes, répondit M. de Sauveplanne, il faut des troupes et, grâce à Dieu, nous les avons. La province, dans sa grande majorité, est derrière nous. Le premier rassemblement de Jalès a démontré que nous pouvons réunir en peu d'heures 35.000 soldats.
— C'est exact, mais nous ne pouvons compter sur les contingents fournis par les chefs-lieux de cantons comme Villeneuve-de-Berg, Bourg-Saint- Andéol, et même sur les Gardes Nationales de Largentière, pourtant si près de nous. Ces formations sont travaillées par l'esprit révolutionnaire qui s'infiltre dans les villes de quelque importance. Nous ne pouvons refuser leur concours, nous devons même les convoquer comme les autres, mais on ne peut se faire illusion sur l'utilité de leur présence.
M. de Chamaleilles intervint :
— Depuis la visite de M. de Polignac, j'ai surveillé l'équipement des légions, et je puis assurer qu'elles sont prêtes à entrer en campagne.
— Je vous remercie de cette coimmunication fit Louis de Malbosc ; il était dans mon intention de vous proposer la formation d'une ligne de postes protecteurs sur la limite de rArdèche... Maintenant, ajouta-t-il à voix plus basse, il est temps de faire faire des faulx manchées à rebours et des piques....
On décida que le rendez-vous serait fixé à nouveau dans la plaine de Jalès.
On arrêta la composition d'un commandement qui devait prendre la direction et la responsabilité du mouvement. Ce conseil de guerre s'installa sur le champ dans le château de Jalès.
On nomma les lieutenants : Chalbos de Teyrargues, ancien conseiller au présidial de Nîmes ;Pascal; Delbos, d'Auzon; Ducros; Moutet Abillat; Théron, de Valoubière; de Beaumefort; Tourée de Peyroche.
A la nuit tombante, on se sépara. I^es délégués les moins éloignés reprirent isolément le chemin de leurs paroisses. D'autres en étaient distants de plusieurs lieues. Ils trouvèrent asile à Berrias où le maire et ses administrés, qui se solidarisaient avec leur édile, leur procurèrent un abri.
M. de Malbosc pria ses amis de revenir le 17 février et accompagna sur le chemin MM. de Combré, Folcher, commandant de Naves et Régis de la Saumès, qui allaient mobiliser leurs formations.
En revenant sur ses pas, T animateur du mouvement s'arrêta dans le bas fond de Lauze. Il promena ses regards sur les montagnes noires où, à côté d'étendues rocailleuses, s'élevaient des maisons paisibles, asiles du travail. Les prairies alternaient avec les bois touffus. C'était un mélange étonnant de la Nature sauvage et de la Nature cultivée. Elles étaient vastes et sèches toutes deux, friches et brandes les absorbaient ; leurs toisons épineuses semblaient monter en troupes sombres des ravins.
De temps en temps, apparaissait la main des hommes. Mais on devinait qu'ils ne s'étaient établis à cette place qu'au prix d'efforts constants. Chaque récolte était une victoire sur la glèbe rebelle.
Malbosc se demandait s'il interprétait bien los aspirations du peuple ainsi attaché au s<A.
Deux issues étaient seulement possibles à l'aventure où il se jetait avec ses amis : la ruine ou la victoire. De la première il ne voulait point voir les conséquences. Et d^jà, il se remettait à supputer les développements de la seconde assemblée de Jalès convoquée le 20 février 1791...
Dès le lendemain, quatre commissaires écrivirent les lettres de convocation qui devaient partir le 18.
Un événement inattendu devait çn précipiter l'envoi. Cette méticuleuse préparation fut hâtée, et le dénouement se précipita.
On avait décidé qu'une réserve de provisions pour trois jours serait emmagasinée dans les chambres du château de Jalès. On assurait aux fédérés nécessiteux une paye de dix sous par jour.
C'était donc une armée proprement dite qui était conviée dans la célèbre plaine, avec des bases constituées, avec une administration chargée d'assurer sa subsistance.
« L'affaire est très sérieuse, disait-on dans la lettre d'appel, il est nécessaire d'arriver avec le plus de monde possible, des armes, des munitions et des vivres ».
Il n'y avait pas encore de général. Il ne parait point qu'on eut songé à en nommer un. Faute d'arvoir pourvu à ce poste à temps, en y plaçant un soldat éprouvé, le Comité permanent essuiera une défaite sévère.
Comme s'il eut été dans la destinée de cette assemblée de royalistes d'être trahie, leurs projets, si secrets qu'ils fussent en apparence, furent appris à Privas, chef-^lieu du département.
Cette fois encore, c'était tout près d'eux que la délation apprêtait ses pièges perfides.
Deux prêtres constitutionnels : Chapanhet, vicaire de Berrias, et Borne soutenus par un nommé Blanc, de la Sarrasine, officier municipal, écrivi-
rent un mémoire dénonçant les réunions de Berrias aux pouvoirs judiciaires de TArdèche.
On révélait qu*un « appel licencieux » aux armes était répandu partout. C'étaient les convocations dont 200, déjà étaient signées.
Cependant, cet adjectif surprenait sous la plume de l'abbé Borne, connu pour le dérèglement de ses moeurs. Il se déf roqua peu après pour vivre sans contrainte. Il vécut en effet dans la débauche dans sa propriété des Lébres, toute voisine.
Ce Mémoire dénonciateur laissa ses destinataires incrédules.
Ceux-ci ne voulaient pas croire à tant d'activité de la part des partis politiques, malgré les avis qui leur en étaient périodiquement donnés.
L'agitation, nous l'avons dit, commença dans le Midi avec la loi sur les biens ecclésiastiques ; elle gagna en acuité à mesure que les décrets contre le clergé et les ordres religieux se multipliaient et devenaient plus rigoureux.
A tJzès, elle arriva au paroxysme dans les premiers mois de 1791.
Cette ville a toujours été considérée comme la forteresse de la réforme qui y fut prêchée par un ministre de Genève, en 1560.
Cette atmosphère hostile ii*empechait point l'abbé Bastide de la Mollette de se prodiguer pour faire des adhérents au mouvement de Jalès. Il fallait, du reste, préparer les esprits à la marche militaire projetée.
Uzès était, à la limite du département du Gard, l'objectif des premières opérations. Une fois en possession de cet important nœud de routes, les fédérés pouvaient rayonner ultérieurement sur Avignon, par Remoulins^ de concert avec une colonne qui devait s'assurer, très tôt, de la citadelle de Pont-Saint-Esprit ; au sud, c'était Nîmes qui s'offrait, derrière les gorges du Gardon ; du côté du couchant, Alais attendait que les insignes catholiques se présentassent à ses portes pour leur montrer le chemin des redoutables Cévennes.
Le collège électoral était convoqué à Uzès pour le 28 février, à l'effet de nommer l'évêque constitutionnel du département. Le précédent prélat, M. de Balore, n'avait pas prêté serment : il était déclaré déchu en exécution de la loi. Son exemple avait été suivi par nombre de ses suffrageants.
Dans le district où travaillait si activement le chanoine de la Mollette, on comptait 85 prêtres réfractaires sur un total de 91. Aussi dès que l'Assemblée Nationale tiendra dans sa main les dignitaires ecclésiastiques devenus ses créatures,
'jd I.A CONTRE-RÉVOLUTION DANS LE MIDI
elle donnera contre les récalcitrants l'exemple de la plus grande rigueur.
Le pasteur qu'on proposait aux habitants du Gard était étranger au pays. Il en ignorait tout. On n'en pouvait trouver un moins au courant des aspirations de ses fidèles.
C'était un protégé de Rabaut Saint-Etienne. Il se nommait Dumouchel et était recteur de l'Université de Paris, d'assez basse extraction. Il arrivait, pyrécédé de la renommée de philosophie sceptique dont ce corps était friand.
Il avait donné, à plusieurs reprises, des gages aux illusions de son temps, et se flattait d'être l'ami de Bailly, le nouveau maire de Paris.
On ne réunit pas les électeurs sans difficultés. Les circonstances étaient critiques. Le Nord de la province était en effervescence. A Uzès même, on ne vivait pas dans le calme.
Cette ville, on l'a dit, possédait un noyau convaincu de partisans de Calvin, qui avaient également la majorité an Directoire du district.
Or, à cette éjxxjue, le régiment de Bresse, était chargé par la municipalité du maintien de l'ordre. Il était favorable aux catholiques et cette inclination portait ombrage aux autorités déparmentales.
D'une part, les édiles désiraient maintenir ces soldats aux postes qu'ils occupaient depuis longtemps ; de l'autre, on demandait qu'ils fussent
remplacés par les dragons de Lorraine, connus pour leur ferveur protestante.
Ce fut ce dernier parti qui remporta. L'échange s'opéra.
Le dimanche 13 février, au début de l'aprèsmidi, la nouvelle garnison évoluait sur les boulevards qui ceinturent la ville. La population, nombreuse à la promenade, détaillait les uniformes vifs des cavaliers.
Ceux-ci avaient vraiment bon air, campés sur leurs destriers, à la suite de leur colonel, M. de Beaumont, ancien premier page de la Reine. Leurs uniformes verts à parements blancs recouvraient plus d'un cœur dont les jeunes filles eussent voulu s'assurer la possession. Les chapeaux de feutre, posés droit sur des têtes mâles, attiraient les regards.
Baudriers de cuir fauve, petits fusils attachés à l'arçon de la selle, sabres de combat, tous ces équipements cliquetants et luisants faisaient avec les sonneries des trompettes, une musique altière, à la cadence de laquelle dansaient les étendards fleurdelisés cravatés de blanc.
La parade finie, les escadrons s'en furent vers leur quartier. Ils reprirent, au pas de leurs montures, les rues étroites par lesquelles ils étaient venus, comme une mer d'émeraude qui s'écoule
entre les falaises.
A peine avaient-ils dessellé, qu'un bruit sinistre vint mettre le trouble dans leurs corps avides de repos.
Dans les bas quartiers de la ville, des coups de fusil venaient d'être échangés entre gardes nationaux de diverses observances religieuses. Le sang coulait dans les rues, comme à Nîmes dans les funestes journées de juin 1790. Une rumeur homicide s'envolait sous le ciel froid ; les appels, le fracas des armes saoulaient les habitants qui, sous l'empire d'une exaltation qui grandissait de minute en minute, élevaient des barricades faites de leurs meubles familiaux.
La responsabilité de cette échauffourée est difficile à déterminer. Quel prétexte futile fut l'étincelle qui provoqua cet incendie? Une dispute banale, peut-être une raillerie. Les têtes étaient fort embrasées, et il suffisait d'une seule vexation pour tout gâter.
Les dragons étaient entrés dans la cour du Palais épiscopal, dont les écuries abritaient un grand nombre de leurs chevaux. Ils demeuraient immobiles. Les uns, la selle sur la tête, n'osaient se décider à la ranger. Les autres tapotaient le ventre de leurs montures en interrogeant leurs chefs du regard. Tous attendaient un ordre.
Il vint.
M. de Beaumont d'un geste sec, assura son épée
dans sa gaine et, faisant signe à son ordonnance, vint chausser les étriers.
A ce moment, un coup de feu claqua aux fenêtres du palais. Un soldat s*abattit près de la fontaine où hommes et bêtes venaient se désaltérer.
Une seule clameur s'élança de ces gosiers brulés par la poudre des batailles d'antan^ Le régiment se forma, se rangea dans une sorte de fièvre. Sur l'invite d'une seule note de trompette, il se rua, titan multiforme, sous le porche d'entrée. Les sabots des chevaux frappaient la neige avec un bruit mou. Ceux qui ne pouvaient passer s'écrasaient contre les bornes qui, à droite et à gauche, flanquaient le passage. C'était un grondement de tempête.
A peine furent-ils hors de la souricière où ils avaient failli se laisser enfermer, les soldats aperçurent au loin, dans la rue où les charrettes avaient laissé, sur le tapis blanc des flocons, des trainées sales, un grouillement de foule. — Chargez !
Et ces hommes, la rage au coeur, se ruèrent, le sabre haut, sur les misérables qui s'agitaient devant les maisons du quartier protestant.
C'était une scène effrayante. Ceux qui s'élançaient devinrent fous de colère, ceux que l'on chargeait fous de terreur.
Ils furent refoulés sur la mairie. On venait de proclamer la loi martiale.
8o LA CONTRE-RÉVOI.UTION DANS I.E MIDI
Les grilles étaient fermées. Nul secours ne pouvait venir aux assaillis de ce côté.
Certains d^entre eux s'étaient jetés dans la cathédrale et sonnaient le tocsin.
Les notes lugubres et martelées de la cloche tombaient sur la ville en folie. Sous la grisaille des nuages, elles allaient, portant T effroi de porte en porte, comme de mauvaises messagères.
D'autre catholiques étaient revenus à Tévêché où ils soutenaient un siège contre les dragons, qui les avaient suivis. Ils étaient deux mille à peine armés.
Ceux qui avaient des fusils tiraient par les croisées, tandis que les autres chargeaient les armes. Le château, qui avait régné avec Louis XIV, s'emplissait de fumée. On avait parqué les femmes et les enfants dans la grande salle de réception. Cette humanité débile et obéissante attendait, anxieuse, l'issue de la lutte.
Un groupe se risqua dehors. Il se vit entouré par les soldats qui se dispersaient dans tous les sens, les sabres hauts.
Dès les premiers moments, la municipalité avait été cassée par les notables protestants. Ceux-ci appelèrent à leur recours les farouches Cévenols de la Gardonnenque, comme on Tavait fait à Nîmes lors de la « bagarre ».
Le Bougés, le Cabanis, le Linoir, toutes ces chaînes de redoutables rochers se virent abandon-
LA CONTRE-RÉVOI.UTION DANS LE MIDI 8l
nées par leurs plus rudes amants. Ceux qui grimpaient, enfants, pieds nus et poitrines à Tair, dans les chemins de chèvres, ceux qui demeuraient, à Tabri des chênes, dans des masures de chaume et de branchages, ceux qui vivaient, en compagnie d*un péril incessant, de la contrebande du sel...
Uzès était au pillage.
A la suite des détrousseurs, des femmes conduisaient des ânes pour emporter le butin. Les portes des maisons furent enfoncées. Aussitôt une nuée de fauves s'abattit sur le butin. I^es familles les plus anciennes de rUzègeois : les Castille, les Trinquelague, les Champetier de Ribes virent leurs reliques ancestrales dispersées au vent. Au club des Aristocrates on brisait les chaises et les tables. Les journaux qui y étaient en lecture, les portraits et les livres, alimentèrent le foyer allumé sur la place de T Hôtel de Ville pour purifier les objets ayant servi aux contre-révolutionnaires.
Les superbes jardins de TEvêché qui s'étendaient, en gradins jusqu'à la plaine, n'étaient plus qu'un amas pantelant de buissons saccagés et de pelouses défoncées. La roseraie était à bas.
Cà et là, les flammes commençaient à s'élever.
Un groupe d'habitants éperdus sortit par la porte Saint- Julien et, sans oser se retourner, prit la route de Vallabrix.
Le chanoine de la Mollette Tavait précédé dans la fuite. Il s'était affublé d'un vieil uniforme de grenadier pour passer inaperçu. Il marchait en ce moment vers Berrias oh il allait répandre l'alarme.
Mais à peine les fugitifs furent-ils réunis, soit à Vallabrix, soit plus au sud, sur la hauteur de Saint-Hippolyte de Montaigu, qu'ils virent arriver, inexorables dans leur répression, les dragons de Lorraine lancés à leur poursuite par la nouvelle municipalité.
La mort dans l'âme, errants comme le peuple de Moïse dans le désert, ces infortunés habitants se disî>ersèrent dans la campagne.
Un autre contingent d'Uzèques, plus important, se réunit à Pauzillac sans être inquiété. Ces habitants chassés de leurs foyers ne se décidèrent à les réoccuper qu'après avoir reçu l'assurance que le Directoire du Gard expédiait à Uzès, pour y rétablir l'ordre, 350 soldats sous le général d'Albignac, commandant la subdivision de Nîmes et de M. Vigier, commissaire du roi.