‹ La contre-révolution religieuse au XVIe siècleChapitre 100 sur 215 · PROTESTANTS A L'ÉTRANGER · texte numérisé non relu

PROTESTANTS A L'ÉTRANGER

essaya de leur ôter encore ce dernier refuge. En 1 559, il défendit à ses sujets d'étudier ou de professer dans des écoles ou universités étrangères, sous peine de perte de la nationalité espagnole et de tous leurs biens, et enfin de bannissement perpétuel Q). Il voulait qu'un mur infranchissable séparât l'Espagne de la vie intellectuelle de l'Europe. Cependant, quelques milliers d'hommes courageux et résolus préférèrent renoncer pour toujours à leur patrie, plutôt que de mentir à leurs convictions. Les protestants espagnols se rendaient à Genève, en Allemagne, en Angleterre, où on les recevait à bras ouverts. Il y avait parmi eux bon nombre d'anciens prêtres. La foule de ces émigrants devint tellement considérable que les diplomates espagnols commencèrent à en ressentir des craintes pour les intérêts et même pour la sûreté de leur pays Q. Des communautés espagnoles se constituaient à Londres, à Francfort. On traduisait la bible et on publiait des traités théologiques en langue castillane. Mais l'espoir de raviver par CCS moyens le mouvement protestant dans l'ancienne patrie fut complètement déçu. La peur et une orthodoxie farouche rendaient impossible un tel résultat. La répression était trop cruelle. Bien des hommes même et des femmes, placés plus tard par l'Eglise catholique au nombre des saints, furent enfermés, pendant un temps plus ou moins prolongé, dans les prisons de l'inquisition : tels qu'Ignace de Loyola, François de Borja, Jean de Ribera, Thérèse de Jésus, Jean delaCruz — /e docteur extatique — Joseph de Calasanz, et beaucoup d'autres : parce qu'ils avaient osé

(') Lafuknte t. XIII. p. 75 s.

(*) L'c'vêque d'Avila au comte de Feria. I^ondres, 17 janvier 1560; Ker\'YN de Lettenhove. Relations politiques des Pays-Bas avec V Angleterre, t. II (Bruxelles 1883), p. 188.

sortir des croyances vulgaires. On sait à quel prix Philippe II acheta ainsi l'unité politique et religieuse des pays d'Espagne. Le développement, non seulement intellectuel, mais aussi matériel du peuple espagnol fut écrasé sous le poids d*un double despotisme, séculier et religieux ! Ce fut la condamnation à mort de la grandeur et du bien-être de la péninsule.

Certes, ces mesures de rigueur, en Espagne et en Italie, ces violences dejl'inquisition royale et papale n'auraient pas suffi à rendre la puissance sociale au catholicisme, si celui-ci n'avait fait en même temps un essai vigoureux de se pénétrer d'une nouvelle vie intérieure. La force brutale s'appuyait sur une véritable renaissance religieuse et morale au sein du catholicisme. La réaction toute matérielle, sanglante, que nous venons d'exposer, fut accompagnée d'une [réaction dogmatique et disciplinaire, plus importante, plus efficace encore : ce/ut Tœuvre du concile de Trente, dont nous allons nous occuper maintenant.

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