Chapitre Premier
La Convocation du Concile.
Importance de l'idée du concile h la fin du moyen âge — La réformation ne renonce pas h cette idée. — Opposition de la papauté. — Charles- Quint espère d'un concile le rétablissement de l'unité religieuse. — Ses négociations avec les papes pour amener la réunion d'un concile.
— Premier essai d'un concile à Trente, en 1542. — Convocation définitive pour l'an 1545. — La ville de Trente et son évêque. — Les légats présidents. — Pourquoi les protestants refusent de prendre part au concile. — Charles-Quint cherche à ajourner encore l'ouverture du concile. — Le pape menace de le transférer dans une ville d'Italie.
— L'empereur consent h l'ouverture du concile.
Dans les tribulations de leur vie sociale, politique et religieuse, les peuples aiment à chercher un remède universel, une panacée, dont ils attendent la guérison immédiate et radicale de tous leurs maux. D'après la nature de leurs souffrances et des idées prédominantes à chaque époque, ce grand remède, cet idéal, vers lesquelles regards se dirigent de toute part, sont fort différents. De notre temps, où les esprits sont tournés surtout vers le progrès politique et social, on invoque comme but à atteindre l'affermissement de la liberté ou de l'égalité, la souveraineté populaire ou une distribution plus juste des biens matériels, la destruction de l'arbitraire dans le gouverne-
ment ou la disparition des différences entre les diverses classes de la société. Mais autre était Tidéal des sièclfô du moyen âge et de Tépoque de la Réformation, où prévalaient les sentiments religieux, où en même temps ces sentiments se trouvaient violés et aigris par la démoralisation profonde de TEglise officielle, par son oubli complet de ses devoirs, et où Ton voyait avec un doute anxieux la lutte des partis opposés dans TEglise et dans la religion. De quelle manière pouvait-on espérer améliorer cet état de choses? Est-ce que les pouvoirs ordinaires de l'Eglise n'étaient pas eux-mêmes corrompus, divisés, suspects? Alors on mettait toutes ses espérances dans la repré-
sentation extraordinaire de TEglise entière, dans le concile. Ce concile qu'on croyait égal voire même supérieur à la papauté, semblait Tunique autorité qui pût réformer l'Eglise dans son chef et dans ses membres, tn capiU et memôris, lui rendre l'unité, la moralité, les mœurs sévères d'autrefois, la direction vers les choses spirituelles; tandis que, dans les siècles précédents, elle n'avait suivi que des tendances mondaines, vers la richesse, la puissance, les jouissances matérielles.
Déjà à la fin du XIV* siècle, lorsque le grand schisme divisait la chrétienté, en la scandalisant profondément, que deux, et plus tard trois papes se combattaient par toutes les armes ecclésiastiques, la bannière du concile avait été déployée par l'université de Paris. Des théologiens célèbres, tels que Jean Gerson, Pierre d'Ailly, Nicolas de Clemangis, devinrent les chefs de ce grand mouvement. La France entière, la plus grande partie de l'Allemagne, tout l'épiscopat hors de l'Italie avaient adopté ce cri de ralliement : reforme par le concile.