LK MOYEN AGK KT LE CONCILE
Au fond, cet espoir d'être sauvés par une telle assemblée était bien trompeur et dénué de raison suffisante. Jamais les conciles n'avaient joué, avant Tépoque dont nous parlons, le rôle qu'on voulait leur attribuer. Pendant les premiers siècles de l'Eglise, dans cette période antérieure à Constantin, qu'on dépeignait comme l'état idéal de rEglise,auquel il fallait revenir, jamais un synode œcuménique ne s'était réuni. Plus tard, c'était le pouvoir séculier, c'étaient les empereurs romains qui avaientconvoqué, dirigé et protégé les conciles généraux. Les pèresde l'Eglise ne leur avaient jamais attribué l'infaillibilité: quelques-uns d'entre eux, au contraire, comme Grégoire de Naziance, les avaient fonnellement condamnés. Ces assemblées, du reste, n'avaient jamais été vraiment universelles. Au concile de Constantinople, en 381, il n'y eut qu'un évêque latin contre cent-quarante neuf prélats grecs. A Nicée, il y en avait eu trois contre trois cent quinze ; à Chalcédoine, encore trois contre trois cent cinquante. C'est Rome qui a doté ou dépouillé les conciles du titre pompeux d'oecuméniques, selon qu'il lui convenait ou non d'en accepter les décrets. Comment se fier à l'infaillibilité de telles assemblées, dont les décrets sont souvent contredits par ceux d'autres conciles, auxquels la papauté, dans l'intérêt de sa cause, contester sans autre raison le caractère obligatoire .f* Pendant deux siècles et demi, de 869 à 1 1 23, aucun concile œcuménique n'avait été réuni. Et depuis leur renouvellement ils n'avaient servi qu'à aider le pape dans ses luttes contre les empereurs et les rois. Bien loin de posséder une autorité propre, ils avaient été plutôt dans une dépendance complète de la cour romaine, et l'écho complaisant de ses aspirations et de ses ordres.
Pouvait-on réellement espérer sauver, unir, réformer lEglise par cette autorité extraordinaire et irrégulière, malgré et contre la papauté?
Néanmoins, Talliance de la puissante maison de Bourgogne et de l'empereur Sigismond, et plus tard les revers de la lutte contre les Hussites, avaient déterminé, dans la première moitié du XV® siècle, la réunion des trois conciles,, de Pise, de Constance et de Bâle. Mais quelle amère déception ! Le premier n'avait servi qu'à instituer un troisième pape à côté des deux autres qui se partageaient déjà le monde catholique. Le deuxième, tout en mettant un terme au schisme, n'avait rien fait de sérieux pour la réforme et avait provoqué la sanglante guerre des Hussites. Le troisième avait hardiment entrepris la lutte contre le pouvoir absolu du saint-siège, mais avait été complètement vaincu. Après ces efforts, le pape était devenu plus puissant, TEglise plus corrompue, le haut clergé plus mondain que jamais. L'humanisme avait triomphé à Rome même et fait des souverains pontifes de véritables payens grecs ou latins.
Ce fut alors que Martin Luther commença à prêcher cette Réforme qui devint une révolution générale, bienfaisante et terrible à la fois, pour le monde chrétien tout entier. Cependant, ce serait une erreur de supposer que Luther et ses disciples eussent voulu, de prime abord, se séparer de l'Eglise. Bien au contraire : ils ne tendaient qu'à la ramener à l'état des siècles apostoliques. Ils ne voulaient pas la scinder, mais la reconstituer plutôt sur ses bases primitives. Dans cette voie, ils se heurtaient à la résistance invincible de la papauté et de princes puissants qui, tout en déclarant