LA RÉFORMK ET LE CONCILE
nécessaire la réforme,ne se séparaient point de la tradition du moyen âge. Au lieu de s'unir sous le drapeau de la réformation, les nations chrétiennes étaient à la veille d*un dangereux conflit. Pour le conjurer, à <juelle autorité se confier si ce nest à celle d'un concile général }
Déjà à la diète de Nuremberg, en 1524, on avait proposé de résoudre la question religieuse par un concile. Mais comme la réformation ne s'était guère propagée encore en dehors de la Germanie, on ne parlait que d'un synode national. L'empereur Charles-Quint, qui ne voulait pas de division dans le monde catholique, rejetait absolument cette idée. Il aimait mieux proposer un concile général, qui, en remédiant aux abus de l'Eglise, apaisât les mécontents et rétablit ainsi l'unité chrétienne. Pendant quelque temps, à Rome même, on se montra favorable à ces propositions qui, en effet, auraient peut-être enrayé si non étouffé le mouvement anti-catholique.
Mais le pape et plus encore sa cour craignaient le concile comme leur ennemi le plus redoutable. Est-ce qu'une telle assemblée, dans les dispositions où se trouvaient alors les esprits, ne reprendrait pas immédiatement les errements des assemblées précédentes de Constance et de Bâle, en se déclarant supérieure au pape, et en restreignant son pouvoir en faveur de l'indépendance épiscopale et nationale? Dans tous les cas, elle devrait combattre et détruire bien des abus qui étaient, pour la cour romaine, autant de sources de revenus assurés. A la première mention de la convocation du concile, le prix de tous les emplois négociables de la curie diminua considérablement (^). Tous ceux qui se
(I) Let/re de Sanga a Varchevèque Pimpinello ; Pallaviciki, 1. IlL, chap. 7, § 1.
trouvaient menacés dans leurs intérêts, et c était presque tout l'entourage du pape, intriguaient pour Tempêcher. 11 y avait encore, pour les papes d'alors, une raison spéciale d éviter cette réunion. C'était la crainte de voir Charles- Quint déjà si puissant, renouveler les exigences des anciens empereurs et exercer une influence considérable sur rassemblée. Or, Charles, tout en combattant la réformation radicale de Luther, était partisan d'une réforme de la discipline et de la hiérarchie ecclésiastiques, aux dépens du saint-siège et de ses cardinaux et fonctionnaires.
Clément VII donc, au lieu d'acquiescer à la demande de l'empereur, aima mieux se liguer avec 1 adversaire des Habsbourg, François P^ de France. Mais il fut vaincu avec son nouvel allié, et le sac de Rome brisa sa force de résistance. Par le traité de 1 527 et dans la célèbre entrevue de Bologne, entre Tempereur victorieux et le pape humilié, en 1530, les deux souverains s'accordèrent en principe sur la réunion d'un concile ; Charles, quoiqu'il le destinât ostensiblement à la destruction de l'hérésie luthérienne, caressait en secret le dessein de s'y montrer comme chef suprême de toutes les nations chrétiennes, d'y faire réformer le clergé par des lois sévères et de changer la constitution de l'Eglise en faveur de l'indépendance nationale et de l'influence impériale (^). Après la fameuse diète d'Augsbourg où les protestants avaient publié leur profession de foi, le pape, quoiqu'hésitant et malgré lui, dut accepter officiellement le concile (^). Satisfait de ce succès, Charles exigea des protestants qu'ils se soumissent d avance aux
(•) Lanz, t. I. p. ^41, 360.
(•) Documentos incditos para la historia de EspatM, t. IX, p. 82 ss.
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décisions de rempercur, du pape, de l'Eglise tout entière, réunie en synode.
11 est vrai que les luthériens avaient demandé depuis longtemps une assemblée générale pour remédier aux maux de TEglise et pour rétablir son unité. Mais ils comprenaient le concile d'une toute autre manière que Charles-Quint et Clément VII. Luther n'avait pas hésité à rejeter l'autorité des synodes présidés par le pape ou ses légats. Il n'était pas douteux que, pour le présent, un tel concile condamnerait la doctrine luthérienne et approuverait, à quelques réformes près, tout Tédifice de la doctrine et même de la hiérarchie catholiques ? Se soumettre à ses décrets, aurait été pour les protestants renoncer à toutes leurs convictions religieuses. Ils demandaient donc toujours un concile général, mais libre, se basant exclusivement sur rÉcriture sainte, et permettant aux laïques d'exposer leurs idées et leurs vœux. Ils le refusèrent, au contraire, tel que l'empereur le proposait ; et comme Charles voulait employer la force contre eux, ils s'allièrent par la ligue de Schmalkalde. Menacé également par les Turcs, sûr à peu près de trouver François T^ allié aux protestants, Tempereur, à la grande joie du pape, dut renoncer pour le moment à la réalisation de ses desseins.
Cependant les princes allemands, les catholiques encore plus que les protestants, désiraient vivement amener une réconciliation entre les partis religieux, dont le conflit menaçait de détruire l'existence même de leur patrie. A la diète de Ratisbonne, en 1532, les deux camps opposés se réunirent pour demander un concile libre et impartial, et déclarèrent que, s'il ne leur était pas accordé, ils exigeraient un synode national. Une telle perspective était
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également désagréable à T empereur qui ne voulait pas renoncer à ses idées de domination universelle, et au pape, qui craignait de ce synode la défection de toute TAlIemagne et sa séparation du saint-siège et même de TEglise catholique. Charles, en conséquence, exhorta de nouveau le pape à convoquer enfin le concile. Clément chercha longtemps à se soustraire à cette démarche désagréable et dangereuse pour les intérêts de Rome ; puis, à la fin, il accepta, mais sous des reserves qui rendaient sa promesse à peu près illusoire. D'après le conseil du cardinal Farnèse, qui bientôt devint pape sous le nom de Paul III, — ce vieux cerveau rcnardique, comme la appelé irrévérencieusement un diplomate fi'ançais, — Clément mit comme condition que toutes les puissances européennes consentiraient et que la diplomatie réglerait d'avance Tordre entier des délibérations. De cette manière, il espérait éviter les assemblées nationales et, néanmoins, faire naître tant de difficultés que le concile général ne se réunirait jamais. Cependant, le collège des cardinaux était plus zélé pour les
intérêts de l'Eglise que Clément VII, et après la mort de ce pape, Paul 111 n'obtint la tiare qu'en promettant de réunir bientôt l'assemblée si longtemps attendue et désirée. Le 12 juin 1536, il publia la bulle qui convoquait, pour le mois de mai de l'année suivante, le concile œcuménique à Mantoue. Mais dans cette même année, la guerre éclata de nouveau entre l'empereur et la France, et la réunion du concile devint impossible. Une mauvaise étoile pesait évidemment sur cette affaire, dont Charles et tous les catholiques modères et consciencieux appelaient la réalisation de leurs vœux ardents !
Un trait caractéristique de l'esprit de Charles-Quint