‹ La contre-révolution religieuse au XVIe siècleChapitre 104 sur 215 · CHARLES-QUINT ET LE CONCILE · texte numérisé non relu

CHARLES-QUINT ET LE CONCILE

était la fermeté, pour ne pas dire Topiniâtreté, de ses résolutions. Une fois qu'il avait proposé un but à sa politique, il y revenait sans cesse, et aucune défaite, aucune déception ne lui faisait abandonner ses plans. Le concile lui tenait tout particulièrement à cœur. Il voulait se montrer, par la réunion de cette auguste assemblée, le véritable chef de la chrétienté, le vrai empereur, protecteur de l'Eglise et par cela même la dirigeant et la dominant. Il voulait y faire triompher ses idées religieuses, catholiques mais réformatrices et conciliatrices, les faire adopter par le monde chrétien, qu'il réunirait sous sa suprême autorité. Idée glorieuse, superbe, mais qui le mettait en opposition avec trois adversaires également formidables : le pape Paul III, ce cerveau renardique, qui ne reculait devant aucune intrigue pour ne pas céder à l'empereur la première place dans la chrétienté ; les protestants, nullement enclins à se soumettre de nouveau au catholicisme, même tempéré ; et enfin les nations étrangères, surtout la France, impatiente de se soustraire à la prépondérance autrichienne.

Le pape, de sa part, employa la ruse. Malgré toutes ses protestations de vouloir réunir réellement le concile, il y était toujours opposé; c'était la ferme conviction de ses intimes (*).

Lorsque la troisième guerre entre Charles et François P"" fut terminée par la paix de Nice, Paul III convoqua de nouveau le concile pour le 1" mai 1538, à Vicence. Mais il profita de l'opposition des protestants' contre

(') Relazione di Antonio Stiriano ; AlbÉRI, série II, t. 111, p. 314.

cette idée et de nouveaux dissentiments s'élevant entre les monarques d'Espagne et de France, pour ajourner l'assemblée à diflférentes reprises et, à la fin, pour un temps indéterminé. Une cacha nullement qu'il craignait avant tout l'ambition de l'empereur. Quand le bruit de la mort de Charles se répandit à Rome, tout le monde y exprima le désir de voir la nouvelle se confirmer (^). Cependant, les dangers qui menaçaient l'existence même du catholicisme, augmentèrent tellement que le pape, tout en gardant son antipathie contre l'empereur, commença à changer d'avis relativement au concile. En Allemagne, le protestantisme faisait des progrès rapides ; chaque année d'autres princes, d'autres villes impériales adoptaient la nouvelle religion. L'Angleterre s'était définitivement détachée de Rome, toute la Scandinavie était luthérienne. En Italie et en France, malgré toutes les persécutions, les idées luthériennes ou calvinistes avaient recruté un grand nombre d'adhérents. Les prélats romains les plus intelligents, le nonce d'Allemagne, Morone, conseillaient vivement depuis 1536 de réunir le concile pour ne pas ruiner complètement le catholicisme (^). Morone osa dire que, même abstraction faite des hérétiques, il était nécessaire de le convoquer, pour détruire les innombrables abus de toutes les classes du clergé et pour renouveler la religion déformée. Le cardinal Sadolet croyait que, l'espoir du concile évanoui, tous les adversaires de l'Eglise seraient en-

(') RiBiER, Mémoires dÉtat^ t. I, p. 557.

(') Qu'on voie, entre autres, les lettres de Morone .\ Paul III, du 26 déc. 1536, h Durante :'e Duranti, 6 juillet 1539, au card. de Santa Fiore, du 18 avril 1540; Laïmmer. Monunufita Vaticana, p. 180, 242 s., 256 ss.

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courages et récomfortés (^). Cette opinion était partagée par les catholiques d'Allemagne les plus dévoués et les plus zélés. Les évêques allemands insistaient à chaque occasion sur la nécessité de cette assemblée (*). L'empereur, dans une entrevue qu'il eut avec Paul III à Lucques, en 1541, réussit enfin à le gagner à cette cause. Le 22 mai 1542, au milieu des préparatifs que Charles et François faisaient pour une quatrième guerre, le pape convoqua le concile à Trente, pour le mois de novembre de la même année. La ville qu'il avait choisie était une nouvelle concession de la part du pape en faveur de l'empereur. Les Allemands avaient toujours lutté pour que la réunion eût lieu dans leur pays, parce que c'était surtout 1 état de leur nation qui rendait sa convocation nécessaire, qu'ainsi les évêques et les théologiens allemands des deux partis pourraient s'y rendre facilement, et les pères du concile être à même de juger, en connaissance de cause, les plaintes et les vœux de la nation germanique. Cependant le pape n'avait jamais voulu entendre parler d'une ville allemande ; d'abord parce qu'il craignait que l'influence de l'empereur ne devint trop considérable dans une assemblée réunie sur son propre territoire, et puis parce qu'il ne voulait pas que les hérétiques allemands pussent, par le nombre ou même par les armes, amener le concile à prendre une position hostile au saint-siège. Déterminé maintenant par les dangers extrêmes dont le catholicisme était menacé en Allemagne, il choisit Trente, ville qui, habitée en

(\)LettredeSadûUtàrarchev.(fUpsala,^éQ. 1538; Opéra SadoUH, t.I,p. 277.

(») Lettre de Cochlée a Cmtarini, !«' juillet 1539; Dittrich, Regestm mut Britfe Contarims (Braunsberg, 1881), p. 116. — Cmtarini à Famèse, 18 juin. 19 juUkt 1541; ibid. p. 216. 337.

majeure partie par une population italienne, appartenait néanmoins à T empire et se trouvait sous la protection du roi Ferdinand, frère de Charles-Quint. La majorité catholique des Etats de Tempire l'avait elle-même désignée au choix du pape. Paul III espérait ainsi rendre le concile agréable aux Allemands et s'assurer en même temps la bonne volonté de l'empereur, dont l'aide lui était indispensable pour le mener à bonne fin.

Le pape, en publiant la bulle de convocation, avait exhorté les souverains chrétiens à la concorde. Ce fut en vain ; la guerre éclata encore une fois, plus ardente, plus implacable que jamais, et le concile s'en ressentit. Le pape y avait nommé comme légats, des personnages très distingués et très conciliants, notamment les cardinaux Pôle et Morone — tous les deux suspects de s'accorder avec les luthériens sur certains articles de foi, particulièrement sur la doctrine de la justification. En arrivant à Trente, ils n'y trouvèrent que quelques prélats italiens et allemands, aucun Français, aucun Espagnol, l'empereur désirant voir le concile ajourné jusqu'après la conclusion de la paix avec la France. Néanmoins le pape fit ouvrir les séances d'une manière solennelle et demanda de nouveau à tous les princes de l'Europe d'y envoyer leurs prélats. Mais comme pendant six mob les légats attendaient en vain Tarrivéede nouveaux évêques, Paul dut ajourner derechef le concile, par une bulle du 6 juillet 1 543 Q).

L'empereur, en effet, était très mal disposé à cette époque contre les Farnèse, parce que ceux-ci ne voulaient

(') A. VoN Druffel, Kaiser Karl Vu. dU romische KurU (Abhandiungen der Bair Akad., historische Classe, t. XIII, 1877). p. 145. n'a pas pu roc

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