CHARLES-QUINT KT PAUL III
pas Tassister contre ralliance franco-turque et qu'ils cherchaient plutôt à créer des embarras à Charles-Quint, qui, à leur gré, ne faisait pas assez pour la gloire de leur maison. Il s adressa donc aux protestants afin de trouver auprès d'eux le secours que le pape lui refusait. Ce secours, il devait le payer évidemment d'une manière ou d'une autre, et il le paya de la manière la moins coûteuse, par de belles promesses. Il s'obligea, à Spire (1544), envers les luthériens à amener la convocation d'un " concile général, libre et chrétien „, c'est-à-dire sans attaches papales;et il se déclara prêt, s'il ne réussissait pas dans cet essai, à régler les affaires religieuses de l'Allemagne dans une diète impériale — ce qui aurait, sans aucun doute, amené un schisme. Déjà on racontait dans les cours allemandes que Tempereur s'était fait luthérien (^). Quant à la cour pontificale, on y croyait surtout très dangereuse la possibilité de voir Tempereur convoquer un concile sans le pape et contre le pape. Les victoires que Charles venait de remporter sur les Français, rendaient vraisemblable la réunion de presque toutes les nations dans un tel synode, qui, en effet, aurait marqué la fin de la puissance papale. L'angoisse n'était pas petite à Rome, quand la nouvelle de ces négociations y arriva, et le pape en montra la plus vive colère. Malheureusement pour lui, il n'avait aucun moyen de faire repentir Charles des concessions que celui-ci avait faites aux protestants, car l'empereur signa la paix
convaincre que la convocation du concile en 1543, n'eût été qu'une nouv»-lle feinte de la part du pape. Cet estimable et consciencieux écrivain me semble s'appuyer un peu trop sur les récits des hommes d'État impériaux, fort irrités à cette époque contre les Farnèse et prêts à voir dans toutes leurs actions des ruses diab«)liques.
(') VoN Drupfkl, Abhandl. t. Xm, p. 172.
avec la France le 14 septembre 1544, paix avantageuse pour lui, qui lui assurait l'assistance de ce pays pour touh ses desseins politiques. Dans ces conditions, Paul crut devoir plutôt gagner Tempereur que de s'obstiner contre lui. Il envoya donc en Allemagne le cardinal Alessandro Farnèse, qui réussit à rentrer dans les bonnes grâces du monarque tout-puissant, en lui promettant que le saint-père lui serait agréable quant aux affaires du concile, et l'aiderait de toutes ses forces à soumettre les protestants, •* même en vendant la tiare, si c'était nécessaire. „
La paix entre les deux chefs du monde chrétien était rétablie, et rétablie en grande partie dans l'intention de sauver la religion catholique en péril, et de combattre l'hérésie, dont Charles avait subi les lois avec la plus grande répugnance. Cette circonstance fut fatale pour l'esprit qui devait diriger les discussions du concile. Si l'empereur eût été en bonnes relations avec les protestants, s'il eût gardé sa position hostile vis-à-vis de Paul 111, l'assemblée aurait pu être amenée à tenter une réconciliation entre les catholiques et les protestants, aux dépens de la papauté. Mais du moment que l'empereur revenait à son penchant naturel de rechercher plutôt l'alliance du pape et de s'entendre avec lui pour combattre à outrance les protestants, la voie du concile était toute tracée dans une autre direction. Il se placerait au point de vue du catholicisme exclusif et traditionnel ; et en partant de là, on pouvait réussir, il est vrai, à réformer rÉglise, à la délivrer de nombreux abus, à lui rendre la conviction et la religion — mais on ne pouvait pas arri- Tcr à une paix avec les luthériens, les desznados, les égarés, comme Charles lui-même avait coutume de les appeler.