‹ La contre-révolution religieuse au XVIe siècleChapitre 108 sur 215 · AJOURNEMENT DU CONCILE · texte numérisé non relu

AJOURNEMENT DU CONCILE

militaires, épuisées par trois ans de guerre, assez rétablies pour commencer immédiatement le combat contre les hérétiques allemands. Il voulait les tenir en suspens jusqu'à ce qu'il eût réussi à réunir assez d'argent et de soldats pour jeter le masque. En outre, on craignait, pour Tannée 1545, une nouvelle attaque des Turcs en Hongrie : comment l'empereur aurait-il pu leur résister sans le secours des luthériens d'Allemagne ? (^) Il désirait donc diflférer les discussions et les décisions du concile qui, sans doute, auraient irrité les protestants ; et il permit à ces derniers de traiter encore une fois la question religieuse à la diète de Worms,en 1545, et de faire succéder à la diète un nouveau colloque entre leurs théologiens et ceux des catholiques — colloque qui, il est vrai, n'était destiné qu'à amuser les protestants par de vaines tentatives de réconciliation. Il demanda à Paul III de remettre encore, jusqu a la clôture de la diète impériale, l'ouverture effective du concile. Il ne voulait pas en entendre parler, si le pape ne lui assurait des moyens suffisants pour pouvoir résister avec succès à une attaque protestante, imminente sans doute, aussitôt que les pères se seraient prononcés contre le luthéranisme (*).

Mais pour le pape et ses partisans, la diète et le colloque de Worms étaient une concurrence insupportable et pernicieuse du concile, " une chose contraire aux lois divines et humaines. „ Pouvait-on préférer à la représen-

tation officielle de l'Eglise une assemblée, convoquée et formée en grande partie par des laïques, où les hérétiques

{*) Le cardin. Farnèse à Paul Illy VVomis, 22 mai 1545; Drufpel, Abhandl., t. XVI, p. 57 s.

(•) Voir sur cette question les documents publiés par Druffel Mmummta Tri^^i/p/ta (Munich 1884) fa&cic. I.p. 15-19-41.

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prenaient part de plein droit ? Cela semblait révoquer en doute les principes mêmes du catholicisme, être un acte d'hostilité contre le concile et le pape. Sans doute, les princes protestants chercheraient, par ce moyen, à séparer définitivement " T illustre nation germanique „ du monde orthodoxe. Beaucoup de catholiques mêmes semblaient préférer un synode national. Paul pria donc Charles plusieurs fois et avecbeaucoup d'instance de renoncera la diète et au colloque de Worms, et de remettre toutes les affaires religieuses à la décision du concile général, dont l'autorité souffrirait sans cela trop de diminution Q),

Ce fut en vain; car l'empereur ne voulait pas encore démasquer ses batteries contre les hérétiques. Le cardinallégat lui-même, Alexandre Farncse, malgré les promesses de secours qu'il apportait à 1 empereur de la part de son grand-père, en mai 1545, ne réussit pas mieux à détourner du colloque Charles et son frère Ferdinand. Il en fut tellement irrité qu'il quitta subitement l'Allemagne et revint à Rome pour mettre le saint-père au courant de cette opiniâtreté des Habsbourgs (^).

II n est pas étonnant que dans ces conditions les légats de Trente, ne connaissant guère les véritables intentions de l'empereur, fussent devenus très soupçonneux à l'égard de Charles. Ils se trouvaient dans une situation peu agréable. Pendant six mois ils étaient restés presque seuls à Trente ; la réunion du concile devenait dès lors bien douteuse. Ils n'avaient pas de plan, pas de règlement, pas

(») Pau/ III au roi des Romains, 12 mars 1845; I^ Plat, t. m, p. 261. — Lt tard. Farnèse au eard, Truchsess, 3 avril ; Druffkl, AbhandUmgm t. XVI, p. 51 ss. — Le nonce Mignanello au eard. Farnèse^ 4, 9, 13 avril. Druffel, Monumenta Tridentina, 1. 1, p. 35, 43, 51. etc.

(■) MauHKNBRICHRR, Karl Vu, die deutsehtn Protestanten, p. 23.

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