‹ La contre-révolution religieuse au XVIe siècleChapitre 109 sur 215 · MENACES DU PIPE · texte numérisé non relu

MENACES DU PIPE

la moindre idée sur Tétendue et la direction des discussions, s'il devait se réunir un jour. Quelle honte que le concile fût ainsi ajourné indéfiniment par égard pour les protestants, pour les hérétiques ! Q) lis s'en prenaient de cette fâcheuse position à Tempereur. Ils comprirent que, dans la ville de Trente, dans la sphère directe de sa puissance, on dépendait trop de sa volonté. Est-ce qu'il ne cherchait pas à renforcer autant que possible " sa bande „ , en commandant, de par sa propre autorité, au grand scandale des légats, à ses créatures fidèles parmi les évêques d'Espagne et de Naples, de se rendre au concile.»^ Les cardinaux craignaient donc avant tout l'influence impériale sur la future assemblée. Pour cette raison, ils conseillèrent de transférer le concile dans une ville papale — à Rome ou à Bologne. Sinon, on se trouverait emprisonné comme des oiseaux dans une cage, et forcé ou de se faire torturer à mort ou de se faire conduire sur le sol allemand Q. En effet, l'empereur, soit qu'il en eût l'intention sérieuse, soit pour gagner les luthériens ou seulement pour les tromper, fit demander aux légats, parTintermédiaire du cardinal de Trente, de transférer le concile dans une ville réellement allemande (^) ; exigence dont la réalisation aurait, d'après les idées romaines, livré l'Eglise aux luthériens. ** Nous nous opposerons „ écrivirent les légats au cardinal-neveu Farnèse, " à toute translation en Allemagne, sous quelle couleur que ce soit, même si

(•) Les Ugats au card. Farnèse, 26 mai 1545; Druffkl, Abhandlutîgen, t. XVI, p. 59 s.

(■) Massarblli (DôUinger, Zur GeschuhU des Concils von Trient)^ t. I, f. 101, 116 ss. — Lettre des légats du 19 juillet 1545, citée par Mkw>-

LH, Memoirs of the Couneil oj Irent, p. 27 s.

(•) Les légats au card. Farnèse, 7 août 1545 ; QuiRDil, Epistûlae Régi- H'Fêii, t. IV (Brescia. 1752), p. 276 s.

Ton nous donne cent otages et cent gages de sécurité „ (^). Au contraire, pour la translation du concile dans une ville italienne, ils avaient le prétexte commode des prétendues difficultés des communications et de la rareté des vivres dans ce pays montagneux. Aussi le pape s'empressa-t-il de proposer, sous ces prétextes, à l'empereur ou de suspendre le concile ou de l'ouvrir dans une

ville d'Italie, peut-être à Rome même Q Là, sous la

pression inunédiate de la cour pontificale, les discussions du concile n'auraient plus offert aucun danger pour la puissance et pour les revenus du saint-siège ! Paul DI munit ses légats de pleins pouvoirs secrets, leurs permettant de transférer l'assemblée, si cela leur semblait bon, dans toute ville qu'ils choisiraient.

L'empereur s'effraya de ces menées de la cour romaine. La translation du concile dans une ville d'Italie aurait eu pour lui des conséquences désastreuses. Non seulement elle aurait été la condamnation de sa politique de réforme modérée, mais elle aurait amené sans doute une hostilité instantanée de la part des protestants allemands qui se seraient crus dupés et trompés par l'empereur, en parfait accord avec le pape. Les princes catholiques de l'empire eux-mêmes n'auraient jamais approuvé une telle mesure. U refusa donc avec énergie son approbation, en faisant remarquer que les Allemands n'accepteraient jamais d'autre concile que celui réuni sur le sol de l'empire. D'autre part, il s'était convaincu qu'il devait lui-même se montrer plus complaisant envers le pape, et lui prouver qu'il prenait le concile au sérieux. En outre, la diète de Worms

(*) Le 20 juillet 1545; Druffel, Abhandlungen, t. XVI. p. 79. (■) Instruction donnée à Mgr. BeccatiUo; QuiRiNl, t. IV, p. 281.

l'ouverture du cokcile décidée. 303

touchait à sa fin, et les préliminaires du concile n'avaient pas interrompu les travaux, du reste parfaitement stériles, des princes allemands Q), Il fit donc savoir à Paul III que toutes les négociations des diètes sur les questions religieuses et tous les colloques n'avaient lieu que pour tromper et occuper les hérétiques jusqu'à Tachèvement de ses préparatifs militaires Q. Il renonça, en effet, non seulement au retardement des sessions du concile, mais aussi à ses exigences antérieures, quant au règlement des travaux de rassemblée. Il ne demanda au papeque d'ouvrir les séances aussi vite que possible (octobre 1545 Q.

Ces concessions de l'empereur furent pour le pape une véritable victoire. Il en profita avec l'habileté ordinaire de la curie, pour diriger le concile d'après ses propres intentions. Les princes séculiers, les évéques et fidèles de France et d'Allemagne attendaient du concile avant tout une réforme totale de l'Eglise, de son chef et de ses membres, et partant ils demandaient principalement de corriger les abus nombreux qui y prévalaient. Mais le but de la cour romaine était juste ment le contraire. Elle ne voulait concéder aux prélats réunis aucun pouvoir sur le saint-siège. Elle ne voulait pas laisser détruire la foule des prétextes sous lesquels, depuis des siècles, elle pillait les évéchés, les monastères et les nations en général. Rome attendait du concile une nouvelle et solennelle publication des dogmes catholiques, qui amènerait la condamnation des protestants par la représentation de la chrétienté entière.

(*) Cf. Dpuffbl, AbhancUungen, p. 32.

(*) Maursnbrkcher p. 57.

(') Instruction impériale pour Jian de Vega ; L. MàtVIIR, Étude historique sur le concile de Trente, t. I. (Paris 1874), p. 192. note 1. -^ Màssarblli.

Ce résultat obtenu, le pape voulait dissoudre le concile, et la réforme des abus devait être réservée à lui-même comme juge universel des choses ecclésiastiques,c'est-à-dire renvoyée aux calendes grecques. C'est dans ce sens que Paul III donna ses instructions aux légats : ** Quant à la réforme, il ne faut la traiter ni avant les dogmes ni ensemble avec eux d'aucune manière, parce que cela n'est qu'une cause secondaireetla moins importante de la convocation du concile. Mais vous devez agir dans cette affaire avec Thabileté la plus circonspecte „ Q. L'instruction ordonnait en outre, en opposition avec les conciles antérieurs, de dresser tous les documents exclusivement au nom du saint-siège et des légats.

En caractérisant la réforme comme étant d'une importance secondaire et en mettant le concile dans une dépendance complète du saint-siège, le pape avait contrecarré, dès le commencement, les vœux de l'empereur et des nations uUramonlaineSy comme on nommait alors en Italie tous les peuples étrangers d'au delà des monts. Le» protestants étaient donc parfaitement dans leur droit en ne déléguant personne au concile, ** parce que, comme le disait un des leurs (^), il ne s'y trouve que ceux qui se sont obligés par serment envers le pape, et qu'on ne veut point souffrir qu'un laïque y ait un vote ou une voix, de sorte qu'ils ne diront ni ne résoudront rien qui ne soit agréable au pape. Comment une bonne réforme pourrait-elle être faite par ceux qui en ont le plus besoin eux-mêmes, et qui retirent le plus grand avantage du défaut de toute réforme sérieuse } ,

(») Lb Plat, t III. p. 295.

(*) Le lanigrave di Hesse à t Empereur, 28 mars 1546 ; Druffkl, £h^ wui AkUn tur GeschUkU des XVI. Jahrhtmderts, t. lU, p. ô.

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