Chapitre il
La première assemblée de Trente.
L'assemblée de Trente d'abord peu nombreuse. — La curie cherche à amoindrir l'autorité du concile. — Le vote par tête assure Ja victoire aux Italiens. — Le droit de vote. — Le rôle des Espagnols à Trente. — Leur lutte contre les légats et le parti papal. — Les trois commissions. — La Bible et la Vulgate. — La cour romaine n'approuve pas l'importance accordée par le concile k la Vulgate. — Règlement de la prédication entre évêques et moines. — Discussion sur le péché originel. — La doctrine de la Justification. — Attaque menaçante des alliés de Schmalkalde. — Conflit passionné entre les légats et les partisans de l'empereur. — Nouveaux desseins de transférer le concile dans une ville pontificale. — La question de la Justification décidée contrairement aux opinions des protestants. — Importance de cette décision. — Le parti papal l'emporte aussi sur la question de la résidence des évêques. — Succès militaires de l'empereur contre les protestants. — Paul III, jaloux des victoires de Charles-Quint, s'éloigne de lui. — Il décide la translation du concile h Bologne, qui est, en effet, résolue par la majorité de l'assemblée.
Le pape, croyant n'avoir plus rien à craindre du concile et voulant être agréable à T empereur, avec lequel il était sur le point de conclure une ligue contre les protestants, rejeta définitivement la demande des légats de transférer rassemblée dans une ville d'Italie, et ordonna que l'ouverture solennelle eût lieu le 13 décembre 1545. Pour montrer qu'il s'y intéressait sérieusement, il commanda
aux quarante évêques italiens, qui alors séjournaient à Rome, de se rendre à Trente (^) — ordre qui, il est vrai, ne fut que médiocrement obéi. Tous les catholiques bien pensants se trouvèrent, par ce grand événement, délivrés d'un lourd fardeau, ainsi que le disait le cardinal Pôle (^). Ils avaient regretté comme une honte profonde le long ajournement du concile, qui pendant six mois n'avait pu ni vivre ni mourir. L'Eglise semblait être devenue stérile et impotente Q. Ils espéraient maintenant se trouver au seuil d'un temps meilleur et plus heureux. Mais pour le moment le concile n'offrait pas encore un aspect bien glorieux ; il ne ressemblait guère à une représentation de l'Eglise universelle. Plusieurs des évêques qui étaient déjà arrivés à Trente, las d'attendre pendant des mois leurs collègues qui ne paraissaient pas, l'avaient quitté de nouveau. Quatre cardinaux, quatre archevêques, vingt-et-un évêques, cinq généraux d'ordre: voilà tout ce qui se trouvait présent à Touverture solennelle de l'assemblée ! 11 n'y avait que deux Français et cinq Espagnols, et pas un Allemand, excepté Madruzzo. La Suède, l'Angleterre, l'Ecosse, pays déjà plus ou moins perdus pour l'Eglise, n'étaient représentés chacun que par un évêque in partibus. Aucun abbé n'était venu. Parmi toutes les puissances séculières, seuls
(1) Lettre de l'évêque de Lucère au cardinal Cervino, 22 nov. 1545; Baluze-Mansi, t. III, p. 493. — Bref de Paul III au card, de Tram, Ratnaldi ad an. 1545 nr. 29.
(«) Pôle à Paul I/I ; Qvmm, l. IV, p. 34 s.
(■) Les légats eux-mêmes avaient écrit au cardinal Farnèse, le 26 juillet 1545: Queili che non sono in/etti dheresia gridafw e chiamano il eoncilio. benchè nessuno pue oredere ni si vol lassar persuader che si habbia mai da celebrare; il che résulta tutto à carica délia conscientia et honore di sua Santità et délia sede Apostolica, (^Druffel, Abhandl, t. XVI, p. 79).