LA CURIE HOSTILE A L'AUTORITÉ DU CONCILE
r empereur et le roi Ferdinand avaient envoyé des orateurs Q).
Dans ces conditions, l'espoir du succès diminua rapidement, surtout comme le pape prouvait par des actes manifestes que, malgré tout le zèle qu'il prétendait avoir pour l'assemblée, il n'avait en réalité pour elle aucun égard. A peine fût-elle ouverte que Paul 111 voulut montrer qu'il ne lui était pas soumis, que — d'après ses propres paroles — il pouvait nommer des cardinaux et, en général, faire ce qui lui plairait, sans consulter aucun mortel. La coutume exigeait qu'il ne fût pas nommé de cardinaux pendant la durée du concile et surtout pas de membres du concile même ; il en désigna quatre, dont l'un, Pacheco, évéque espagnol de Jaën, se trouvait à Trente. La coutume exigeait qu'on n'admit pas deux frères à la fois au sacré-collège, Paul le fit expressément, " pour prouver que le pouvoir papal est illimité. „ Pacheco fut exhorté par le légat de Monte à prendre immédiatement et sans scrupule les signes de sa nouvelle dignité Q. Ainsi Rome bravait ouvertement tous ceux qui rêvaient une coordination ou même une suprématie du concile sur le pape.
Le désir du parti romain, d'amoindrir, dès le commencement, l'autorité du concile, en la soumettant à celle du pape, se manifesta également dans la forme qu'on donna aux décisions de l'assemblée. Les évêques partisans de la réforme sérieuse, avaient proposé de donner au synode le titre de " représentant l'Eglise universelle ,, ,
(l) Procès- verbal de la preinière session; Theiner, Acta genuina concilii Tridentini, t. I, p. 27.
(») Druffkl, t. 111, p. 256. note 18.
Ecclesiam universalem repraesentans. Une telle dénomination aurait, pour ainsi dire, exclu le pape de la suprême représentation du monde chrétien : elle l'aurait subordonné au concile, au moins dans la forme. Mais elle fut victorieusement combattue par les légats (13 janvier 1546). Us prétextèrent que cette dénomination était superflue et contenait une provocation à l'adresse des luthériens, qui ne prenaient aucune part au concile; mais leur véritable motif était, comme ils l'écrivirent eux-mêmes au pape, qu'elle était contraire à l'autorité universelle du saint-siège et qu'elle renouvelait le souvenir détesté des conciles de Constance et de Bàle qui s'étaient arrogé ce titre (^). De Monte surtout avait bien mérité, dans cette occasion, des intérêts de la papauté. On prétendait qu'il n'avait pas agi ainsi sans égoïsme, car il croyait être assuré depuis longtemps, par des prédictions astrologiques, de conquérir la tiare après la mort du vieux Paul III Q.
Non contents de maintenir la supériorité de la cour ])ontificale, les légats cherchèrent aussi à rester les maîtres du concile même, en y détruisant l'influence des prélats anti-romains. A Constance et à Bâle, on avait voté par nations, pour ne pas livrer au hasard du nombre des évcques présents de chaque pays les intérêts les plus sacrés de la chrétienté. Mais les légats adoptèrentle vote par tcte. Or, on sait, qu'en Italie il y a plusieurs centaines d'évcchcs, très souvent fort exigus, tandis que les autres nations catholiques n'ont qu'un nombre relativement restreint de vastes diocèses. Le rang d'un évêque
(*) Lettre des légats du 5 janvier 1546; Mendham, p. 38.
(*) Laurentius Pratanus^ Epilogus rcrum in synodù Tridentino gestarum; Le Plat. t. VII, II. p. 8.