LE VOTE PAR TÊTE
italien, qui dirigeait peut-être cinq à six mille âmes, étant égal à celui d'un Allemand, Français, Espagnol qui gouvernait au moins 150,000 ou 200,000 fidèles, le vote par tète assurait toujours la victoire aux évéques italiens, fidèles satellites du pape, avec lequel ils étaient unis par la communauté de race, de langue, de nombreux intérêts, et qui choisissait parmi eux les archevêques, les nonces apostoliques, les cardinaux. Tout lavenir de ces petits prélats dépendait de la bonne volonté du saint-siège. Un grand nombre d'entre eux s' étaient liés, du reste, envers le pape par un serment qui les obligeait, sous peine de parjure, à une entière obéissance au pontife. " Je m'engage à conserver, à défendre, à augmenter et à favoriser les droits, les honneurs, les privilèges et Tautorite de la sainte-Eglise romaine et de notre seigneur le pape et à ne prendre part à nulle délibération, à nul acte ni négociation dans lesquelles se machine, contre notre dit seigneur ou ladite Eglise romaine, quoi que ce soit de contraire ou de préjudiciable à leur droit, honneur, position ou pouvoir. „ Des gens qui avaient juré de la sorte, pouvaient-ils être autre chose que les esclaves obéissants de la curie }
Pour augmenter encore la supériorité numérique des Italiens, pour empêcher surtout les Allemands, portés à la réforme, d'entrer en grand nombre au concile, le pape refusa de la manière la plus formelle, contre tous les précédents, le droit de vote aux procureurs d'évcques absents. Cette mesure, comme nous venons de Imdiquer, était surtout dirigée contre les Allemands, fort mal famés alors à Rome; car leurs évêques, retenus dans leurs diocèses par le combat perpétuel contre les hérétiques,
ne pouvaient être présents à Trente que par procureurs. C'est pour cela que l'empereur avait vivement demandé l'admission de ces derniers à tous les droits des pères du concile ; et les légats du pape eux-mêmes avaient appuyé la proposition. Ce fut en vain : on n'admettait d'autres procureurs que ceux qui étaient au moins évéqucs in partibtis (^). Le pape aimait mieux mécontenter l'Allemagne entière, même la partie qui en était restée catholique, que d'entendre émettre en plein concile, devant toute la chrétienté, les vœux hardis de la nation germanique.
On fortifia encore l'influence papale à Trente, en accordant, sur la proposition des légats, de fortes pensions à un certain nombre d evcques pauvres, durant leur séjour au concile. D'autres évêques indigents, surtout ceux qui étaient exclus de leurs diocèses par les hérétiques, espéraient des emplois plus lucratifs de la recommandation des légats 0.
Les effets de ces mesures habiles et hardies ne se firent pas attendre. L'esprit hiérarchique prévalut fortement dans l'assemblée. A Constance et plus encore à Bàle, non seulement les abbés et prieurs, mais aussi les docteurs en théologie, même de simples prêtres et jusqu'à des laïques avaient été admis à prendre part au vote. Cette question se présenta immédiatement après l'ouverture de la session. Mais cette fois 1 intérêt du saintsiège de ne pas permettre aux idées révolutionnaires du clergé inférieur de se faire valoir dans l'assemblée, et le désir delà maintenir plus facilement dans l'obéissance par
(*) Lettre de Charles-Quint au card. de Jaën, 7 février lô46; MaynicR, t- I, p, 209. note 2. — Druffel, Momwi, Trident,, lasc. J, p. 89, 9ô s, 109.
n QuiRixi. t. IV, p. 14 ss.