‹ La contre-révolution religieuse au XVIe siècleChapitre 113 sur 215 · LE DROIT DE VOTE · texte numérisé non relu

LE DROIT DE VOTE

un nombre restreint de votants, était d'accord avec l'esprit exclusif de l'épiscopat. Il fut donc résolu, dans la congrégation générale du 29 décembre, de n'attribuer voix délibérative, en dehors des évêques, qu'aux seuls généraux d'ordres; les trois abbés du Mont-Cassin ne devaient avoir qu'une voix commune. Les ambassadeurs des princes eurent la permission de faire des propositions, les nobles et les docteurs en théologie purent assister aux réunions, mais sans prendre part aux délibérations ni aux votes. Les évêques allèrent encore plus loin que les légats qui, volontiers, se seraient servis des abbés, les monastères ayant été toujours les plus fortes citadelles de la toute-puissance papale contre les évêques et les laïques. Mais les évêques se déclarèrent avec véhémence contre tout essai de faire des abbés leurs égaux. " Les privilèges des moines, „ s'écria l'évêque de Chioggia, " sont fort désagréables aux évêques ; nous ne nous sommes pas réunis pour les approuver ou les augmenter, mais plutôt pour les détruire ou au moins pour les changer „ Q ; et sur cette question, les légats durent céder malgré eux.

L'empereur s'était bien vite aperçu du parti pris, manifesté par les légats, de tenir le concile dans la dépendance du saint-siège et de l'amener à se subordonner à l'autorité du pontife, pour le fond et dans la forme, contrairement à l'esprit des assemblées de Constance et deBâle, qui avaient fait valoir le principe opposé. Or, Charles n'était nullement porté à augmenter le pouvoir de Rome. Il ne cessa donc d'exhorter le chef des évêques espagnols à Trente, le cardinal de Jaën, à résister courageusement et sans relâche aux usurpations de la cour papale et d'em-

(') Thkinkr, p. 35 s.

pêcher tout progrès de sa puissance (*). II ordonna, en outre, aux évêques d'Espagne de se rendre en plus grand nombre au concile. Les Espagnols y ont, en réalité, joué un rôle fort important. Pendant la première époque de cette assemblée, ils étaient les seuls u/tramontains qui y fussent arrivés en nombre considérable. Ils s'opposèrent avec énergie et habileté aux plans du saint-siège et aux menées du parti papal et italien. Ce qui leur manquait pour égaler en nombre leurs adversaires, ils le remplaçaient par Téclat de leur érudition, de leur zèle, de leur austère piété. Dès la fin du XV® siècle, le grand cardinal Ximenès avait commencé la réforme de Tépiscopat espagnol, et il avait pleinement réussi, avec Taide d'Isabelle, de Ferdinand et de Charles-Quint. Au milieu de la corruption générale du clergé, 1 episcopat espagnol brillait d'une lumière plus éclatante, par le contraste même, par sa vertu et par sa science théologique. De nombreuses universités répandaient parmi le clergé supérieur et parmi les ordres savants, les connaissances et le goût des études. A Trente, ces évêques étaient assistés par des théologiens de premier ordre,tels que Dominique de Soto et Barthélémy Carranza, les meilleurs professeurs, celui-là d* Alcala, celuici de Salamanque. Dévoués corps et âme à la foi catholique, les Espagnols voulaient la délivrer de la tyrannie romaine et des abus séculiers introduits par la négligence et la cupidité de la cour papale. Leurs intentions se résument très bien dans les paroles de Tarchevêque Fonseca, de Tolède : " Il faut travailler à frapper à la fois les dogmes erronés de nos adversaires et les

(*) Instnictions de Ch. Qii.; Maymer.

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