‹ La contre-révolution religieuse au XVIe siècleChapitre 114 sur 215 · ESPAGNOLS ET LÉGATS · texte numérisé non relu

ESPAGNOLS ET LÉGATS

mœurs corrompues des nôtres. „ Ils ne croyaient pas moins que l'Eglise gallicane, que le concile était au-dessus du pape, et le représentant de Charles à Trente, le célèbre Diego deMendoza, poète, général, homme d'État, érudit, et excellent dans tous ses rôles, était parfaitement du même avis(*).

L'arrivée des prélats espagnols et leur fier maintien ne laissa pas d'inquiéter profondément les légats. Ils ne voyaient dans le concile qu'un champ de bataille où ils désiraient augmenter, contre des adversaires redoutables, le nombre de leurs propres troupes. Ils prièrent donc instamment le saint-père de leur envoyer sans retard dix ou douze prélats italiens capables et d'une fidélité éprouvée, pour tenir tête aux ultramontains Q : tellement la cause de la papauté paraissait une cause exclusivement italienne ! Les intérêts du saint-siège n'étaient plus identiques avec ceux du monde chrétien en général.

Cette lutte éclata pour la première fois au moment où il s'agit de décider de l'ordre à observer dans les travaux du concile. Le pape et ses légats exigeaient avec instance qu'on commençât par la définition des dogmes, ceux-ci étant la partie la plus importante de la religion. Leur intention était claire comme le jour. Après que le concile aurait, de nouveau, hautement proclamé les dogmes catholiques et rendu impossible pour jamais la réconciliation avec les hérétiques, et avant qu'il pût arriver à discuter les abus de l'Eglise et surtout ceux de la cour romaine,

(') Su parecer es segun lo que colige de los concilios antiguos y mo* deroos y de otros scriptores, que cl concilio es sobre el papa ; Mauren' BRIGHBR, p. 79.

(■) Lettres des légats au cardinal Farnèse, 14 janvier 1546; QumiNi, t. IV, p. 233.

on l'aurait tout simplement clôturé. L'empereur, au contraire, souhaitait que rassemblée ne se déclarât pas encore ouvertement contre les protestants, que bien loin de là, elle s'eflforçât par de sages réformes à aplanir le chemin de la réconciliation (^). Car Charles-Quint se doutait si peu de Timportance du grand mouvement réformateur qu'il croyait pouvoir Tétouffer par quelques concessions relatives aux formes extérieures du culte et à la discipline du clergé. Le cardinal Madruzzo était le principal représentant de cette politique impériale. Les évoques espagnols et ceux parmi les Italiens qui ne s'étaient pas livrés sans restriction à la cour romaine, tout en ne partageant pas complètement les vues de Charles- Quint, tenaient à voir d'abord une réforme sérieuse venir en aide à la conscience inquiétée et ébranlée des fidèles. Ils dirent sans ambages aux légats : qu'ils n'avaient aucune envie de se laisser duper, comme le concile de Pisé l'avait été par Alexandre V et le concile de Constance par Martin V (^) . L'empereur, de son côté, fit valoir dans ses lettres : que c'était seulement en travaillant avec zèle à la réforme de l'Eglise corrompue et ruinée, qu'on pouvait espérer de ramener les hérétiques et d'empêcher la défection des mécontents et des indécis. Alors les légats usèrent d'un stratagème dont ils avaient résolu depuis longtemps l'emploi (^) : ils prétendirent que la réforme devait être générale et s'étendre aux laïques, et surtout aux princes,

(1) Lettres de l'empereur à Tolède : Que ze hiziesse un tal reformacioiu que los protestantes no tuviesen ocasion de perseverar en sus errores fundados sobre los abusos ; Maurehbrecher, p. 276.

(') Pallaviciwi t. VI, p, 7. 14.

(') Lettre des légats au cardinal Farnèse, 5 janvier 1546; Quirini, t. IV, p. 235.

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