LES TROIS COMMISSIONS
non moins qu'aux clercs. De cette manière, ils espéraient retarder indéfiniment les affaires de réforme et particulièrement intimider l'empereur. Mais cet artifice ne fit aucune impression. Un excellent discours deMadruzzo exerça, au contraire, une influence très favorable à la priorité de la réforme Q.
Dans ces circonstances, les légats, craignaient de s'exposer à une défaite certaine, s'ils voulaient insister, selon l'ordre du pape, sur la priorité des dogmes. Ils préférèrent donc se servir de l'expédient que Thomas Campeggio, évéquc de Feltre, leur avait suggéré : de traiter dans des commissions différentes les deux questions en même temps. Malgré l'opposition du cardinal Madruzzo, qui eut une altercation très vive et échangea même des personnalités amères avec le premier légat de Monte, cette proposition fut acceptée par la majorité du concile, le 22 janvier 1546. Elle peut être considérée comme une défaite du parti papal absolu qui dut renoncer dès lors à son projet favori de réserver au saint-siège la décision exclusive de toutes les affaires hiérarchiques et disciplinaires, en empêchant les pères assemblés d y toucher aucunement.
Il n'est pas étonnant que Paul III fût fort indigné du cours que les choses venaient de prendre. Tout n'était pas rose dans le métier de légat. Le pape ordonna à ses trois représentants, par une lettre remplie de reproches amers, d'amener le concile à rapporter sa décision du 22 janvier. Mais les légats lui représentèrent qu'une telle pression, exercée ouvertement sur les résolutions de l'assemblée.
(') Laur. Pratanus, p. il.
aurait pour conséquence probable une révolte ouverte de la majorité contre Tautorité papale et un nouveau succès du parti impérial (^). Le pape dut comprendre la vérité de ces observations. Il se convainquit que les légats n'avaient pas pu agir autrement, et pour éviter des défaites plus dangereuses encore, il se contenta de leur recommander de ne souffrir aucune proposition de réforme ayant rapport à la cour romaine. Du reste, les légats, d'après ce qu'ils écrivaient eux-mêmes, le 7 février, au cardinal-neveu Farnèse Q, eurent toujours soin de traîner en longueur la discussion des dogmes jusqu'à ce qu ils eussent reçu du pape l'expression de sa volonté quant aux questions de réforme qu'on étudiait en même temps. De cette sorte, diaisent-ils, nous arriverons sans bruit au but que nous nous sommes proposé, c'est-à-dire d'empêcher toute résolution du concile qui serait désagréable au saint-père. Quelle admirable chose que cette diplomatie des prêtres italiens qui, de chaque défaite, savent tirer des avantages nouveaux !
On institua trois commissions différentes, pour travailler à la préparation des décrets que l'assemblée avait à rendre. Cette division du synode en congrégations particulières semblait aux légats un moyen excellent pour tenir chacun des prélats sous une surveillance et une direction sévère. Toute question était discutée d'abord par les docteurs en théologie, puis par la congrégation spéciale à laquelle elle était attribuée, et enfin résolue en congrégation générale. Les sessions solennelles et publiques ne devaient servir qu'à la publication des décrets. On ne
(') Lettres des légats au cardinal Farnèse, 2 février; QuiRlNf. t. IV, p. 238 (■) Mendham, p. 49; cf. p. 51 et la lettre du 15 mai 1546,]). 69.