‹ La contre-révolution religieuse au XVIe siècleChapitre 117 sur 215 · LA CURIE DÉSAPPROUVE LES DÉCRETS · texte numérisé non relu

LA CURIE DÉSAPPROUVE LES DÉCRETS

SOUS silence la décision du concile, quant aux^évêques absents. Dans la quatrième session publique (8 avril 1546), un nombre considérable de prélats, jaloux de leur dignité et de l'efficacité de leurs résolutions, s élevèrent avec véhémence contre cet escamotage ; ce ne fut qu'avec peine que les légats parvinrent à calmer la tempête. On publia, du reste, dans cette session les décrets du concile quant aux livres bibliques, à la tradition et aux abus quis y rattachent. Les décrets de la quatrième session ne plurent nullement au pape Paul III. En premier lieu, il était mécontent de voirie concile prendre des décisions sur les points les plus importants de la foi, sans réserver l'approbation et le consentement du saint-siège. Le concile avait l'air de vouloir se placer au-dessus de la papauté ! Et puis, il semblait impossible aux savants théologiens de la cour romaine de déclarer infaillible, sans aucune restriction, la Vulgate, traduction reconnue partout comme fautive. Le cardinal-neveu Farnèse, lui-même, ne se gêna pas pour s'exprimer très clairement à ce sujet dans une lettre adressée aux légats Q). Paul commanda donc à ces derniers de faire rapporter par le concile et soumettre à un nouvel examen les décrets de la quatrième session. Les légats ne furent pas peu effrayés de l'ordre du pape. Ils étaient sûrs de rencontrer là une résistance opiniâtre de la part du concile qui, en effet, sans commettre une sorte de suicide, ne pouvait révoquer, sur un simple ordre de Rome, ce qu'il avait mûrement discuté. Quel aurait été le rôle du saint Esprit qui était censé inspirer toute résolution de rassemblée } Peut-être le concile se serait-il dis-

(') Mendham, p. 6'>.

bOus, à la grande joie des hérétiques. Les légats, en conséquence, se hâtèrent d'excuser le concile auprès dusaint- ^père. Ils dirent qu'on n'avaitvoulu déclarer l'authenticité de la Vulgate qu'en général, non pas au point de vue philologique, mais exclusivement pour les dogmes et pour les préceptes moraux, afin de mettre un terme aux explications arbitraires des sceptiques et des hérétiques. Quel

danger de prononcer un blâme sur un texte de la bible

adopté officiellement par l'Eglise depuis un temps immémorial, à une époque où celle-ci était attaquée et calomniée de toute part (*) ! Ils persuadaient au pape que les décisions du concile formaient un ensemble fort important et indispensable pour le maintien de la paix et de Tunité parmi les catholiques. Ils lui rappelaient enfin, et avec raison, que la majorité des pères assemblés à Trente avait voué des sentiments trop respectueux au saint-siège pour menacer son autorité d'aucun danger (^). Paul III se laissa convaincre par ce raisonnement et permit la continuation des débats du concile. 11 fit plus : ce fut à cette époque même qu'il insista auprès des Suisses pour qu'ils envoyassent leurs prélats et leurs ambassadeurs au concile et rétablissent par ce moyen l'unité religieuse dans leur nation.

Si Paul III montra dans cette occasion un esprit si conciliant, ce fut probablement pour être agréable à l'empereur, avec lequel il était dans les meilleurs termes. Il persista dans cette manière d'agir. Autrefois il avait voulu

(*) Lettre du card. Cervino au card. Maffei, 24 avril ; QuiRiNi. t. IV, p. 297 is. — Voir aussi la défense du point de vue du concile, chez Philips, lÀft of RegnuOd PoU, t. U. p. 317 ss.

(■) Sarpi, p. 146. — Raynaldi ad an. 1546, nr. 30-31.

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