LA PRÉDICATION
limiter Taction du concile à la seule discussion des questions de dogmes et réserver, par cont/e, au saint-siège toutes les résolutions sur la discipline ecclésiastique. C'est pourquoi il avait préparé une bulle portant abolition des abus les plus criants dans l'administration de l'Église. Mais lorsque les légats lui firent voir que cette bulle ne satisferait point les pères et que ceux-ci ne renonceraient jamais à traiter des sujets pour lesquels ils croyaient être principalement assemblés, Paul céda encore. Il accorda aux délibérations une liberté entière, à la condition que le concile soumettrait toujours ses décrets à l'approbation papale avant de les rendre publics, (avril 1546) C).
Pendant les deux mois suivants (mi-avril à mi-juin) le concile s'occupa en même temps d'une question de dogme fort grave et d'une question de discipline non moins importante. Cette dernière, qu'on traita d'abord, avait pour objet de régler la prédication. Bien d'autres sujets s'y rattachaient : il s'agissait de donner de la régularité à la lecture publique des évangiles, de publier un catéchisme et d'organiser l'instruction religieuse dans chaque diocèse ; d'obliger les évêques et les curés à prêcher euxmêmes ou à se faire remplacer par un prédicateur capable ; de limiter, en faveur de l'ordinaire de chaque diocèse, la licence des moines de prêcher où cela leur plaisait. Ce dernier point donna lieu surtout à de très vives discussions. Le concile se divisa en deux partis hostiles. Les évêques désiraient soumettre complètement à leur discrétion le clergé régulier. Les moines, au contraire, re-
(') Cf. la dépêche de Vega h Tempereur, Rome 23 mars 1546; Matkjer, t. I. p. 291 note. — Pallavicini, VI, 13. 6; VU, 2, 1.
présentés à Trente par un grand nombre d'hommes habiles et éloquents, essayèrent de se rendre aussi indépendants que possible. Ils furent assistés par les légats, parce que la papauté avait toujours trouvé parmi les moines les défenseurs les plus dévoués et les plus zélés de sa toute-puissance. Dans les congrégations, les évéques et les généraux d'ordres, les prélats et les légats échangèrent des paroles amères. Lés évêques reprochèrent aux moines de se soustraire à toute surveillance canonique et de répandre des doctrines dangereuses ; leurs adversaires répondirent que la paresse et les tendances mondaines des évéques avaient forcé le clergé régulier à prendre souci de la prédication complètement négligée et abandonnée. Tout le monde avait un peu raison. Entre les évêques et le cardinal de Monte,homme fort colérique, il s'agit surtout de la liberté de la parole dans le eoncile.L'autorité du premier président sortit passablement meurtrie de ces débats. Les pères s'arrogèrent même ie droit de faire des propositions contre les cardinaux et les légats. Les scènes les plus passionnées eurent lieu à cette occasion. La parole fut retirée à Tévêque d'Astorga. Celui de Fiesole qualifia une décision du concile d'impie et en appela du synode au jugement de Dieu — offense énorme qu'il dut retirer comme sentant l'hérésie. Monte dit d'un discours du même prélat qu il était " calomnieux, injurieux, séditieux et schismatique „. Le malheureux prélat fut si profondément humilié qu'à la fin il demanda pardon en pleurant. Néanmoins, 'les légats prièrent le cardinal-neveu de faire rappeler du concile, par le pape, les évêques de Fiesole et de Chioggia, comme séditieux. Ils haïssaient le premier à cause de son hostilité envers