ÉVÊQUES ET MOINES
les moines C),ct ils étaient d'autant plus exaspérés contre Nacchiante de Chioggia qu'il recevait une pension de la caisse papale pendant son séjour de Trente Q. Cependant Paul III, plus prudent que T irritable de Monte, évita le danger de compromettre la prétendue liberté du concile par une violence trop manifeste. D'ailleurs, les idées d'indépendance épiscopale ne vivaient pas que dans les deux prélats dont nous venons de parler. Beaucoup d'évêques voulaient profiter de l'occasion qui leur était offerte par leur constitution en concile souverain, pour forcer le pape à leur rendre les anciens privilèges de leur ordre et pour soumettre en même temps le clergé régulier à leur juridiction. Tout évêque devait, pour ainsi dire, être pape dans son diocèse. On exigeait surtout que le devoir de l'évéque de résider dans son diocèse fût qualifié de droit divin et que, par conséquent! toute dispense en fût interdite ; car jusqu'alors, pour de Targent, on pouvait être dispensé à Rome de tout ce qu'on voulait. L'évéque de Lanciano accusa la cour romaine de prendre sous sa protection, moyennant finance, des assassins et des fornicateurs. Celui de Badajoz n'hésita pas de dire que les obstacles d'un bon règlement contre les abus provenaient surtout de Rome, et qu'il fallait en appeler à l'empereur qui aurait à prendre la défense de l'épiscopat f). On demanda de déclarer incompatible avec l'épiscopat la dignité de cardinal, qui forçait son possesseur de séjourner à Rome continuellement ou au moins temporairement. Comme à Tordinaire, le zèle
(*) Katnaldi ad an. 1546, nr 65.
(•) Gen. Calenzio, Docunutiti inediti sul Concilio di Irento (Rome, 4874), p. 3.
(•) 10 juin 1546, ïheiner, t. I, p. 140 s.
exagéré de quelques évêques et leurs paroles trop blessantes donnèrent au premier légat le moyen d'éluder les attaques dirigées contre le saint-siège. Il se plaignit que plusieurs pères eussent reproché au pape d'avoir usurpé certains droits et parlé de lui comme de leur égal. Il prétendit que le concile n'avait pas le droit de commander au saint-père ; seules les décisions communes du concile et du souverain pontife étaient, dit-il, revêtues d'une autorité universelle. Les cardinaux ne peuvent être jugés ou soumis à de nouveaux règlements que par le pape luimême.
La plupart des évêques s'effrayèrent de l'exagération de leurs collègues radicaux. Ils comprenaient, du reste, que dans la situation dangereuse où l'Eglise se trouvait, ils ne pouvaient pas rompre avec la papauté, et que l'union était seule capable de sau^r encore la religion catholique. On accepta donc volontiers la proposition du cardinal Cervino d'ajourner la question de la résidence. On trouva de même un parti mitoyen dans la lutte entre . les évêques et les moines : on accorda aux derniers le droit de prêcher dans les églises de leur ordre sans la permission épiscopale, mais dans les autres églises seulement avec Tautorisation de l'ordinaire du diocèse.
Ainsi, l'habileté et la prudence des légats l'avait emporté dans la plupart des cas sur le zèle maladroit et le manque d'unité des évêques. Les privilèges abusifs de la cour romaine n'étaient pas abolis, les moines restaient dans une large mesure, indépendants pour leur prédication. Les évêques, en effet, avaient les mains liées. Attaquée de tout côté par l'hérésie, l'Eglise ne