‹ La contre-révolution religieuse au XVIe siècleChapitre 120 sur 215 · LE PÉCHÉ ORIGINEL · texte numérisé non relu

LE PÉCHÉ ORIGINEL

pouvait pas se permettre le luxe d'un schisme. Si le pape prononçait la dissolution du concile, les pères, pour ne pas travailler au profit des luthériens, étaient obligés à se soumettre et à se séparer, tandis que la dignité et lautorité pontificale n'en restaient pas moins intactes. Aussi, en règle générale, l'assemblée, tout en se soulevant de temps en temps contre la volonté du pape, finit toujours par s'y soumettre chaque fois que des raisons particulières n'amenaient pas le saint-père à céder volontairement devant les exigences de l'assemblée. Combien ils s'étaient trompés ceux qui avaient espéré du concile une révolution radicale dans l'Eglise et dans la hiérarchie !

Le pape obtint aussi un succès complet sur une autre question où son point de vue était en opposition directe avec celui de l'empereur. Nous savons que Charles, quoique déjà résolu à commencer la guerre contre le landgrave de Hesse et l'Electeur de Saxe, ne voulait pas se compromettre avec ses amis protestants et tenait à éviter encore de donner à la lutte le caractère général d'une guerre de religion Q), II demanda donc à plusieurs reprises qu'on ne s'occupât point des dogmes où la doctrine catholique serait en conflit ouvert avec les convictions luthériennes : et surtout qu'on écartât la question du péché originel. Le pape, au contraire, désireux de rendre irrémédiable la rupture avec les hérétiques, voulait faire condamner leurs opinions par le concile. Il avait, en conséquence, plusieurs fois ordonné, et de la manière la plus précise, d'ouvrir la discussion sur le sujet que nous venons de mentionner; et naturellement les légats lui

(') lettre du nonce Verallo aux légats de Trente, 13 juin 1546 ; QumiNi, t. IV, p. 304.

avaient obéi malgré les protestations et même les menaces de l'ambassadeur impérial (^). Eh bien, les légats, assistés par tous les Italiens et les Français, remportèrent ici une victoire complète. L'empereur qui ne voulait pas encore démasquer ses batteries contre les protestants, fit une diversion : ses théologiens et évêques essayèrent d'enrayer la discussion sur le péché originel en soulevant la question difficile et beaucoup débattue alors de la conception immaculée de Marie. Les franciscains surtout et les dominicains se chamaillaient constamment à ce sujet. Mais la majorité du concile s'aperçut du piège et refusa d'entamer le débat sur ce point litigieux. On proposa alors ouvertement d'ajourner la discussion du dogme du péché originel, mais sans obtenir un meilleur résultat. Il va sans dire que les résolutions du concile quant au dogme précité furent en. opposition directe avec les vues des réformés. En vain l'empereur cherchat-il à faire retarder au moins la publication du dogme pour ne pas trop effrayer ses alliés protestants ; le concile passa outre encore une fois Q.

Les résultats des délibérations laborieuses des deux derniers mois furent publiés d'une manière solennelle dans la cinquième session, qui eut lieu le 17 juin 1546. La victoire que la cour pontificale avait obtenue sur la presque totalité des points débattus, rendit facile à Paul 111 de se montrer magnanime. Dans la cinquième session, Massarelli, secrétaire du concile, homme habile, actif, tout à fait dévoué à la cause papale, put lire un bref du

(') Kaynaldi, ad an. 1546, n' 69, 70. — PALLAViciîn, Vil, 3, 1 (') Mauhenbrkchkr, t. I, p. 80.

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