LA JUSTIFICATION
saint-père, approuvant et ratifiant tous les décrets du synode sur la prédication de la parole divine, quoiqu'ils fussent contraires aux ordonnances des conciles antérieurs et à quelques privilèges du saint-siège. Par cette même lettre d'approbation, Paul III faisait valoir encore une fois la prétention du saint-siège, que son assentiment était indispensable pour donner force de loi aux décisions du concile. Mais les prélats furent tellement enchantés de l'idée de se savoir en parfaite harmonie avec le saint-siège, que seul l'infatigable évéque de Fiesole eut le courage de protester formellement contre l'usurpation de la cour romaine. Le concile marchait donc très bien selon les vues du pontife. L'autorité et l'importance du synode augmentèrent par l'arrivée non seulement d'un plus grand nombre d'évêques, mais surtout des ambassadeurs du roi de France. Comme l'empereur, le roi des Romains et
le Portugal étaient déjà représentés à Trente, tous les
grands Etats catholiques, à l'exception de la Pologne, y avaient leurs plénipotentiaires.
L'assemblée, en conservant l'ordre adopté depuis longtemps de traiter toujours à la fois une question de dogme et une question de discipline, s'occupa alors de deux points fort importants : la doctrine de la Justification et la résidence des évêques. Par la première on touchait à la partie la plus grave et la plus originale de toute la doctrine protestante qui, comme on le sait, plaçait le salut de l'homme exclusivement dans la foi en Jésus-Christ et dans les mérites du Sauveur, en ne voyant dans les bonnes œuvres qu'une affirmation de cette foi. Par la seconde, si l'on obligeait les évêques à résider dans leurs diocèses, on mettait un terme à la pluralité des
hauts bénéfices ecclésiastiques, à une riche source de revenus pour les cardinaux, à un pouvoir arbitraire de la cour romaine.
Comme la discussion sur le premier de ces points devait nécessairement aboutir à une nouvelle condamnation du protestantisme et rendre impossible la paix, si désagréable au pape, avec les hérétiques, elle fut saluée avec joie par les légats. Il leur importait peu que Tempereur exhortât avec instance le concile à avoir plus de soin de la -réforme de l^glise et à abandonner la discussion des dogmes qui empêcheraient entièrement les protestants de se rendre à Trente (*). -Au contraire, les faibles tendances de réforme qui s'y faisaient valoir, étaient fort désagréables aux légats qui les auraient volontiers étouffées ou au moins affaiblies. Cependant, pour arriver à ce but, on avait à vaincre deux obstacles : d'un côté, l'influence de l'empereur, qui ne pouvait pas être évitée dans une ville faisant partie de l'empire; et puis, l'influence directe du cardinal Madruzzo, évêque et seigneur de Trente, gagné complètement aux idées réformatrices de Charles-Quint. C'est pourquoi nous voyons les légats chercher à réaliser deux desseins : 1 un de rendre impossible à Madruzzo la participation ultérieure au concile ; l'autre de transférer l'assemblée, de Trente, dans une ville réellement italienne et même, si cela était possible, dans une ville papale. Ce fut probablement dans cette dernière intention que les légats prièrent de nouveau le saint-père de leur envoyer encore plus d'évêques italiens Q car les ultramontains leur semblaient toujours
(*) Massarklli.
(') Lettre des légats au cardinal Farnèse; QumiNi, t. IV, p. 271.