‹ La contre-révolution religieuse au XVIe siècleChapitre 126 sur 215 · JOIE J)U PARTI PAPAL · texte numérisé non relu

JOIE J)U PARTI PAPAL

avec Tassentiment, mais sur Tinstigation des légats et aussi du saint-père. Aurait-on osé sans cela fixer les réunions futures du concile dans une ville de TÉtat pontifical.'^ Des gens bien renseignés prétendaient même que Julien Ardinghello, ft-ère du cardinal du même nom, qui était venu à Trente en février 1547, ostensiblement pour exprimer à Madruzzo la condoléance du pape à l'occasion de la mort de son frère, avait eu pour véritable mission de convenir avec les légats de la translation du concile (*). Le savant évêqueGiovio félicita d'un ton triomphal son ami Cervino de cet événement. Il reconnaît dans l'abandon de Trente une victoire des Italiens sur les Allemands, du pape sur lempereur, qui aurait voulu jouer au saint Christophe, portant seul le monde entier. Et le légat ne laisse pas de lui répondre en approuvant sa manière de voir (^).

Le pape, du reste, s'était préparé à une rupture complète avec l'empereur. Il avait offert à François I*' un mariage entre son propre petit-fils, Horace Farnèse, et Diane, fille naturelle du dauphin Henri. Il avait conseillé lui-même au roi de France d'assister les hérétiques allemands contre l'empereur, ** disant que Sa Majesté ne saurait faire une dépense plus utile. „ Il se réjouissait publiquement de tout avantage remporté par l'Electeur de Saxe sur ses adversaires f).Il est vrai que Paul III n'avait pas prévu que les choses marcheraient si vite à Trente. Il

(') Dépêche de Mendoza, de Rome, 18 septembre 1547; Doklliwger, Beitraege zur pâlit, kirchLu. KuUurgesch, (Ratisbonne 1862) t. I, p. 115.

(*) Lettres de Giovio à Cervino, 29 mars, et de Cervino à Giovio, 4 avril 1547; Baluze-Mahsi, t. III, p. 505.

(•) François !•' h Dumortier, son ambassadeur à Rome, 28 mars, et dépêche de Dumortier, 31 mars 1547; Ribier. t. 1, p. 633 s. 637.

annonça cependant au collège des cardinaux son acquiescemei\t à tout ce qui venait de s y passer (^). Mais il fut déjà frappé de Topposition hardie qu'il rencontra auprès de quelques membres du sacré-collège ; et après avoir réfléchi plus mûrement sur ces faits, il commença à s effrayer de leurs conséquences, d'autant plus que coup sur coup il reçut des nouvelles peu rassurantes pour la position qu'il venait de prendre. D'abord le prétexte de la translation avait perdu toute sa force, car à peine la majorité des prélats avait-elle quitté Trente que la prétendue épidémie y disparut comme par enchantement. Les •* médecins à la douzaine „ avaient eu raison contre le célèbre Jérôme Fracastor. Malgré les ordres et les promesses venus de Rome, tous les prélats impériaux, à l'exception d'un seul, restèrent à Trente, en déclarant vouloir y attendre la réouverture du seul concile légal. Ensuite, François I", sur lequel Paul avait placé tout son espoir, mourut le 31 mars 1547, et son successeur Henri II, se trouvant d'abord sous l'influence du très catholique connétable de Montmorency, prit une position assez favorable à l'empereur. Le nouveau roi conseilla lui-même au pape affligé, de suspendre le concile jusqu'à une réconciliation avec l'empereur, pour ne pas provoquer un schisme Ç). Les Vénitiens ne montrèrent aucune envie d'entrer dans la ligue contre l'empereur (*). Charles-Quint devenait plus puissant, plus victorieux, plus redoutable que jamais : le 24 avril 1547

(•) Ratnaldi ad an. 1547. nr. 55 : Paulus Pontifex accepto translationis nuntio, rem gestam coacto Cardinalium Senatu comprobavit.

(•) Ratnaldi, ad an. 1547, nr. 60.

O Dépêche de Morvilliers, ambassadeur français à Venise, 29 avril, 30 juin 1547; RiBiER. t. II, p. 10 ss. 144 s.

MENACES DE L'EMPEHEUR. 361

il remportait la grande victoire de Mûhlberg, qui lui livra TEkcteur de Saxe et bientôt après le landgrave de Hesse, et qui plaça à ses pieds TAUemagne entière. En même temps le Sultan, sur lequel le pape avait beaucoup compté pour une attaque contre les Habsbourg, fit sa paix avec Tempereur. Paul III crut bon alors de dépêcher vers Charles- Quint le cardinal Sfondrato, afin de le gagner à la cause du concile de Bologne.

Un tel espoir n'avait aucune chance de se réaliser. Charles, en recevant la nouvelle des événements de Trente, avait montré le plus grand courroux et menacé de prendre des mesures de rigueur. L'affirmation du pape, que la translation du concile avait eu lieu sans son assentiment et partant moins encore sur son ordre, rencontra chez Charles une incrédulité complète. Lorsque le nonce essaya de lui démontrer, qu'il était indispensable dans tous les cas que les prélats restés à Trente se rendissent à Bologne, pour maintenir l'autorité du concile et pour éloigner le danger d'un schisme, l'empereur lui répondit qu'il les ferait aller non seulement à Bologne, mais aussi à Rome, mais qu'il les accompagnerait lui-même pour assurer leur liberté (^). Menace peu déguisée qui rappelait la prise et le sac de Rome par les troupes impériales, vingt ans auparavant.

La conduite de l'empereur, dans cette situation difficile et délicate, était aussi prudente que ferme. Son intention était de ne jamais sortir du giron de l'Eglise catholique, de ne pas se brouiller définitivement avec le saintsiège, mais pourtant de le forcer à se soumettre à sa manière de voir, à la réintégration du concile dans la ville

(') Instruction impériale pour Diego de Mendoza, 27 avril 1547 ; Mau-

RENBRECHER, p. 107 *.

de Trente, à la réconciliation avec les hétérodoxes d'Allemagne. Il déclara sèchement au cardinal Sfondrato qu'il ne consentirait jamais à autre chose qu'à un retour simple et sans phrase à Trente. Lorsque le pape essaya de détourner son attention et son énergie des affaires du concile, en l'invitant à attaquer l'Angleterre schismatique, Charles refusa avec mépris de donner dans ce piège trop grossier. L'empereur, comme tout homme d'Etat habile, savait exagérer au besoin sa colère et l'hostilité de ses intentions. Son ambassadeur à Rome, Don Diego Hurtado de Mendoza, dut menacer le pape d'un véritable schisme, si les prélats ne retournaient pas à Trente (*). Mais ceci n'était destiné qu'à intimider le pontife. Charles ordonna en même temps au cardinal Pacheco et à ses évéques fidèles restés à Trente, de ne quitter cette ville sous aucun prétexte, mais aussi d'éviter tout acte conciliaire pour ne pas provoquer de schisme* Les prélats de Trente ne devaient pas intituler leur réunion le concile de Trente, mais seulement le saint conciley en quelque lieu qu^il soit. L'histoire de l'assemblée de Bâle était là pour démontrer combien peu de succès on pouvait attendre d'un synode antipapal et, par conséquent, schismatique. Imiter ces procédés n'aurait eu de sens que^ans le cas où Charles aurait été décidé à suivre l'exemple donné par Henri VIII d'Angleterre et à constituer une Eglise à part. Mais une telle résolution était contraire à toutes les idées et aux desseins universels de ce monarque. Du reste, jamais l'Espagne, vraie base et fondement de sa puissance, ne l'aurait suivi dans cette voie. Ce ne fut donc

(^) Dépêche de Mendoza, 3 mai 1547; Dôllincep, Beitrage zur polit, etc. Geschichte, t. I, p. 53 ss.

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