FORTE POSITION DE CHARLES
L'alliance française elle-même ne réussit pas au malheureux pontife. Sa politique religieuse était en contradiction flagrante avec sa politique séculière. Les évêques gallicans, dont il avait salué avec joie l'arrivée à Bologne, se montrèrent encore plus récalcitrants envers le saintsiège que les Espagnols. Ils commencèrent à parler hautement de la supériorité des conciles sur le pape, dont la participation, d'après eux, n'était point nécessaire aux travaux du concile ; et le légat Cervino, autrefois si prompt à la réplique en pareil cas, n'osa leur répondre que fort doucement (*). Les ambassadeurs français au concile étaient munis d'instructions qui demandaient la suppression de presque tous les revenus que le trésor papal et les officiers de la cour romaine tiraient des pays ultramontains. Ce fut tout le résultat de la translation si désirée et opérée avec tant de peine ! Pendant ce temps, Jules Cibô, marquis de Massa, qui avait voulu livrer Gênes entre les mains des Français, laissa découvrir ses trames, fut pris et décapité sur la place publique de Milan. Cet événe-. ment déjoua tous les plans de Henri II, qui commença à se refroidir relativement à la ligue papale. Comme il s'intéressait vivement aux affaires d'Ecosse et qu'il était engagé ainsi dans une lutte avec l'Angleterre, il fit comprendre au pape que, pour le moment, il n'était pas à même de faire la guerre à l'empereur. Au contraire, il fit savoir à Charles qu'il voulait entrer avec lui en bonne amitié, s'il avait l'intention de s'y prêter sincèrement (^). Voilà pourquoi Paul, à son grand regret,
(*) Pali.avicini, X, 7, 3.
(*) Lettre de Henri II au cardinal Du Bellay, 15 janvier 1548; KiBiEH, t. 11. p. 113 s.
dut renoncer à tirer vengeance de la mort de Pierre- Louis ; et Plaisance resta au pouvoir de Charles-Quint.
L'empereur avait pris l'offensive sur le terrain politique; il commença aussi T attaque sur le terrain religieux. A la diète d'Augsbourg, en automne 1547, les chefs du protestantisme réitérèrent leur promesse de se soumettre à un concile nouvellement convoqué à Trente. L'empereur, de son côté, sans mentionner seulement le pape, leur garantit la sécurité personnelle durant leur séjour de Trente, et une liberté complète dans l'exposition de leurs opinions. L'Allemagne était unie sans le pape, et dans un certain sens même contre le pape. Le cardinal Sfondrato essaya, par des promesses de tout genre, de détourner de l'empereur les électeurs ecclésiastiques et le duc Guillaume de Bavière, pour les attirer vers le souverain pontife. Mais l'influence impériale et le besoin de réformes étaient trop forts : ses démarches échouèrent complètement et ne servirent qu'à aigrir encore le gouvernement impérial contre Rome Q).
Ces mêmes princes ecclésiastiques que Sfondrato avait voulu gagner, adressèrent d'Augsbourg au pape une demande énergique de ramener le concile à Trente, comme un acte non seulement de justice, mais aussi de toute nécessité. Ils allaient même jusqu'à des menaces : " si le saint-père retire sa main de l'Allemagne, ils prendront d'autres conseils et ils chercheront d'autres moyens pour assurer la pacification de leur pays. „ Le primat de Pologne, l'archevêque de Gnesne, s'associa à la démarche de ses collègues d'Allemagne, en contestant
(I) Drupfil, t. m, p. 77.