‹ La contre-révolution religieuse au XVIe siècleChapitre 130 sur 215 · EXIGENCES DE L'EMPEREUR · texte numérisé non relu

EXIGENCES DE L'EMPEREUR

sèchement, dans une lettre adressée au pape, qu'un concile assemblé dans TEtat pontifical pût être considéré comme étant libre Q. La cour romaine se trouvait dans l'embarras le plus cruel.

L'empereur, fort de son excellente position militaire, politique et religieuse, croyait le pape malade et assez brisé par la terrible mort de son fils, pour pouvoir lui dicter ses conditions. Il envoya à Rome le cardinal Madruzzo (novembre 1547), demander péremptoirement le retour immédiat des prélats de Bologne à Trente, puisque lui — Charles — avait pleinement satisfait à la condition posée par le pape, d'amener les protestants à se soumettre aux décisions du concile. Il exigea, en outre, l'envoi en Allemagne, de nonces apostoliques, munis de pouvoirs suffisants, pour accueillir et absoudre tous ceux qui, remplis d'un pieux repentir, voudraient rentrer dans le giron de l'Eglise. Il demanda enfin que le concile eût à s'occuper principalement de la réforme des mœurs et de la discipline du clergé. En retour de toutes ces concessions, Charles promit qu'en cas de vacance du saint-siège, il tiendrait la main à ce que l'élection d'un nouveau pontife restât au collège des cardinaux, à l'exclusion du concile. Si, au contraire, Paul n'agréait pas les propositions de l'empereur, ses ambassadeurs avaient Tordre de protester d'une manière solennelle, tant à Rome qu'à Bologne, contre tout acte du prétendu concile.

Paul III était moins bas que Charles ne le croyait. Il était plutôt outré de la manière violente et suffisamment brutale dont on le traitait, et de ce que, pour l'affaire de Plaisance, le cardinal de Trente ne lui apportait

(1) Ces deux documents se trouvent chez Rainaldi, ad an. 1547, nr. 84*86 et chez Le Plat, t. m, p. 653 ss.

que des promesses vagues (^). Il en résulta entre lui et Tambassadeur d'Espagne des querelles personnelles et des scènes souvent scandaleuses (^). La perspective de voir les protestants arriver à Trente — quoique le pape eût insisté toujours là-dessus — ne pouvait le séduire.C'était, au contraire, une de ses raisons principales contre le retour du concile, car il craignait de leur présence une reprise d'hostilités contre le saint-siège et la victoire des ultrantontains^). Enfin, après trois mois (1®' janvier 1548), il répondit aux évéques d Allemagne, sur un ton extrêmement aigre ; puis il leva des troupes pour protéger au moins l'Etat pontifical contre une mesure violente de l'empereur. C'est pour la forme seulement qu'il ménageait : lui et le concile se montrèrent disposés à revenir à Trente, mais à des conditions parfaitement inacceptables pour l'empereur et les protestants. Cette réponse qui contenait au fond le refus des propositions faites par Charles-Quint, était surtout l'œuvre du parti qui, parmi les cardinaux, désirait reconstituer l'Eglise sur les bases du moyen âge, et ne voulait point entendre parler de mettre sur le même rang les pouvoirs séculiers et ecclésiastiques. Caraflfa, ce Napolitain fanatique, et Cervino y avaient travaillé. C'étaient donc deux grands principes d'une importante universelle, qui luttaient entre eux à cette occasion ; et on ne s'y trompait guère de part et d'autre : voilà la raison de l'opiniâtreté montrée des deux côtés. Ce fut alors que Charles-Quint écrivit dans son testament politique, adressé à son fils Philippe, le passage suivant : " Quant au pape actuel.

(1) Cf. les documents chez Maurbnbrecheb, p. 125* ss.

(•) Lafuente. Historia gênerai de Espana, U XII, p. 511 ss,

(') Pallavicini l'avoue ingénument, X, 7, 3.

l'empire et la papauté. 371

Paul ni, vous savez déjà comment il s'est conduit envers moi, et spécialement combien il a mal accompli son traité pour la dernière guerre, en m'abandonnant au milieu du combat. Vous connaissez le peu de bonne volonté qu*il a montré et montre encore pour les affaires publiques de la chrétienté, et surtout quant à la célébration du concile (*). „

Lorsque Tempereur écrivit ces lignes, il avait déjà ordonné de frapper un grand coup contre ce pape récalcitrant. Le 1 8 janvier 1548, le fiscal général de Castille, François Vargas, et Martin Vélasquez protestèrent, dans les termes les plus énergiques, devant les pères assemblés à Bologne, contre tous leurs actes, qu'ils déclarèrent nuls et d'aucune valeur aussi bien que la translation du concile elle-même. Ils annoncèrent que l'empereur prendrait en ses propres mains les intérêts de l'Eglise, menacée dangereusement par la négligence du pape et par les usurpations d'un concile illégal. Et cette même protestation, d'autant plus violente qu'elle était entourée de formes solennelles, fut renouvelée à Rome devant le souverain pontife et tous les cardinaux réunis, par Don Diego Hurtado de Mendoza, ambassadeur impérial.

Quelle position superbe Charles venait de prendre ! Encore une fois, il opposait à la papauté le pouvoir impérial le plus étendu, tel qu'il avait existé dans l'ancienne Rome et pendant la première moitié du moyen âge, comme pouvoir protecteur de l'Eglise. Il le fit avec énergie et persévérance, et, disons-le aussitôt, avec un succès surprenant. Depuis Henri III, depuis cinq siècles, aucun empereur n'avait vu un pape et un concile s'hu-

(1) Ct testament est daté du 18 janvier 1.548; Weiss. Papiers d État du eardifial de Granvellc, t. III, p. 267.

milier si profondément devant lui comme on le fit devant cet Imperator. En vain, Paul III proposa-t-il Texpédient de ne traiter à Trente que les affaires allemandes et le reste dans une ville d'Italie. Mendoza repoussa ce plan avec une superbe ironie, en disant qu'il n'appartenait ni à Sa Majesté ni à Sa Sainteté de mettre des brides au saint Esprit, qui était essentiellement libre et qui pouvait inspirer au concile toutes les résolutions qui lui plairaient (^). Le pape se vit battu dans toutes ses espérances. L'alliance avec la France, " en laquelle il avait cru plus qu'en Dieu „ ne fit pas de progrès. Il eut beau écraser la pauvre population de l'Etat pontifical de contributions nouvelles, surtout d'un impôt sur la farine, pour pouvoir réunir des troupes de plus en plus nombreuses : sans le secours des Français, il ne pouvait jamais braver la formidable puissance de l'empereur. A Bologne on craignait déjà de voir arriver les troupes espagnoles qui venaient de s'emparer si facilement de Plaisance, et on renforça la Çgarnison de 500 hommes. L'empereur effraya Sfondrato en [lui manifestant l'intention de ratifier d'une manière définitive la protestation de ses agents et den appeler du pape àun concilelégitime(l 8 février 154 8). Cette menace n'était pas trop sérieuse pour le moment : le cardinal de Trente, intervenant comme médiateur, écrivit à Rome qu'il avait beaucoup adouci l'empereur, et qull espérait le contenir, pourvu toutefois qu'on suspendit l'assemblée de Bologne et qu'on sursît en même temps au jugement de la légalité de la translation, sans chagriner les évéques restés à Trente (^).

(1) Dépêche de Diego de Mendoza, 2 février 1548; DOllinger. Beitraegt t. I, p. 135.

(") Pallavicini. X, 14. 1. 3.

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