J/INTERIM
Paul III, pour sauver un semblant d'indépendance, exigea, que l'assemblée de Bologne (février 1548) lui envoyât des ambassadeurs pour se justifier du changement de lieu, que les ambassadeurs pontificaux avaient pourtant amené eux-mêmes. 11 voulait se poser en juge — sijusti judicis partes postponere vo/uissemus, écrivait-il au légat (*) — dans une occasion où, en réalité, il n'était qu'un adversaire vaincu, en pleine retraite. Le concile ne tira aucun avantage de ce que le roi Henri II le reconnut publiquement et solennellement, en juin 1548. Au contraire, les séances de cette assemblée demeurèrent toujours suspendues, si non pour la forme, du moins réellement.
Mais Charles ne voulait entendre parler d'aucun subterfuge. Ce fut à cette époque que le sénat de Milan, sur Tordre de l'empereur, dut priver le cardinal de Monte, sous des prétextes spécieux, de tous les revenus de son évêché de Pavie (^). Comme le pape n'obtempérait pas à sa demande de reconstituer le synode de Trente, il réalisa sa menace de prendre en mains lui-même la cause de l'Eglise. Le pape hésita d'envoyer en Allemagne des cardinaux, comme Charles l'avait désiré, avec des pouvoirs suffisants pour autoriser dans ce pays la communion sous les deux espèces, le mariage des prêtres et la sécularisation partielle des biens ecclésiastiques (*). Alors l'empereur publia de sa propre autorité \ Intérim, destiné à devenir provisoirement la loi religieuse pour l'Allemagne. Et cet Intérim non seulement différait quant à la lettre, sous beaucoup de rapports des décisions de
(1) Raynaldi ad an. 1548 nr. 32; et Le Plat, t. IV, p. 1 ss.
(") Pallavicisi, X. 17, 3.
(') DôLLiNGER. Bàtraege, l. I, p. 151-153. — Druffel, t. I, p. 113 ss.
Trente, mais il permettait aussi, sans Tassentiment préalable de Rome, la communion sub utraque et le mariage des prêtres (mai 1548). Le mois suivant, l'empereur et la diète publièrent, sans en demander l'autorisation à Rome, un nouvel édit sur la réforme ecclésiastique, qui contenait beaucoup de choses louables et ordonna surtout de fréquents conciles provinciaux, ce qui était fort odieux à la cour romaine comme un danger pour sa toute-puissance. En effet, pendant ces années, on célébra en Allemagne de nombreuses assemblées provinciales et diocésaines du clergé qui, en partie, déployèrent une activité importante et salutaire pour les quatres provinces archiépiscopales restées encore au catholicisme, celles de Mayence, de Cologne, de Trêves et de Salzbourg. Le décret de réforme de juin 1548 étendit son influence même au delà des frontières de r Allemagne proprement dite. Pendant l'automne de la même année, il fut accepté d'une manière officielle par plusieurs diocèses des Pays-Bas (*).
En vain la cour romaine protesta-t-elle contre cette ingérence du pouvoir séculier dans les affaires de TEglise. En vain le cardinal Farnèse avait-il dit qu'il pourrait indiquer sept ou huit hérésies dans l'Intérim, et que l'empereur avait provoqué un scandale dans la chrétienté ; Charles s'en soucia peu et continua à repousser toutes les offres de médiation de la part du saint-siège. C'est alors que Paul lui proposa de faire, par un bref pontifical, venir le^ évèques à Rome, tant de Bologne que de Trente, pour délibérer sur la réforme à la cour papale elle-même (juillet 1 548) (^).
(i) De Ram. De la part du clergé belge au concile de Trente, p. 23 ; Nouveaux mémoires de C Académie de Belgique, t. XI ^^
(') Druffel, t. 1, p. 125 ss. — DôLLiNiJER. Beitraîge, t. I. p. 138.
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Son intention secrète était de faire déclarer légitime, par les évoques se trouvant sous son influence directe, la translation du synode de Trente à Bologne et enfin de leur faire prononcer Touverturedu concile à Rome même. " Nous voulons tromper les trompeurs, „ dit confidentiellement le cardinal Caraffa au cardinal du Bellay. Car de cette manière le concile aurait été soumis complètement à la direction du saint-siège.
L'empereur n'avait garde de tomber dans les filets que le cerveau renardique de Paul III lui avait tendus. 11 fit pour le moment abstraction du concile pour travailler à l'exécution de l'Intérim. Malheureusement, il ne pouvait pas se passer du pape. Car pour que les évèques admissent des prêtres mariés à l'exercice du culte, qu'ils accordassent la communion sous les deux espèces, et que, d'un autre côté, les princes protestants n'eussent plus rien à craindre pour les biens ecclésiastiques qu'ils avaient confisqués — pour tout cela on avait besoin de concessions spéciales du pape. D'après le désir exprimé plusieurs fois par l'empereur avec beaucoup d'instance, Paul commanda, en septembre 1548, à Pighino, auditeur de la Rote et en ce moment évêque de Ferentino, et à Lippomano, coadjuteur de Vérone, de se rendre en Allemagne pour y travailler à la réconciliation des hérétiques repentants, ensemble avec le nonce apostolique, l'évêquc de Fano, et conformément aux pouvoirs que le pape leur donnera. Cependant, tout cela était plutôt un semblant de concession qu'une réalité. Charles avait souhaite de voir chargés de cette commission importante des princes de l'Eglise, des cardinaux; Paul ne la donna qu'à de simples évoques. De plus, ils avaient l'ordre de ne permettre
le mariage aux prêtres et la possession des anciens biens ecclésiastiques aux laïques que dans des cas particuliers, mais point d'une manière générale, pour ne pas scandaliser les âmes pieuses et orthodoxes. Enfin les légats retardèrent dabord leur départ pour rAllcmagnc et puis la publication de leurs pouvoirs pendant bien des mois, de sorte que les diocèses d'Allemagne se trouvèrent dans le plus grand embarras et que l'exécution de rinterim fut suspendue partout. Par ces machinations le pape voulait forcer l'empereur de lui rendre d'abord la ville et le territoire de Plaisance Q). Il était convaincu que l'empereur avait besoin de lui pour régler les affaires d'Allemagne. Et afin de les tenir en suspens pendant plus de temps encore, Paul conseilla sans vergogne au roi de France, de sacrifier les catholiques écossais et de faire la paix avec le gouvernement hérétique d'Angleterre, pour pouvoir alors assister de toutes ses forces les protestants allemands contre l'empereur orthodoxe ! Q Tellement les intérêts de la politique primaient, chez Paul III, ceux de la religion, dont la défense était cependant la raison et le véritable but de sa haute position. Mais il avait encore une fois compté sans son hôte. La France demeura tranquille du côté de l'Allemagne. La mission de Laubespine, secrétaire d'Etat français à Rome, resta sans résultat heureux ; elle eut plutôt pour conséquence un rapprochement entre la France et l'empereur. Le gouvernement français se méfiait profondément du pontife, et des offres de paix et de
(i) DÔLLINGER, Beitracge, t. I, p. 155 ss.
("; Dépêche du cardinal du Bellay, 28 mars 1549 ; Druffel, 1. 1, p. 21 1