RELIGION ET POLITIQUE
bonne entente s échangeaient sans cesse entre lui et Charles-Quint. Le pape se vit forcé à reculer de nouveau, mais il ne céda le terrain que pied à pied. En mai 1 549, les pouvoirs des trois légats furent conférés aux différents évêques d'Allemagne (^). Mais ils étaient tellement entourés de restrictions cauteleuses qu'ils ne promettaient que peu de succès. " Je veux saigner l'empereur sans qu'il voie son sang, „ dit le pape (8 août 1549) à d'Urfé, ambassadeur de France. Aussi l'empereur ne donna qu'un espoir très vague pour la reddition de Plaisance.
Combien cette politique, principalement de la part du vicaire de Jésus-Christ, est indigne, dépourvue de toute intention un peu élevée, de tout point de vue général, et dirigée exclusivement par des intérêts égoïstes et personnels ! Quoique l'empereur et le pape l'eussent constamment nié, il n'est que trop clair qu'ils firent toujours dépendre leurs décisions sur les affaires religieuses, de la dispute de quelques petites forteresses dans l'Italie supérieure!
Paul III avait déjà une nouvelle flèche à son aix. Comme l'empereur n'avait pas voulu entendre parler de la translation du concile à Rome, il imagina une autre manière de se réserver la décision des affaires de religion. Ayant formé à Rome une commission de réfoniie, composée de cardinaux, il ordonna à quatre prélats de Bologne et de même au cardinal Pacheco et à trois évêques espagnols de Trente, de venir à Rome dans le terme de 40 jours, pour s'adjoindre à cette commission
(•) Le Plat, t. IV, p. 121 ss. — Druffel, t. I, p. 224 ss.
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et donner leur avis sur la situation difficile de
l'Eglise (^). Mais cette mesure ne lui procura qu'une nouvelle humiliation. Les quatre prélats de Trente s'adressèrent à l'empereur pour lui demander ses ordres à ce sujet. Charles vit bien où le pape voulait en venir, et résolut de l'empêcher de faire de Rome le centre de réformes qui, sans doute, n'auraient servi qu'à augmenter le pouvoir papal. En vain le nonce apostolique cherchat-il à persuader les ministres de l'empereur à accepter ce plan qui, d'après l'évêque de Fano, supprimerait les dissensions provoquées par les deux conciles rivaux. Charles supposait, et probablement avec raison, que la curie cherchait surtout à mettre définitivement un terme à l'assemblée de Trente et à faire sanctionner de nouveau la toute-puissance pontificale dans I Eglise et ses privilèges pécuniaires abusifs (^). Il ordonna donc aux quatre prélats de 'JVente de refuser l'invitation du pape, en disant qu'à son commandement ils étaient venus à Trente p:)ur travailler dans un concile général au bien de la chrétienté, et qu'ils devaient maintenant attendre que le concile reprit ses travaux (^). Il leur envoya la réponse toute faite, en latin, et les prélats obéissants l'expédièrent à Rome. En même temps, Charles se plaignit amèrement au nonce, et par son ambassadeur Mendoza au pape lui-même, que celui-ci eût écrit le bref de
(i) Copies des brefs pontificaux au cardinal Pacheco et aux évêques de Païenne, de Badajoz et de Calahorra, 18 juillet 1519. aux Archive» du Royaume, à Bruxelles.
• (*) Relacion de lo del conciUo ; Maurenbrecher, p. 130.
('j MS, Copie de la lettre de l'empertur aux trois évè<jues, 17 août 1549, Archives du Royaume, h Bruxelles. — Leti' de ^empereur à Mendoza, Druffkl t. I, p. 277.