FIN DU CONCILE DE BOLOGNE
convocation aux quatre prélats de Trente, sans lui en avoir donné connaissance (*).
Paul ne renonça pas facilement à son dessein, mais il vit bien qu'il fallait y gagner l'empereur. Dans cette intention, il se décida à un sacrifice assez pénible : il suspendit formellement et définitivement l'assemblée de Bologne (17 septembre 1549), en motivant cette mesure par son intention de dresser les décrets de la réforme à Rome même. Le concile de Bologne, pendant sa durée de trente mois, n'était pas arrivé à publier un seul décret! C'était une victoire signalée pour l'empereur.
La commission des cardinaux, Cervino même, avait conseillé au pape de ne pas pousser les choses plus loin, surtout parce que la France avait dirigé tous ses efforts du côté de l'Ecosse Q. Néanmoins, l'inactivité des pères de Bologne, la circonstance (]ue le pape n'avait jamais osé déclarer légitime la translation du concile, et enfin sa suspension — tout cela constituait une grave défaite de la papauté. Ainsi en jugèrent les partisans n/tra du saint-siège, entr 'autres le cardinal de Monte. Le parti de la réforme à Rome, ayant à sa tcte le cardinal Pôle, ne fut pas moins chagriné et terrifié par la fin humiliante d'une assemblée qu'il avait saluée, quatre ans auparavant, avec des espérances si vives (^). Il semblait que l'Eglise fût frappée de stérilité, qu'elle mourût lentement de faiblesse sénile.
Le pape n'avait en vue que ses mesquines intrigues
(*) Pallavicîni, XI, 4, 3.
(») Pallavicin', XL 5, 2.
(») QuiRiM, EpisloliZ Poli, l. IV p. 68.
et les petits avantages matériels de la cour romaine. Il fit semblant de croire que Tempereur était satisfait par ses excuses et par la suspension du concile, et il renouvela ses ordres aux quatre prélats de Trente, en leur commandant expressément de se rendre à Rome dans un court dclai. Les prélats se trouvèrent fort embarrassés devant un ordre aussi péremptoire. Ils écrivirent à Tempereur (*) pour lui expliquer qu'ils se sentaient inquiétés dans leur conscience s'ils n'obéissaient pas à Tordre de leur supérieur, puisqu'il ne contenait rien d'injuste. Ils craignaient, en outre, disaient-ils, des censures sévères de la part du pape. Us mirent à l'empereur le marché en mains : qu'il amène le pape à les tenir pour excusés ou qu'il leur permette de se rendre à Rome !
Or, Charles ne pouvait faire l'un et ne voulait pas faire l'autre. C'était une situation semblable à celle où il s'était trouvé deux ans auparavant, à la veille de la prise de Plaisance. L'empereur résolut alors de ne plus ménager ce vieillard opiniâtre, de le frapper encore une fois dans ses affections personnelles et son ambition de famille. Il déclara nettement que Parme et Plaisance n'appartenaient pasà l'Eglise, qu'elles faisaient partie intégrante du duché de Milan. Au lieu de rendre Plaisance, il demandait en plus Parme, se montrant prêt à dédommager Octave Farnèse, que son grand-père, Paul III, avait investi du duché de Parme et de Plaisance : mais seulement après que le pape et le collège des cardinaux auraient cédé ces deux villes au duché de Milan dans
(^) 20 septembre 1549, Copie Archives du Royaume, à Bruxelles.