MORT DE PAUL
toutes les formes. Ce dédommagement, très riche en effet, devait être composé de plusieurs terres, non pas dans ritalie centrale, mais dans le royaume de Naples, partant sans aucune souveraineté. Cette offre paraîtra une véritable dérision, si Ton se rappelle que Paul ne pensait qu'à fonder pour sa famille un pouvoir indépendant. Remplis de fureur, le pape et les cardinaux se jetèrent sans restriction entre les bras des Français. Mais un coup terrible frappa encore une fois le vieux pontife : le même Octave Farnèse, pour lequel il luttait, craignant d'être privé du duché de Parme au profit de son frère, favori de son grand-père, renonça à la suprématie féodale de TEglise et reconnut l'empereur comme son suzerain. Paul III qui, par des motifs égoïstes, avait toujours cherché à empêcher la vraie réforme de TEglise, qui en avait sacrifié les intérêts à un népotisme honteux, fut puni cruellement par la chose même par laquelle il avait péché. Ces malheurs et ces humiliations, tant de fois répétés, finirent par briser le cœur du vieillard. Il mourut le 1 0 novembre 1549, âgé de 83 ans.*
Paul III était imbu des idées et des tendances d une époque qui avait déjà di.^paru lorsqu'il arriva au pontificat. Il portait peu d'intérêt aux essais d'améliorer la situation intérieure et extérieure de TEglise : ce qui l'occupait surtout, c'était le désir de maintenir tous les privilèges, utiles ou nuisibles, de la papauté, et de procurer en même temps à sa famille de nombreuses principautés souveraines. Il avait de grandes qualités intellectuelles, notamment celles d'un fin diplomate, jamais à court d'expédients, peu scrupuleux mais fort habile dans le
choix de ses moyens. C'était en même temps un bon administrateur, point méchant, aimé de ses sujets. Mais il avait lutté contre les tendances de son temps, et pour cette raison il avait été vaincu, et la papauté avait été humiliée avec lui plus profondément qu'on ne Tavait vu jusqu'alors.
L'empereur s'était attendu depuis longtemps à cet événement, et il y avait compté. Qui sait si ses dernières mesures, celles dont nous venons de parler, n'étaient pas destinées à hâter la fin du vieux pontife qui s'était souvent vanté de survivre à l'empereur malade? Charles aurait beaucoup désiré de voir nommer successeur de Paul III un cardinal porté aux réformes, surtout Régînald Pôle, sur lequel tout le parti libéral et ultramontain de l'Eglise avait placé ses espérances. En effet, ce parti parvint à faire jurer par les cardinaux une capitulation, qui obligeait celui d'entre eux qui serait élu pape, à reprendre le concile et à le conduire à terme. Au commencement du conclave, Pôle avait même beaucoup de chances d'être élu ; il ne manquait que de deux voix pour réunir sur lui les deux tiers du collège, nécessaires à 1 élection. Mais au moment décisif, les cardinaux tant Français que dévoués à la France, qui généralement faisaient tout pour contrecarrer les vues de l'empereur s'opposèrent à Pôle de la manière la plus décidée, et il fallut renoncer à son élection. Les impériaux, de leur côté, se déclarèrent contre le cardinal le mieux doué du parti zélé, contre Cervino, qu'ils avaient toujours considéré comme leur adversaire le plus dangereux à Trente ^t dans l'entourage de Paul III. L'autre légat de Trente €t de Bologne, de Monte, s'était montré encore plus