‹ La contre-révolution religieuse au XVIe siècleChapitre 135 sur 215 · JULES III · texte numérisé non relu

JULES III

ardent et plus extrême, il est vrai, mais on savait qu'il était bien inférieur en capacité au cardinal de Sainte- Croix, et qu'il était plus facile à gagner et à diriger, justement à cause de son égoïsme, de son impression nabilité et de ses passions turbulentes. Aussi Don Diego de Mendoza ne s'opposa-t-il pas à son élection, qui eut lieu le 7 février 1550; il prit le nom de Jules III.

Le diplomate espagnol ne s'était point trompé. Arrivé au faîte des honneurs ecclésiastiques, le nouveau souverain pontife s'adonna avant tout aux agréments mondains et littéraires de sa nouvelle position. Pour les pouvoir goûter sans interruption et pour procurer du bien à sa famille, il chercha à rester en paix avec tout le monde, surtout avec le puissant et terrible empereur qui, par ses coups réitérés, avait précipité dans la tombe son prédécesseur. Lorsque, au lendemain de son élévation, l'ambassadeur d'Espagne entra dans sa chambre exprimant dans sa figure un peu de crainte, le pape lui cria : ** Seigneur Don Diego, pas tant de peur (*).^ En effet, il fit tout pour se concilier les bonnes grâces de Charle?-Quint. Il eut peu d'égards pour les promesses, qu'avant son élection il avait faites aux cardinaux français (^). Au contraire, quelques jours après son élévation, il promit à l'empereur de rouvrir le concile ; et cela de son propre mouvement ('). Deux moisplus tard, il obtint des cardinaux que ceux-ci consentissent à ramener le concile à Trente (*). Jules écrivit lui-

(») Relation de Mathieu Dandolo, Rome 1551; Albépi, t. VIT; p. 347.

(•) Druffel, t. I. p. 35.5.

(=») Druffkl. t. 1. p. 364-393. — Pallavicini, XI. 8, 1.

(*) Massarelli chez Dôlmnger. Zttr Geschichte des Concils von Trient, t. I, p. 273.

même aux électeurs protestants des lettres fort polies pour les rendre plus enclins à la réconciliation et pour les convier au concile. Q D entra donc parfaitement dans les idées de Tempereur. En revanche, il lui demanda quelques concessions que Mgr Pighino, évêque et auditeur de la Chambre pontificale, qui lui aussi s'était défait de ses opinions extrêmes, était personnellement chargé d'obtenir delà part des ministres impériaux. Ses instructions étaient datées du l®' juillet 1550 (^). Le pape exigea, que pour gagner le roi de France à la cause du concile, on lui promit de s'y abstenir de toutes les affaires séculières et de tout amoindrissement des privilèges de la couronne et de rÉglise de France. Il posa comme condition indispensable pour le retour à Trente, l'assurance formelle que les Allemands y paraîtraient, et que, si celaétait nécessaire, l'empereur les y forcerait; enfin que l'autorité papale resterait complètement intacte. Granvelle, ministre favori de l'empereur, accorda facilement toutes ces conditions, et un traité formel fut conclu entre lui et Pighino. On y convint de passer sous silence tous les anciens points litigieux et de rouvrir tout simplement le concile à Trente au printemps prochain, en y conviant les luthériens. Le pape promit, en outre, de travailler immédiatement à la réformation indispensable de la cour romaine ; l'empereur, de rester dans la proximité de Trente et d'y empêcher toute attaque contre l'autorité papale. On avait gardé un silence prudent sur la question de savoir si la translation duconcile à Bologne avait été légale: sur les instances de l'empereur, le pape consentit de même à ce que,

Q) Ratnaldi, ad an. 1550, nr. 4.

(■) Drupfel, t. I, p. 423 ss.

HENBI n HOSTILE AU CONCILE. 385

provisoirement, on ne dirait^ pas qu*on voulait maintenir comme obligatoires les décisions de l'ancienne assemblée de Trente. L'empereur, en effet, n'avait aucun doute sur leur validité, mais il voulait d'abord amener au nouveau concile les protestants qui n'auraient jamais accepté d'emblée les décrets des premières sessions.

Jules III semblait tout gagné à la cause de la réforme. Il se réconcilia parfaitement avec Pacheco, chef des prélats restés à Trente. Il institua une commission de six cardinaux pour réformer les conditions de nomination aux bénéfices ecclésiastiques; Sfondrato et Pôle, tous les deux enclins au progrès modéré, en faisaient partie. Une seconde commission fut chargée de supprimer les abus des conclaves, destinées à l'élection d'un nouveau pontife Q).

Malheureusement, il était fort difficile, sinon impossible, d'associer dans la même entreprise les deux grandes puissances rivales de cette époque.

Henri II, roi de France, plus décidé que jamais à ne pas permettre une nouvelle extension des forces de l'empereur, s'était adressé à Jules III, élu surtout, comme nous le savons, par l'influence française, et il lui avait proposé de reprendre les négociations de son prédécesseur au sujet d'une alliance à conclure contre Charles, entre le saint-siège, la France et les Vénitiens. Jules III ne songeait nullement à s'exposer à des complications aussi vastes et aussi dangereuses. Il répondit au roi très chrétien : qu'aussi lontemps que l'empereur n'attaquerait pas son autorité, il ne lui chercherait point

(*) Raynaldi. ad an. 1550.

querelle (^). Ce refus indisposa Henri II contre lui, et comme Jules se montrait au fond très favorable à Tempereur, l'indignation du monarque français augmenta chaque jour. Il refusa donc sèchement d'envoyer au concile ses ambassadeurs et ses évêques : son prétexte principal était que Trente, ville soumise au pouvoir des Habsbourgs, n'offrait pas assez de garanties pour la liberté du concile, ainsi que sa Sainteté Tavait expérimenté elle-même, étant premier légat, en 1546 et 1547 (^). Le pape le pressa par des messages réitérés en lui promettant de vouloir obtempérer à tous ses vœux et à toutes ses propositions : ce fut en vain. Henri le menaça même d un concile national français — perspective qui était toujours très désagréable à la courromaine. Mais Henri était loin, et les garnisons impériales de Sienne et de Plaisance, de Gaête et de Capoue étaient bien près. Aussi, Jules III, négligeant les protestations de la France, convoqua de nouveau, par une bulle du 14 novembre 1550 Q, le concile de Trente, pour le premier mai de Tannée suivante.

Le choix des présidents destinés à diriger cette assemblée fut fort significatif. Jules nomma premier président le cardinal Marcel Crescenzio , Romain de noble naissance, bon canoniste, réputé partisan de l'empereur, mais au fond défenseur zélé et même trop acariâtre des prérogatives du siège apostolique. Il était convaincu que

(*) Dépêche de Mendoza, 27 mai 1550; Druffel, t. I, p. 400.

(•) Lettre du cardinal de Taurnon au Connétable, 20 avril, et Lettre de Henri II à dUr/e, 5 août 1550. Ribier, t. II, p. 275 s. 279.

(*) Theiner, t. I. p 476 indique la vraie date de la bulle, mais en écrivant 1551, au lieu de 1550.

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