LES PRÉSIDENTS
tous ceux qui doutaient de la supériorité du pape sur les conciles étaient de véritables hérétiques (^) . Pour éviter, entre les représentants de la cour de Rome, les collisions qui avaient eu lieu dans la première assemblée de Trente, on ne lui associa pas d'autres cardinaux-légats, mais de simples évêques, sous le titre de nonces, qui pouvaient l'assister mais non le contrecarrer : c'étaient Pighino, alors archevêque de Siponto ou Manfrédonia, et Lippomano, évéque de Vérone. Tous les deux, connus de l'empereur par leur ambassade en Allemagne, étaient pourtant avant tout entièrement dévoués aux intérêts du saintsiège.
Tel était le point faible de toute cette combinaison, telle la circonstance qui rendait au fond impossible une issue heureuse du concile. Comme à l'époque de Paul III, le pape et l'empereur s'étaient encore une fois réunis pour le convoquer. Jules paraissait si zélé qu'il proposa à Charles une entrevue personnelle à Trente même. Mais en réalité, les intentions des deux monarques étaient bien différentes sur cette matière. Le pape désirait avant tout voir les dogmes de l'Eglise fixés de nouveau d'une manière si claire et si péremptoire que les protestants fussent complètement vaincus et se trouvassent en opposition non plus avec le saint-siège seul, mais avec l'Eglise entière, pour être à la fin forcés par l'empereur à une soumission complète et sans restriction- Charles, au contraire, souhaitait surtout des réformes assez importantes et efficaces pour contenter les luthériens et les réconcilier volontairement avec la religion
(I) Maurknbrecber. p 277.
romaine Q), On se convainc facilement qu'une entente était impossible sur ce point, et que le concile devait^ de toute nécessité, amener tôt ou tard une nouvelle rupture de Talliance entre le pape et l'empereur.
Ces difficultés furent augmentées par le fait que, malgré toutes leurs promesses, ni les protestants ni les évêques d'Allemagne ne s'empressèrent de se rendre au concile, qui pourtant avait été transféré de nouveau à Trente, principalement pour leur en faciliter Taccès. La raison en était bien simple. C'est que Tépiscopat allemand et plus encore les luthériens, éprouvaient Tantipathie la plus décidée contre une assemblée, qui non seulement était convoquée par le pape, mais qui était complètement et sans aucun doute possible, soumise à Tinfluence papale par la qualité et le caractère de ses présidents et par la prépondérance numérique des Italiens. A la diète d'Augsbourg, dans Tété de 1550, les protestants avaient soulevé de nouvelles difficultés contre leur entrée au concile f). En vain Charles se donna-t-il toutes les peines imaginables pouramener, par des ordres directs, par des lettres de sa main, par des assurances de sauf-conduit pour les catholiques et les luthériens, les princes de l'empire à se rendre à Trente. On était indigné de ce que le pape et son légat désignaient, quoique en mots couverts, le nou-
(1) Voyez Tinstruction de l'empereur à son orateur près du concile, François de Tolède, du 5 janvier 1552 (Maurbnbreghkr, p. 276) : Considerando que la principal causa porque se congrego el concilio no fue solo por lo tocante à los dogmas, que estas ya estavan determinadas por otros muchos concilios, sino perque se hiziesse una dévida y tal reformacion que los protestantes no tuviesen ocasion de perseverar en sus errores fundados sobre los abusos.
(•) Liftre de F archevêque de Siponto à revécue d'/moia, 21 août 1560; Laemmrr, Meletemaium Romanorum Mantissa^ p. 165 ss.