‹ La contre-révolution religieuse au XVIe siècleChapitre 138 sur 215 · DIFFICULTÉS · texte numérisé non relu

DIFFICULTÉS

1" septembre 1551. Elle n'aurait eu aucun résultat, si en l'ajournant jusqu'au 1 1 octobre, on n'avait résolu de commencer les délibérations au point où les sessions antérieures les avaient laissées. C'était déclarer sans ambages qu'on reconnaissait comme valables tous les décrets du premier concile de Trente, malgré le désir contraire de l'empereur et des protestants! Et cette décision importante fut prise à un moment où l'empereur et le pape étaient étroitement alliés et où l'on s'attendait chaque jour à l'arrivée des luthériens. Combien était faible alors l'espoir de voir les deux confessions chrétiennes réunies autrement que par la force du glaive et du bûcher !

La session du 1" septembre eut encore un intérêt pour ainsi dire dramatique par Imtervention d'un ambassadeur du roi de France, qui, par une lettre écrite, il est vrai, d'un ton très poli, protestait contre la réunion du concile et lui contestait tout caractère obligatoire pour la France. Il va sans dire que l'assemblée y répondit par une contre-protestation. Le roi Henri II exposa a cette occasion, devant ses sujets, le soupçon que le pape, en inaugurant une politique de guerre juste au moment de la réunion du concile, avait voulu empêcher les prélats gallicans de prendre part aux délibérations de Trente (^). En effet, l'hostilité s'était développée à un tel degré que, dès le commencement, l'issue heureuse du concile était devenue bien douteuse. Jules III, non moins passionné alors que lorsqu'il n'était que cardinal de Monte, ne demanda pas seulement de nouveau à l'empereur une

(») Lk Plat, t. IV, p. 244.

entrevue à Trente même (octobre 1551), mais il voulait aussi faire le procès au roi de France et prononcer sa déchéance, soit avec, soit sans l'assentiment du concile (^). De tels rêves puérils s'occupait l'imagination de ce pontife crédule et colérique !

Après la preniière session, tenue plutôt pour la forme, on traita surtout à Trente la doctrine du sacrement de Teucharistie. On sait que les réformateurs eux-mêmes différaient beaucoup sur ce sujet, très difficile et très litigieux à toutes les époques. Mais, justement en opposition aux diverses opinions hétérodoxes, il fut facile de s'en tenir à la doctrine de l'Eglise sur cette matière qui était à peu près fixée depuis cinq siècles, et de dénoncer, pour les condamner en bloc, dix propositions hérétiques. On repoussa la doctrine de Zwingle qui ne voyait dans la communion qu'une cérémonie sans réalité, ainsi que celle de Luther, qui, tout en reconnaissant la présence réelle du Christ dans l'eucharistie, niait cependant la transsubstantiation, et celles des modérés qui voulaient concilier toutes ces dissidences» On repoussa la supposition que Jésus-Christ n'était contenu que dans le pain et le vin ensemble, et non dans chacune des deux espèces, etc. 11 n'y eut qu'un article qui soulevât des difficultés, ce fut le huitième : il s'agissait de la concession du calice aux laïques, de la communion sous les deux espèces. L'Église primitive avait toujours accordé le vin aussi bien que le pain à tous les fidèles, jusqu'au XII* isècle. Ce fut alors que l'usage se répandit de refuser le calice aux laïques. Depuis le quatrième concile du Latran, il est

(») Druffkl, t. I, p. 622, t. m, p. 239 et ss,

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