AJOURNEMENT DU CONCILE
vrai, on croyait le Christ présent dans chaque parcelle de Thostie, de sorte que la communion sous les deux espèces n'était plus nécessaire, le sang du Christ étant déjà goûté avec son corps dont il est le compagnon (concomù tans) inséparable. Pour éviter donc la profanation qui résulterait des gouttes de vin répandues sur le sol, on restreignit Tusage du calice aux seuls prêtres officiants. Mais depuis, l'Eglise avait fait, sur cet article, mainte concession. Pour parfaire la paix avec les Hussites, le concile de Bâle avait décidé, " que, pour des causes raisonnables, on pouvait accorder la permission de faire communier le peuple sous les deux espèces „ (*). La même autorisation avait été donnée aux Grecs soumis à la seigneurie de Venise. D'accord pour le reste avec rÉglise catholique, ils avaient gardé, avec l'assentiment de Rome, Tusage du calice pour les laïques. Il y avait alors à peu près 600,000 de ces Grecs unis. En France aussi, quelques monastères et la famille royale avaient des privilèges à ce sujet. Même dans ces derniers temps, Tusage du calice avait été accordé en Allemagne aux laïques, par l'Intérim, et le pape Paul III lui-même y avait acquiescé dans les pouvoirs dont il avait investi les trois évêques envoyés par lui en Allemagne en 1548.
Il y eut par suite au concile un parti assez considérable qui demandait qu'on eût égard aux vœux des protestants, en renouvelant l'ancien usage de l'Eglise en ce sens qu'on ne prescrirait pas, mais qu'on permettrait la communion sous les deux espèces. Cependant, parmi les théo-
(') Mansi, t. XXX, col. 695.
logiens chargés de préparer les délibérations des prélats, pas un seul n'osa contredire les jésuites Lainez et Salmeron, que le pape avait envoyés au concile comme ses propres théologiens, et qui naturellement déclarèrent hérétiques les articles 8 et 10, dont le dernier parlait de l'administration de la communion aux enfants. Il est assez curieux de les voir se tordre et se tourner, pour atténuer le fait incontestable que TEglise, pendant plus de mille ans avait distribué aux laïques la communion sous les deux espèces. Ce fut aussi le point d'attaque pour les évéques allemands. Le cardinal Madruzzo, les archevêques de Mayence et de Trêves, les évêques de Vienne et d'Agram exhortèrent le concile à remettre en vigueur, dans Tintérét de la paix et de la concorde, ce vieil usage de TEglise, pour l'Allemagne, la Bohème et la Hongrie. L'archevêque de Grenade, les évêques de Castellamare, de Syracuse, d'Orense, de Badajoz, de Calahorra voulaient laccorder sous certaines conditions. Le suffragant de Wurzbourg et Tévêque de Verdun conseillèrent de renoncer tout à fait à la discussion de cet article et de ne pas prendre de décision immédiate sur cette matière. Mais la majorité des évêques espagnols et surtout italiens ne voulaient d'aucune concession, parce que, d'après eux, c'eût été donner à TEglise l'apparence de l'inconstance et de l'incertitude et encourager les mécontents à élever de nouvelles exigences. Il était évident, d'autre part, qu'une telle résolution rendrait impossible avec les protestants, une réconciliation réelle et sérieuse, autre que celle imposée momentanément par les armes victorieuses de l'empereur.
Les évêques, en même temps, continuaient la discussion de la réforme. Us restreignirent l'abus des