L'EUCHARISTIE
appels trop fréquents à la cour romaine contre les décisions épiscopales et augmentèrent de cette manière T influence de Tévêque sur ses ouailles et sur ses prêtres subordonnés. Les évêques se garantirent aussi contre les accusations et surtout les destitutions arbitraires ; ces dernières ne pouvant être prononcées désormais que par le pape en personne et non plus par ses tribunaux ou officiaux. C'étaient en partie d'anciens griefs de la nation allemande qu'on redressait par ces résolutions.
A la fin on satisfit les Allemands au sujet de Teucharistie. Le représentant de F empire à Trente, le comte de Montfort, pria les présidents, sur Tordre de Tempereur, d'écarter provisoirement les articles 8 et 10 de la doctrine sur la cène, pour ne pas rebuter les protestants, qui en partie étaient déjà en route pour Trente ; il demanda en même temps au concile une lettre de saufconduit pour ces protestants. Comme pour le moment on n'était pas à même de refuser à l'empereur quoi que ce fût, les présidents et prélats adoptèrent les mesures proposées par Montfort.
En effet, à la treizième session du concile, le 1 1 octobre 1551, on vit paraître déjà deux ambassadeurs de Joachim II, Electeur de Brandebourg. Ils déclarèrent même, en termes un peu vagues, il est vrai, que leur prince était prêt à agir en fils fidèle de l'Eglise et à se soumettre aux décrets du concile^, Cette démarche d'un prince protestant s'explique tout simplement par le fait, que Joachim désirait voir son fils Frédéric reconnu par le pape archevêque de Magdebourg et évêque de Halberstadt, quoique le jeune homme n'eût pas encore atteint l'âge canonique. Néanmoins l'ambassade fut saluée avec
joie (^), comme Tindice d'une soumission prochaine de tous les autres protestants et de leur participation au concile.
L'importance de cette assemblée et sa confiance en son propre avenir furent augmentées par l'arrivée du troisième Electeur ecclésiastique, Adolphe de Schauenburg, archevêque de Cologne. Ce prélat savant et éloquent a joué à Trente un rôle bien plus considérable que ses deux collègues de Mayence et de Trêves, qui n'ont eu qu'une part insignifiante dans les délibérations. Les prélats assemblés le considéraient " comme un oracle terrestre de la sagesse divine. „ On nadmirait pas moins les députés de l'université de Cologne, les docteurs Jean Groppcr et Evrard de Billik (^). Ces théologiens et ceux de Louvain eurent souvent l'occasion de faire corriger par le secrétaire, au procès-verbal du concile, les définitions fautives des pères révérendissimes f ).
A la session du 1 1 octobre, on proclama les canons et décrets sur l'eucharistie et sur la juridiction des évêques. On ajouta aux décisions sur la première de ces matières la déclaration que le concile avait omis les articles sur la communion sous les deux espèces, " parce que ceux du très noble pays de Germanie, qui s'appellent protestants, désirent être entendus par le sacré concile avant la définition décisive de ces articles „(*). Pour leur faciliter le voyage de Trente et le retour dans le giron de l'Eglise,
(') Lettre de V éveque cP Orense à Granvelle, 12 octobre; LEVASSOR^p. 156.
(») De Ram, p. 37 s.
(") Lettres de Malvenda, 12 oolK,, et de Varias, 2S nov., à Granvelle ; Levassor p. 66. 146.
(*) Voyez la lettre de Guillaume de Poirtiers, ambassadeur des Pays Bas, à la reine Marie, gouvernante de ces pays, du 10 oct.; Archives du RoyoumCt à Bruxelles.