‹ La contre-révolution religieuse au XVIe siècleChapitre 14 sur 215 · CAUSES DE LA RÉFORME RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

CAUSES DE LA RÉFORME RELIGIEUSE

papes,au moyen des réservations et des provisions, s'étaient approprié de plus en plus la nomination aux dignités épiscopales et monastiques, en détruisant entièrement la liberté d'élection des chapitres de cathédrales et de couvents. Ils ne profitaient de ce pouvoir énorme que pour s'enrichir eux-mêmes et pour enrichir leurs favoris, par la vente de ces hauts emplois aux plus offrants. Les évoques imitaient ce triste exemple ; ils cherchaient àrentrcr amplement dans leurs frais en ne donnant les paroisses que pour de bel argent comptant, jamais au dessous de quatre ou cinq cents florins. Ils les accordaient aux candidats les moins capables et les moins dignes pourvu que ceux-ci payassent largement. Ils transféraient de même les ordres sacrés de la manière la plus légère, sans exiger aucunement du candidat les qualités morales et intellectuelles indispensables à un prêtre. On se faisait clerc pour jouir des privilèges nombreux de l'Eglise et pour occuper des bénéfices ecclésiasti(|ues. Ces bénéfices, du cardinalat jusqu'au dernier vicariat, n'étaient plus considérés que comme des propriétés plus ou moins lucratives. 11 n'est ]:)as étonnant, dans de telles conditions, (jue les rangs du clergé se soient remplis d'hommes indignes, grossiers, voluptueux, incrédules, ne songeant nullement à remplir les devoirs attachés à leurs charges. Souvent le même individu, malgré toutes les lois ecclésiastiques qui défendaient le cumul des bénéfices, en réunissait un grand nombre dans ses mains. 11 suffisait pour cela d'acheter des dispenses papales. En Angleterre on connaissait des prêtres dont chacun avait plus de vingt emplois ecclésiastiques à administrer — c'est-à-dire à jouir de leurs revenus. L'obligation de la résidence auprès de leur église était négligée

par l'immense majorité des clercs. 11 y avait des paroisses et des évcchés qui n'avaient jamais entrevu leur pasteur spirituel. Les rares prêtres résidant régulièrement cherchaient eux-mêmes à se soustraire autant que possible à leurs devoirs canoniques. Le curé ne prêchait presque jamais, et Tévêque encore moins. Les autres services ecclésiastiques n'étaient exécutés que moyennant finance. On augmentait les pompes du culte, les cérémonies et les fêtes religieuses. On sévissait durement contre tous ceux qui transgressaient la lettre des commandements ou des doctrines de l'Eglise. Mais l'élan et l'esprit religieux, l'enthousiasme pour la Foi avaient disparu de presque tous les degrés de la vaste organisation hiérarchique. La religion était devenue un grand fétichisme systématique, destiné à enrichir la caste sacerdotale, sans parler au cœur, sans consoler le malheureux ou refréner le méchant.

Les ordres de moines et de religieuses n'étaient pas moins dégénérés que le clergé séculier. Dans les couvents, l'ambition, l'envie et la luxure se donnaient libre carrière. L'érudition, qui autrefois y avait été cultivée avec tant de soin, avait complètement disparu. En général, dans le clergé de tout rang et de toute destination, les tendances mondaines, le luxe et le plaisir mondains avaient rempli les cœurs et desséché les sources de l'enthousiasme, de la piété et de l'abnégation. Les évêques, les abbés et les abbesses s'adonnaient à la chasse, à la danse, aux orgies ; les prélats paraissaient à la guerre et aux tournois. L'impudicité était un vice commun, habituel parmi les prêtres et les moines: les lamentations et les prohibitions de tous les synodes provinciaux et nationaux ne le prouvent que trop.

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