‹ La contre-révolution religieuse au XVIe siècleChapitre 15 sur 215 · CAUSES DE LA RÉFORME RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

CAUSES DE LA RÉFORME RELIGIEUSE

Déjà au XIV® siècle, un confident du pape Jean XXII, défenseur zélé de Torthodoxie et de la toute-puissance pontificale, l'espagnol Alvare s'élevait avec force contre tous ces abus dans son livre De planciu Ecclesiae. Cent ans plus tard, le cardinal-légat, Jules Césarini écrivait au pape Eugène IV : " En réalité la licence du clergé a augmenté à un tel point qu'elle justifie prcs(]ue la haine que lui portent les laïques et les attaques des Hussitcs. „ Encore un siècle, et un pape même, Adrien VI, dira, en 1522, dans une insti*uction officielle à son légat François Chieregate : " Nous savons que depuis longtemps bien des choses détestables se passent autour de ce Saint- Siège lui-même : des abus ecclésiastiques, des excès de pouvoir, tout a été détourné vers le mal. Et de la tète la corruption s'est étendue aux membres, du pape aux prélats. Nous avons tous péché, il n'y a pas un seul (]ui ait bien agi, pas un. „ Q Le même pontife pria le grand Erasme de venir au secours de l'Eglise, mise en péril "" par les crimes très graves des hommes et surtout des ecclésiastiques. „ Q Un des défenseurs les plus fougueux du catholicisme orthodoxe, le cardinal Jean-Pierre Carafia, se plaignait en 1532 au pape Clément VII "* de l'inaptitude, de l'insuffisance, de l'ignorance et de la torpeur des prêtres arrivées à un degré insupportable. „ 11 prétendait " qu'il n'y avait pas de brigands ni de lansquenets qui fussent plus malhonnêtes, plus impudents et plus vicieux que les ecclésiastiques. „ Il ne ménageait pas plus moines et

(*) Raynaldi. Annales eccUsiastici ad an. 1522.

(') Propter gravissinia hominuni scelera, maxime ecclcsiasticoium ; Epist. 639.

nonnettes. (^) Quelques années plus tard, en 1538, une congrégation de quatre cardinaux et de cinq prélats, nommée par le pape Paul III pour formuler des propositions d\ine réforme générale, s'écrie : " Quel terrible spectacle pour un chrétien qui parcourt le monde catholique ! tous les pasteurs ont abandonné leurs troupeaux, on les a confiés à des mercenaires. Les ordres religieux sont tellement corrompus (ju'ils deviennent un grand scandale pour les séculiers et nuisent beaucouf) par leur exemple. Et dans la [plupart des monastères de femmes se commettent des sacrilèges publics, à la grande indignation des citoyens. „ En 1541, le jésuite Lefèvre écrivait à Loyola (^) : " Plût à Dieu (|ue dans cette cité de Worms il y eût seulement deux ou trois ecclésiastiques qui ne fussent pas concubinaircs et souillés d'autres crimes notoires, et qui eussent un peu de zèle pour le salut des âmes! „ L'évcque de Chieti, Caraflfa dont nous avons déjà parlé, plus tard pape Paul IV, un des adversaires les plus passionnes de l'hérésie, se lamentait en ces termes : " Les mauvaises qualités des prêtres séculiers et même réguliers ont inspiré au peuple le dégoût des messes, des offices divins, de l'autorité et de la puissance ecclésiastiques. „ C)

A quoi bon multiplier encore les citations de ce genre .^ II suffit de feuilleter les discours prononcés par les

(') Janssen, Infonuazione di G. P. Caraffa a papa CUnunte Vil, 1532; (Rivista cristiana VI, 1878, p. 286 ss.)

(*) Crétineau-Jolly, Histoire de la Compagnie de Jésus, t. 1er (Paris 1844) p. 166.

(') BromâTO, Storia di Paolo II] (Ravenne 1748) I 101. — Le cardinal Contarini écrit le 13 mai 1541 au cardinal Farnèse: " Les abus de la Curie romaine sont si grands qu'il fiiut prier Dieu de ne pas laisser l'arc se tendre tellement qu'il se hrise; „ Pastor. Correspondtnz des Cardinal Contarini, dans le Historische Jahrbuch, t. \^^ (1880) p. 387.

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