‹ La contre-révolution religieuse au XVIe siècleChapitre 142 sur 215 · LE CONCILE EN DANGER · texte numérisé non relu

LE CONCILE EN DANGER

vorables et un mécontentement plus grand dans toute TAllemagne. Ils avaient désiré d'amener le concile à rétablir Tunité de F Allemagne, en faisant aux protestants quelques concessions dont on espérait un succès complet pour la pacification des luttes religieuses : notamment sur r eucharistie sous les deux espèces et sur le mariage des prêtres. Le patriotisme n'était pas encore totalement étouffé dans le cœur de ces princes ecclésiastiques Q). Mais, avertis de Talliance secrète qui venait d'être conclue entre la France et les protestants d'Allemagne, et craignant pour leurs propres possessions, ils donnèrent hautement raison aux Espagnols et, malgré tous les ordres contraires de l'empereur, ils partirent en effet au mois de février 1552. L'évêque de Naumbourgles suivit de près. Le cardinal de Trente abandonna lui-même le concile. Le pape, qui était sur le point de faire sa paix avec Henri II, n'était pas d'une opinion diff«érente à cet égard. Déjà, en janvier 1552, Jules III s'était plaint qu'on voulût le priver de son autorité légitime, que les évêques espagnols ne fussent pas moins hostiles au pouvoir papal que les luthériens eux-mêmes. " Mais je ne souffrirai pas „, s'écria-t-il, " qu'à titre d'abus, on nous arrache ce qui n'est point un abus, mais un attribut essentiel de notre pouvoir. Cela ne sera pas, nous ne le permettrons nullement, nous laisserons plutôt le monde s'effondrer „(^). Les évêques italiens qui se trouvaient à Trente, s'apercevant très bien d'où le vent soufflait à la cour romaine, quittèrent le synode l'un après l'autre, de sorte

(1) Dépêche de Sieidan du 7 janvier; Baumgartkn, p. 197 ss. (») Rankk, py^rke, t. XXXVn, p, 180.

qu*à la fin il n'en restait que cinq ou six. A Rome, il y avait alors plus de 1 20 prélats italiens, mais le pape ne fit rien pour les faire aller à Trente. Ce concile que les Français avaient récusé, que les Italiens avaient peu fi*équenté et enfin quitté complètement, qui n'était formé que de quelques Espagnols et Allemands, n'avait plus aucun droit de s'arroger la qualité d'une représentation de l'Eglise universelle. Il nétait plus que la réunion de quelques prélats, sujets de l'empereur, qui s'y étaient assemblés sur son ordre Q).

Comment une telle réunion pouvait-elle donner des lois à la chrétienté entière! Que les Allemands ne se soumettraient jamais à un concile qui ne leur avait pas fait la moindre concession, qui ne leur avait accordé ni la communion sous les deux espèces ni le mariage des prêtres — cela ne pouvait faire une ombre de doute pour tout homme raisonnable et non piévenu. Est-ce que Tempereur n'aurait pas mieux fait, même pour ses propres intérêts, comme le lui conseillait depuis longtemps TElecteur de Mayence, de faire ajourner le concile jusqu'à des temps meilleurs, quand la paix en Allemagne et entre la France et l'empereur aurait été rétablie } Car déjà Charles était menacé de l'attaque combinée des protestants et de Henri II ! Mais il était comme aveuglé à cette époque par la longue série de ses succès. Il ne voulait ni croire aux trames perfides de Maurice de Saxe, dont on l'avisait de toutes parts, et à la révolte prochaine des protestants, prévue par tout le monde, ni comprendre que le concile n'avait plus aucune chance de succès. Au con-

(*) Dépêches de D. François de Tolède. 7-25 décembre 1551; Maureh-

BRECHER, p. 154* SS.

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