‹ La contre-révolution religieuse au XVIe siècleChapitre 143 sur 215 · LE CONCILE EN DANGER · texte numérisé non relu

LE CONCILE EN DANGER

traire, lorsque tout le monde désespérait du concile, il s'y cramponna encore pendant quelque temps. Il fit des efforts fiévreux pour arriver avec Crescenzio, par Tintermédiaire de ses ambassadeurs à Trente, à une entente sur les réformes les plus nécessaires Q). Enfin on comprit à la cour impériale que c'était chose impossible. Granvelle exposa alors la situation avec beaucoup de justesse (^). On ne peut plus espérer voir les théologiens protestants arriver à Trente. " Tout se prépare pour la rupture du concile ; les catholiques eux-mêmes désirent le voir fermé. Ils disent tout haut qu'ils ne veulent pas se soumettre à l'arbitrage d'une seule nation, les Italiens. Ils demandent qu'on ne le continue pas, parce qu'il est certain qu'on n'y fera rien pour la réforme, et que tout le résultat se bornera à limiter encore plus l'autorité des conciles. En Allemagne, du reste, on n'acceptera d'aucune manière ses décrets. „ A quoi bon alors persister encore plus longtemps dans cette comédie? Bien malgré lui, l'empereur se vit forcé de permettre enfin la suspension de l'assemblée (5 mars 1552). Le sort du concile n'était plus douteux, la décision en était déjà prise. Mais pendant de longues semaines, il prolongea encore une existence inutile, parce que ni les représentants du pape ni ceux de l'empereur n'osaient prendre devant la chrétienté la responsabilité de la dissolution. Chacun des deux partis aurait voulu que l'autre se chargeât de cette besogne impopulaire et du blâme qui devait en résulter. Ce furent les protestants qui les tirè-

(*) M\URKNBRRCHER, p. 282.

(' ) Lettre à Vnrgas, ô mars ; Levassor, p. 556 s.

rent d'embarras tous les deux. Les Saxons partirent d'abord le 13 mars, en cachette, comme chassés par leur mauvaise conscience (^). Puis les ambassadeurs du Wurtemberg et de Strasbourg, retenus jusqu'alors par les paroles obligeantes et les promesses des orateurs impériaux, se plaignirent d'un ton courroucé de ne pas recevoir de réponse à leurs propositions et leurs griefs (22 mars), et, au commencement d'avril, ils quittèrent Trente. A cette époque, les troupes de Saxe, de Hessc, du marquis Albert de Brandebourg-Culmbach étaient déjà en pleine marche vers le midi pour chasser l'empereur de l'Allemagne. Le 4 avril, ils s'emparèrent d'Augsbourg. En même temps, le roi de France reçut les clefs de la ville de Metz. L'Electeur de Saxe était aux portes du Tyrol. Ces événements décidèrent enfin le pape à commander aux présidents de suspendre le concile et d'envoyer à Rome quelques prélats pour aider le saint-père à continuer lui-même l'œuvre de la réforme. Cependant les présidents préférèrent tenir secret cet ordre pour ne pas offenser la susceptibilité des pères, qui peut-être ne se seraient pas soumis sans protestation à un commandement si important du pontife. Ils aimèrent mieux proposer au concile même une suspension de deux ans, période qui pourrait être abrégée ou prolongée d après les exigences de la situation politique et religieuse. Cette proposition, en effet, fut acceptée le 28 avril 1552 par toutes les voix, à l'exception de celles de douze Espagnols qui voulaient faire acte de dévouement envers leur malheureux empereur. Crescenzio qui déjà, depuis le 20 mars, était tombé gra-

(') Mémoire de SUidan; Baumgartfn, p. 243.

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