LA DISSOLUTION DU CONCILE
vement malade (^), se fit transporter à Vérone où il expira peu de jours après, sans avoir obtenu la brillante récompense de ses services que Jules III lui avait promise. Les pères du concile, ceux qui avaient résisté à la suspension aussi bien que ceux qui y avaient adhéré, à la nouvelle de l'entrée de Maurice à Innsbruck et de la fuite de l'empereur, se dispersèrent bien vite vers le midi. Les habitants de Trente eux-mêmes, craignant l'arrivée des protestants, quittèrent leurs habitations pour chercher un asile dans les montagnes et les forêts. La ville de Trente, quelques semaines auparavant pleine de vie, d'affaires et de fêtes, était devenue vide, aban- <ionnée et déserte (^).
L'empereur avait subi une défaite complète sur le terrain de l'Eglise aussi bien que sur celui de la politique. Le concile suspendu dans la forme jusqu'à des temps meilleurs, était en réalité dissous. Se réunirait-il jamais <ie nouveau ? Cela paraissait bien invraisemblable.
Les causes de ce résultat malheureux du deuxième synode de Trente ne sont pas difficiles à trouver. Si Jules III avait aquiescé complètement au désir de l'empereur de le convoquer, c'avait été surtout parce qu'il croyait que Charles viendrait facilement à bout de toute résistance de la part de la France et des protestants. Maître de ritalie, l'empereur était trop dangereux pour que ce pape, faible et adonné aux plaisirs, osât lui résister. Il espérait, au contraire, que par l'alliance de l'empereur il deviendrait lui-même l'arbitre du sort de la France
(') Guillaume de Poictitrs h la Reine de Hongrie, 30 avril ; Archives du Jioyaunie, Bruxelles, Inventaire de 1864, 8.
(") Raynaldi ad. an. 15Ô2, nr. 30.
qui osait s'opposer à ses desseins politiques et personnels. Il s'attendait à voir Henri II chassé de son pays par l'action combinée des foudres de TEglise et des armes temporelles de Charles-Quint. D'après ses calculs, Temreur aurait forcé en même temps les protestants à se soumettre aux décisions du concile présidé et dirigé par les représentants du saint-siège. Mais toutes ses espérances chimériques furent trompées. Charles qui n'avait nulle envie de combattre en même temps les luthériens et les Français, avait tout fait, au contraire, pour se concilier les hérétiques et s'était constitué au concile leur champion et leur avocat. Ils avaient pu y exposer librement et publiquement leurs idées, leurs blasphèmes au point de vue romain, et ils y avaient même produit une impression profonde et pas trop défavorable sur les prélats De plus, les évêques d'Espagne et d'Allemagne y avaient fait preuve d'insubordination, de sourde rébellion envers la cour romaine. Et en même temps les affaires politiques et militaires n'avaient nullement marché d'après les souhaits de Jules III. Les Français avaient fait des progrès en Italie. Au lieu d'être attaqué, dans son propre royaume, Henri en avait franchi les frontières et s'était emparé des évêchés lorrains. L'empereur s'était montré fort tiède pour la cause de son ami, le pontife. Le pape s'était vu refuser son offre plusieurs fois répétée d'une entrevue personnelle avec son allié, qui n'avait jamais voulu entendre parler d'un procès canonique à entreprendre contre le roi de France pour le déclarer déchu de son royaume. Charles nétait pas fait pour subordonner ainsi les monarques séculiers au bon plaisir de l'évêque de Rome. Jules III, très