POURQUOI LE CONCILE A ÉCHOUÉ ENCORE
avare, était fatigué de sacrifier le trésor et les revenus du saint-siège pour une guerre qui n'apportait que des revers, et qui même dans le cas le plus heureux n'aurait été utile qu'à l'empereur. Du reste, les succès des Français en Italie, leurs alliés établis aux portes mêmes de l'Etat pontifical, rendaient le malheureux pape très craintif. D'une nature extrêmement mobile, sans système politique ou ecclésiastique bien arrêté, se livrant aux impressions changeantes du moment, il commença bientôt à virer de bord. Déjà en octobre 1551, peu de temps après l'ouverture véritable du concile, il avait entamé des négociations avec les Français. Elles avaient abouti enfin à une trêve conclue entre eux au mois d'avril 1552. Depuis lors, le pape n'avait plus aucun intérêt à ménager l'empereur. La position que Charles et ses prélats avait prise au concile l'aigrit considérablement. Il résolut de mettre un terme à ce synode, si dangereux au pouvoir et aux intérêts de la papauté. Et ses adversaires irréconciliables, les protestants d'Allemagne, se firent eux-mêmes les exécuteurs de ses décisions! Leurs progrès rapides menacèrent, en effet, tellement la ville de Trente, que les pères, avec plus de raison que six ans auparavant, furent remplis de terreur et se dispersèrent de leur propre volonté. Si Charles avait rencontré chez ses peuples et chez les catholiques d'Allemagne assez •de bonne volonté pour pouvoir réunir des forces suffisantes, peut-être aurait-il joué encore une fois le drame de la guerre de Schmalkalde ; il aurait pu vaincre ensuite les Français, et le pape aurait pu être obligé de nouveau à réunir un troisième concile à Trente. Mais les
événements prirent une marche bien différente. Charles
fut abandonné de tout le monde, même de son frère qui, s'il ne lui était pas ouvertement hostile, ne voulait pas dans tous les cas fortifier l'influence espagnole en Allemagne, influence qui le menaçait lui-même dans son droit à la succession de l'empire. Les exigences des protestants furent ratifiées et sanctionnées par les deux traités de Passau et d'Augsbourg — l'espoir de les voir forcés à rentrer dans l'ancienne Eglise avait disparu pour toujours. Et en même temps, Charles ne réussit point à entamer sérieusement le territoire français, ni même à arracher à Henri II ses dernières conquêtes. Brisé par tant de déceptions et tant de déboires, voyant échouer tout son système religieux et politique, il renonça, en 1556, à tous ses royaumes et seigneuries pour s'enfermer et s'éteindre bientôt dans le couvent de Saint- Yuste. Avec lui semblèrent disparaître les causes et les aspirations qui avaient amené deux'fois la convocation du concile de Trente.