PERTES SUBIES PAR LE CATHOLICISME. 42 J
contre les Espagnols, contre l'empereur et son fils Philippe 11. Ennemi déclaré des Habsbourgs, il refusa toujours de reconnaître Ferdinand I" comme empereur, après l'abdication de son frère.
En combattant l'une des deux grandes puissances catholiques et en favorisant la lutte entre elles, au lieu de rétablir la paix pour tourner toutes leurs forces contre l'hérésie, Paul IV a énormément contribué à l'extension du protestantisme ; le catholique zélé, exclusif, persécuteur a aidé plus qu'aucun autre au développement rapide du luthéranisme et du calvinisme. Les lansquenets allemands les propagèrent en France et dans les Pays-Bas. Philippe II et Henri II n'eurent pas le temps de s'en occuper, ils étaient pris tout entiers par leurs soucis militaires et politiques. Le pape s'était montré tellement arrogant et impérieux envers l'Angleterre, où la reine Marie Tudor avait toute la peine imaginable pour rétablir le catholicisme, qu'une réaction de plus en plus forte prévalut en faveur des idées protestantes, et que la nouvelle reine Elisabeth qui, en 1538, succéda à sa soeur, put soustraire son royaume pour toujours à la suprématie papale et en même temps à la religion catholique. Cette révolution enlevait du même coup l'Ecosse au catholicisme. Bientôt l'hostilité du pape contre les Habsbourgs et les attaques continuelles des Turcs forcèrent l'empereur Ferdinand I*' à rechercher l'amitié des princes protestants, qui étaient de beaucoup les plus puissants dans l'empire. Ce furent eux qui désormais conservèrent une suprématie incontestable dans l'Allemagne et qui étendirent leur doctrine dans ce grand pays. Les neuf dixièmes des Allemands étaient alors protestants; la Bavière
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même était sur le point de passer au luthéranisme {^). Ferdinand laissa la nouvelle religion s'emparer aussi de ses pays héréditaires : en Bohême, en Autriche, en Hongrie la majorité des nobles et des bourgeois appartenaient déjà aux croyances nouvelles. Le propre fils de l'empereur, son successeur présomptif, Maximilien, roi de Bohême, inclinait visiblement vers elles. Cet exemple ne fut pas perdu pour un pays voisin, la Pologne. La noblesse de ce royaume voulait éloigner les évêques de la diète parce qu'ils étaient trop dépendants de Rome; elle demanda avec instance la réunion d'un concile national, et permit à la Réforme de s'étendre avec une grande rapidité dans les populations. L'est de l'Europe, comme le centre germanique et le nord Scandinave, menaçait d'abandonner le catholicisme.
Ces' événements, se succédant dans toutes les parties du monde chrétien, s'expliquaient par la corruption du clergé catholique, plus profonde, plus générale que jamais. Nous ne voulons point citer comme preuves les accusations de ses adversaires, mais les plaintes des plus fervents et des plus dévoués de ses défenseurs, les professeurs de théologie de Louvain. Les décrets du concile de Trente, disent-ils, dans un mémoire adressé en 1558 au roi Philippe 11 (^), ne sont nullement observés. ** Pour remédier aux maux des restes de l'Eglise, pour ôter aux hommes pieux l'occasion de gémir et de déplorer les péchés si graves et si scandaleux de la plupart des membres de l'Eglise, non seulement des humbles, mais aussi des plus haut placés, nous croyons fort
(') Ranke, Zur deutschm GeschichUt p. 80 s,
(') 1 1 mai 1558 ; Archives du Royaume^ Bruxelles. Inventaire de 1 864, 8.
NÉCESSITÉ D*UN CONCILR. 423
nécessaire une réformation profonde et sérieuse. Il faut que Tavarice ne règne plus, elle qui, jusqu'à présent, a pénétré le corps presque entier de TEglise, de sorte que toutes choses, tant sacrées que profanes, sont devenues vénales et se donnent au plus offrant et que les lois les plus nécessaires sont relâchées pour de l'argent. Il faut que la face de l'Eglise ne soit plus défigurée par la conduite impure et lascive des clercs. Est-ce que les prêtres qui servent Dieu notre Seigneur et qui administrent le sacro-saint sacrifice de la messe, n'exécutent pas les offices divins avec la plus grande négligence et irrévérence, en vivant honteusement comme des gens mariés, avec leurs concubines et leurs enfants naturels? Est-ce que les moines et les nonnes ne s'adonnent pas à la luxure, contre toute religion et contre les vœux qu'ils ont offerts à Dieu } Est-ce que l'on ne convertit pas avec prodigalité le patrimoine de l'Eglise en pompes mondaines, en festins, vêtements, palais, jeux de dés, chiens, oiseaux, mimes et histrions, tandis que les pauvres membres et héritiers du Christ meurent de faim } „ Pour mettre un terme à tous ces malheurs qui détruisent l'Eglise, il n'y a qu'un seul remède : il faut observer les décrets de Paul III contre les abus de la curie romaine. C'est elle que les théologiens de Louvain rendent directement responsable des maux qui affligent le catholicisme.
Les deux rois, Philippe II et Henri II, furent frappés de terreur par les coups portés partout par le protestantisme à la religion catholique. Est-ce qu'aux portes mêmes de l'Italie et de la France, l'hérésie n'avait pas sa plus forte citadelle, à Genève, résidence de Calvin,
qui de là envoyait partout ses messagers, ses livres et ses lettres incendiaires? Les deux monarques montrèrent plus d'intérêt pour la religion catholique que le pape lui-même. Ils résolurent de mettre fin à la guerre qui divisait depuis si longtemps le monde catholique, et conclurent, au printemps de 1559, la paix de Càteau-Cambrésis, dans la femie intention d'unir [leurs forces pour supprimer, dans leurs propres pays et au dehors, cette hérésie qui levait la tête tous les jours avec plus de hardiesse. Mais ils reconnurent comme tout le monde que les mesures de rigueur seules ne suffiraient pas à opposer une digue aux flots envahissants de Thétérodoxie. Les bons catholiques étaient unanimes sur ce point : si Ton ne satisfaisait pas les vœux ardents des nations chrétiennes pour une bonne et véritable réforme du clergé, de l'Eglise, des dogmes, par un concile général, le catholicisme était menacé d'une ruine totale. Il fallait enfin abolir les abus, restaurer le pouvoir épiscopal, rétablir les devoirs sacerdotaux, rendre à la doctrine la clarté, la précision et la sûreté par une meilleure définition des dogmes, inspirer aux fidèles une meilleure assusurance, un nouvel espoir, un nouvel enthousiasme par un synode œcuménique. Telle était l'opinion du roi de France. L'ambassadeur de Venise à Rome, Louis Mocenigo, l'exprime dans un document officiel lu devant le sénat de sa patrie qui, sans aucun doute, la partageait entièment (^). Le duc de Florence, Côme V\ ne cessait d'exhorter les souverains pontifes à réunir enfin le concile indispensable au monde chrétien (^). Et comme ces
(*) Albéri, t. X, p. 24.
(•) Canttt. Gii/igr<:(ici d'Halia, t. II. (Turin 1866), p. 419