OPPOSITION CONTRE LE CLERGÉ
évêques de tous les pays au concile de Trente pour trouver d'innombrables plaintes sur le môme sujet. La rapide contagion de l'hérésie, la facilité avec laquelle des nations entières l'avaient adoptée, ne s'expliquaient, de l'aveu des prélats catholiques eux-mêmes, que par les défauts et les vices du clergé. L'archevêque Antoine de Prague, entr' autres, disait en 1565 à son synode provincial : " Ceux-là ne se trompent guère qui attribuent
l'origine de tant de calamités de l'Eglise et de tant de divisions de sectes à la dissolution d'un clergé indiscipliné. „ Et le cardinal Marc d'Altcmps, neveu du pape Pie IV, s'écriait à un synode réuni dans sa ville épiscopalc de Constance : "" La maudite et détestable conduite du clergé a produit, pour la majeure partie, nos malheurs. D'après le jugement de tous les sages, la cause des tempêtes de notre époque est dans les crimes, la paresse et la suprême négligence des clercs. „ (^) Oui oserait contredire ces voix autorisées }
Il serait injuste, cependant, de rendre la curie romaine et le clergé exclusivement responsables de ce triste état de choses. Les causes de leur dépravation étaient plus
profondes et plus universelles. Le commerce avec l'Orient, qui depuis les Croisades avait pris un essor de plus en plus considérable, et la grande industrie qui se développait par des progrès étonnants, avaient beaucoup augmenté la richesse publique et particulière. Le luxe, tant dans l'habillement que dans toute la manière de vivre, s'était, en conséquence, accru d'une manière extraordinaire depuis le XIII® siècle. En même temps, l'esprit
(') Bbauburgeb. £>£ formula refoi-mationis ecclesuc. (Mavence 1782) 1». 332-335.
10 ORIGINES DE LA CONTKE-UÉVOLUTION CATHOLIl^UE.
sceptique, né du contact de l'Occident avec la haute civilisation musulmane, renforcé par la Renaissance, autant que surexcité par les empiétements de la papauté, avait fait perdre aux classes lettrées et dirigeantes 1 ancienne foi aveugle et l'inébranlable dévouement à l'Eglise, Malheureusement on n'avait encore trouvé, pour remplacer la naïveté religieuse, aucun nouvel idéal, aucun but élevé et entraînant. On cherchait donc à combler ou à se cacher à soi-même ce vide intérieur par les plaisirs des sens et j)ar des excès de tout genre. N'était-il pas naturel (jue le clergé, richement doté au point de vue financier, rendu, ])ar la philosophie et l'humanisme, aussi étranger que les laïques aux convictions religieuses, se laissât entraîner également par les penchants de l'époque."
Mais cet entraînement était bien i)lus grave i)our les prêtres que pour les autres classes de la société. Quelque démoralisé que fut le monde civil, il s'indignait profondément de voir le clergé violer sans honte toutes les conditions mêmes de son existence et agir si directement et ouvertement contre sa haute mission. Et plus encore : par suite d'une erreur, facile à comprendre d'ailleurs, on attribuait l'incrédulité et la dissolution morale de répo([ue à la corruption de l'Eglise, en confondant ainsi les causes et les effets. On espérait donc d'une réformation foncière de sa hiérarchie, de sa discipline intérieure et de son action sur le peuple, une amélioration considérable de l'état des mœurs.
On essava cette réforme d'abord dans les limites de l'Eghse, sur le terrain même du catholicisme, par des conciles œcuméniques. Trois de ces grandes assemblées universelles furent célébrées, pour réaliser une réforme