‹ La contre-révolution religieuse au XVIe siècleChapitre 150 sur 215 · LE PAPE DEVIENT INCERTAIN · texte numérisé non relu

LE PAPE DEVIENT INCERTAIN

Pie IV s'opposer de toutes ses forces aux exigences de Ferdinand P et du jeune roi François II. Il croyait que dans une ville allemande le concile dépendrait trop de rinfluence des Allemands, ou hérétiques ou trop avides de réformes radicales, surtout comme l'empereur était faible et sous la direction de son fils Maximilien, à moitié luthérien. Il était d'avis qu'en Italie seule l'orthodoxie était sûre de l'emporter au concile ; et pour cela, disait-il, il était résolu à sacrifier son sang et sa vie. Il ne voulait entendre parler ni d'un concile libre, comme l'empereur le demandait, ni d'un concile nouveau, comme les protestants le désiraient, mais exclusivement d'un concile œcuménique en général, qui serait la continuation des deux assemblées antérieures de Trente, et en accepterait d emblée tous les décrets (^).

Les exigences des gouvernements impérial et français le dégoûtèrent même complètement du concile. Il commença à dire qu'il préférait lui-même traiter la réforme par le moyen de congrégations de cardinaux. Il est vrai qu'il ajoutait que, en cas de besoin, il ne manquerait pas d accéder au concile, mais seulement à la condition que tous les princes de la chrétienté seraient unanimes sur ce point. C'était en réalité le renvoyer aux calendes grecques. Dès lors, ni lui ni les prélats romains ne manifestèrent plus aucun désir réel du concile, quoique leurs démonstrations publiques semblassent dirigées vers ce but 0.

(') E. Keimann, Unterhandlungen Ferdinands des Ersten mit Plus IV\ ForschttfJi^'^n znr detitschen Geschichte, t. VI, (1866), p. 591. — SiCKEL. I. c. p. 50.

(^) RôLazione de Louis Moanigo; Albkri, s. II, t. IV. p. 25. — Moceniofo quitta Koinc en juillet 1560.

C*est alors qu'eut lieu un événement qui amena une nouvelle évolution dans les décisions de la curie.

La reine-mère, Catherine de Médicis désirait ardemment rétablir la paix intérieure en France. Elle croyait alors que les mesures de rigueur ne feraient qu'exaspérer les huguenots et amener toujours de nouveaux désordres, de nouvelles rébellions. Elle voulait donc réconcilier les calvinistes français avec la majorité catholique du pays, par des concessions religieuses qui rapprocheraient le catholicisme même des idées protestantes, de sorte que des deux côtés on pourrait se réunir derechef dans la même communion. Sous Tinfluence de sa mère et suivant l'opinion du conseil d'Etat, le jeune roi François II convoqua à Fontainebleau une assemblée de notables pour délibérer sur l'état malheureux de la religion en France. Tout le monde voyait dans cette assemblée une préparation à un concile national, et on ne s'y trompait guère. A Fontainebleau, des prélats mêmes articulèrent les accusations les plus violentes contre le saint-siège et demandèrent de porter remède à la religion affligée et aux désordres de l'Etat par un concile national, sans se soucier aucunement du pape. En effet, l'assemblée résolut de convoquer les Etats-Généraux à Orléans, pour le 10 décembre 1560 ; et si le pape ne voulait pas satisfaire aux désirs unanimes de la chrétienté, les évêques français devaient se réunir le 10 janvier 1561 pour préparer immédiatement le concile national. Le pape fut averti officiellement de cette dernière résolution.

Déjà l'annonce de l'assemblée de Fontainebleau avait rempli de terreur tous les catholiques orthodoxes. Le

IL SE lȃCn)E POUB LE CONCILE 431

pape avait envoyé le vieux cardinal de Toumon, autrefois si influent auprès de François I*' et de Henri II, pour dissuader le gouvernement français du concile national, dont on craignait une défection complète de la France comme celle de l'Angleterre sous Henri VllI. Philippe II envoya aussi Antoine de Tolède à Paris pour -démontrer au jeune roi qu'un synode national serait fort nuisible, voire même pernicieux. Il lui offrait toutes les forces de TEspagne pour combattre les hérétiques ■et les schismatiques de la France. ** Si le roi ne peut pas renoncer au concile national, que du moins il le suspende aussi longtemps que possible „ Q), Tout fut en vain, le gouvernement français persista dans ses résolutions.

Dans ces circonstances, le pape comme Philippe II ne voyaient plus qu'un seul moyen pour éviter la réunion -de ce terrible synode de TEglise gallicane : c'était le concile général. Pie IV le dit sans beaucoup d'ambages à un de ses confidents, l'ambassadeur vénitien Marc- Antoine Mula : c'était pour combattre l'idée d'une assemblée du clergé français qu'il voulait convoquer aussi tôt que possible le concile œcuménique (^). Charles Borromée s'exprime encore plus clairement dans une lettre adressée au nonce de Vienne f ) : Le pape, quoique désirant en général la réunion du concile de Trente, avait voulu attendre l'invitation formelle de l'empereur, auquel il

(') Weiss, Papiers dÉtat du cardinal de Granvelle, t VI, p. 137 ss.

(•) Raynaldi ad an. 1".60 nr, 57. — Le successeur de Mula, Girol. "Soranzo, ne comprend pas autrement la résolution de Pie IV ; Albéri. t. X, p. 117.

(*) Cyprianus, Tabularium ecclesiae Ronianae saeculi XVP (Francfort et Leipzig 1743). p. 84 : Vil Kal. Junias.

avait eu l'intention de laisser tout organiser d'après sa libre volonté et ses convenances. Mais alors le danger d'un synode national français s'était fait entrevoir, et pour prévenir un tel danger, le pape avait résolu la convocation immédiate du concile général. — Après avoir obtenu de cette manière l'assentiment de Tempereur (^), considéré toujours, au moins dans la théorie du droit public, comme défenseur et protecteur suprême de l'Eglise, Pie IV, le 2 juillet 1560, avertit officiellement de sa décision les autres ambassadeurs qui se trouvaient à Rome.

Mais avant de publier la bulle de convocation, il avait encore deux grosses difficultés à résoudre.

La première était celle du lieu qu'on choisirait pour la réunion de l'assemblée. Nous savons qu'à ce sujet les idées du pape étaient tout opposées à celles de l'empereur et de François II. Heureusement pour le pontife, ses adversaires étaient faibles et maladroits, ne sachant jamais agir avec ensemble. Pie IV concentra d'abord tous ses efforts sur l'empereur, spécialement intéressé dans la question et plus important, d'un côté parce que Trente était sous sa puissance, de l'autre parce qu'il jouissait en Europe d'une plus grande autorité que le gouvernement, faible et tiraillé de toutes parts, du jeune roi de France. La cour romaine combla Ferdinand de politesses, elle lui envoya une épée et un chapeau consacrés et produisit, par ces moyens, une profonde impression sur l'esprit de l'empereur, qui avait amèrement regretté de ne pas être

(*) Lettre du cardinal Borromée (20 juin) et du cardinal Othon Iruckseis (3 juillet) à Hosius ; Cyprianus, p. 95 ss. 101 s.

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