TRENTE ENCORE SIÈGE DU CONCILE
reconnu dans sa dignité par Paul IV. Après ces habiles mesures préparatoires, on lui dépécha un nouveau nonce, Delfin, évêque de Fano, fin Vénitien, qui sut employer aussi bien les promesses que les menaces. Il lui assura qu'on tranquilliserait les protestants en leur octroyant toutes les sûretés qu'ils pourraient et voudraient demander pour leur séjour à Trente ; et en même temps il déclara à l'empereur que, s'il refusait cette ville, le pape convoquerait le concile à Rome même. Par des négociations de plusieurs semaines, il amena ainsi Ferdinand à accepter Trente comme lieu de réunion Q). C'était un mauvais augure pour la réussite des autres vœux de réforme que l'empereur avait émis ! Nous aurons plusieurs fois encore à regretter son manque absolu de fermeté dans presque toutes les questions importantes. Après que l'empereur eut cédé, la résistance de la France fut facile à vaincre : elle accepta pareillement la ville de Trente f). Premier grand triomphe de la diplomatie romaine !
Sur le second point, l'empereur, et le gouvernement français se montrèrent plus forts et plus persévérants. Ils désiraient que le concile fût expressément déclaré une assemblée nouvelle et non la continuation des synodes antérieurs. Ce n'était pas là une simple question de forme, car si on l'acceptait en ce dernier sens, les décrets votés en 1546, 1547 et 1551 rendaient impossible, en grande partie, les propositions de réforme que les deux gouvernements avaient 1 inten-
(') BucHOLTZ, t. VIII. p. 373 s.
(') Lîttre d'i cardinal de f. or raine a Véveque de Rennes ^ 1 1 novembre 156 0 Le Laboubkur, M'smoires de Castelnauy t. I, p. 475 s.
tion de faire au concile. Ils prévoyaient, en outre, que leurs sujets luthériens et calvinistes, qu'ils voulaient réconcilier avec l'Eglise, ne se rendraient qu'à un nouveau concile et nullement à la continuation d'une assemblée qui avait déjà repoussé rudement leurs principales doctrines. Le roi et le clergé d'Espagne, au contraire, dont les représentants avaient joué un rôle si considérable dans les anciennes réunions de Trente, et qui en outre, tenaient à l'orthodoxie immaculée de la foi, étaient fermement résolus à ne reconnaître qu'une continuation du concile (i). 11 est certain que les sympathies de la curie étaient acquises à la tendance espagnole Q, surtout parce (|u'elle ne voulait ni faire aucune concession aux hérétiques, ni permettre de révoquer en doute la légaliié des anciennes assemblées de Trente et de leurs décidions. Cependant, on ne pouvait pas célébrer de coiicile général sans et contre le^ Allemands et kb Français. Ces derniers n'avaient jamais accepté la seconde assemblée de Trente et refusaient obstir.éinent de la laisser déclarer légitime par le seul fait de l'annonce de sa continuation, L empereur, d'autre part, était empêché de plier encore une fois devant le désir du saint-siège, par la faiblesse même de son caractère. 11 avait peur des protestants, qui annonçaient hautement que, si l'empereur et les Etats catholiques de l'empire prenaient part à une continuation de l'ancien concile qui leur axait été si hostile, ils regarderaient ce fait
(*) Acta côncilii Jridmt'mi a cardinale PaUotto conscripta ; Thkiner, t. II. p. 527.
(') lettre du cardinal Putcc à liosiuSy tî novtiulie 156(.»; Cyfuianu^, Talnilarium, p. W).