CONTINUATION OU CONCILE NOUVEAU
comme une rupture de la paix de Passau et, par conséquent, comme une déclaration de guerre (^). C*était une menace que Ferdinand ne pouvait pas braver.
Pour n'oft'enser personne, le pape employa dans sa bulle de convocation des mots ambigus, n affirmant ni ne rejetant la continuation. La bulle parut le 29 novembre 1560. Il y invitait tous les prélats et tous les princes de la chrétienté à se rendre à Trente, où le concile s'ouvrirait à la fête de Pâques de l'année suivante, le 6 avril 1561. Quel triomphe posthume pour les idées de Charles-Quint ! Ce fut un événe-
ment d'une énorme importance pour l'Eglise catholique présente et à venir.
Le pape croyait alors nécessaire à son autorité de donner au concile qu'il venait de convoquer, un caractère vraiment œcuménique. Plus scrupuleux que Paul 111, moins inconstant que Jules 111, il avait la sérieuse intention de faire une réalité du synode général qu'il avait reconnu indispensable. Il chargea ses nonces d'adresser partout ses lettres d'invitation, non seulement aux princes et Etats catholiques, mais aussi aux schismatiques d Europe, d Asie et d'Afrique, aux Russes, aux Grecs, aux Coptes, aux Arméniens, etc., et surtout aux princes et villes protestants, comme l'empereur le lui avait conseillé. Mais les protestants montrèrent peu d'empressement à déférer à cette invitation. Les luthériens allemands avaient obtenu, par la paix de religion d'Augsbourg, bien plus qu'aucun concile n'aurait pu leur accorder. Ils étaient outrés, d ailleurs, non sans raison,
(') HucHOLTZ, Geschichie Ferdin. d. Erst.y t. VUI, p. 377 ss.
des persécutions cruelles dont Rome frappait, précisément à cette époque, leurs coreligionnaires d'Italie. Ce pape qui les exhortait à chercher un mode de réconciliation
entre eux et l'Eglise catholique, faisait égorger, dans la même année de 1561, des centaines de malheureux Vaudois du Piémont et des milliers de Calabrais, suspects de doctrines protestantes ! (^) Contre un tel adversaire, on ne pouvait prendre trop de précautions. Les luthériens posèrent donc des conditions, très naturelles à leur point de vue, mais impossibles à accepter de la part du pape : ils voulaient que les évéques fussent délivrés du serment de fidélité prêté au saint-siège; que la parole divine, c'est-à-dire la bible, fût la base unique des résolutions de rassemblée, et que leurs théologiens jouissent d'une égalité entière avec les prélats réunis. Ils disaient que, s'ils se rendaient au concile sans ces engagements préalables, cela serait " comme si les lièvres allaient prêcher parmi les lions. „ Us armèrent pour se défendre de toute contrainte qui aurait pu être exercée contre eux sur Tordre du concile (^). Les calvinistes français, qui depuis la mort de Henri II et de François II (décembre 1560), espéraient obtenir une victoire complète en France, ne montrèrent pas plus de déférence. Les souverains du nord restèrent également inaccessibles. Le roi de Danemark fit déclarer ouvertement au nonce, par l'intermédiaire de l'ambassadeur impérial, qu'il ne
(') V. p. 215 ss.
(*) Comparez les récits détaillés de Commendone et de Delfin, faits nu cardinal Borroniée, Naumbourj^. 8 février 1561 ; Afts^aellnea distoria Itatiana, (Turin 1864\ t. VI, p. 54 ss. — Lettre de Delfin a Cempereur. Naiinibourg, 10 février 1561 ; Bucholtz, t. IX, p. 673 ss. — Les documents donnés par Raynaldi ad. an. 1561, nr. 19 ss.