LE GOUVERNEMENT FRANÇAIS
désirait ni le voir dans son pays ni avoir la moindre relation avec le pape (^). La reine d'Angleterre refusa également l'entrée de son royaume au messager du pape. Eric XIV, roi de Suède, pour éviter la visite du nonce, se servit du prétexte d'un voyage à entreprendre en Angleterre à Teffet d'obtenir la main de la reine Elisabeth (^).
Ces événements firent prévoir que le concile serait exclusivement catholique, fréquenté seulement par les peuples et les princes restés fidèles à l'Eglise romaine. Mais quels étaient les vœux et les tendances que les différentes puissances catholiques chercheraient à réaliser par le concile .î^La marche ultérieure des événements ne serait pas comprise, si nous ne considérions d'abord les résolutions et les vues des princes catholiques quant à la grande assemblée qui allait s'ouvrir.
Le gouvernement français avait montré beaucoup de zèle et de bonne volonté pour la réalisation du concile. C'était bien naturel de sa part, car il espérait arriver par cette assemblée à une réconciliation entre ses sujets catholiques et protestants qui, jusqu'alors, s'étaient combattus sans cesse, et au rétablissement de la paix intérieure du royaume. Peu de temps après son avènement à la couronne, François II avait adressé au pape et au roi d'Espagne la demande que le concile se réunit aussi vite que possible f ). Et lorsque Pie IV se fut montré favorable à cette idée, François II, quoique fort bon catho-
(') Raynaldi ad an 1561, nr. 49. .
(^ ', Lettre de Commendone à Borromée, Luheck. l**" septembre 1561; Misée U. di storia liai. t. VI, p. 231 ss.
{^) Lettre de Philippe II à t empereur Ferdinand /•', 12 mai 1560; Doc uni. incditos. t. II. p. 554.
lique, avait exigé, dans Tcté de 1560, la convocation d'un concile nouveau, qui devait s'asseml)ler, non pas à Trente, mais dans une ville allemande, d'un côté pour gagner les protestants d'Allemagne, de l'autre pour montrer clairement qu'il s'agissait en effet d'un synode tout à fait nouveau. Car — disait François II — si l'Allemagne n'est pas satisfaite, il n'y a pas d'espoir de salut pour le monde chrétien (^). Nous savons que ces démarches n'eurent pas de succès.
Après la mort prématurée de François II, la reine-mère, Catherine de Médicis, régente pour son jeune fils Charles IX,essaya de toutes ses forces d'arriver à une entente avec les huguenots et de rétablir la paix et l'ordre dans le royaume déchiré par les factions religieuses. Dans cette intention, elle sollicita du pape, même avant l'ouverture du concile, d'accorder à la France la cène sous les deux espèces, — proposition qui, du reste, était pleinement approuvée par les évêques gallicans ("). Par cette mesure, elle espérait amener la réconciliation de la grande majorité des calvinistes français avec l'Eglise. En revanche, elle promit d'envoyer immédiatement à Trente vingtcinq des évêques les plus savants et les plus considérables du pays, ainsi que des ambassadeurs représentant le roi son fils. En outre, elle exhorta le saint-père à faire commencer sans retard les séances du concile (^). Comme le gouvernement de Catherine était en bons termes avec
(*) Instniction pour Tévêque de Rennes, aml)assadeur français près l'empereur, 23 mai 1560; Le Laboureur, t. I, p. 466. — Raynaldi ad an, 1560, nr. 52.
(*) Instruction pour M. de Lisie, ambassadeur de France K Rome, 24 octobre 1561; Le Plat, t. IV. p. 725 ss.
(•) Les détails de ces négociations sont donnés par T^K Laboureur, t I*'.
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les princes protestants d'Allemagne, il résolut de leur faciliter autant que possible Taccès du concile. Il leur demanda donc (novembre 1561), quelle ville leur serait le plus agréable pour y transférer le synode général (^).
Cependant , la cour romaine avait peu d'égards pour Catherine de Médicis, qu'elle ne craignait guère à cause de sa position précaire en France, et à qui elle reprochait sa faiblesse envers les hérétiques. Pie IV assura, il est vrai, à l'ambassadeur de France que. personnellement il n'avait aucune antipathie contre l'admission du calice, et même du mariage des prêtres, choses qu'il avait toujours considérées être plutôt du droit positif et historique que du droit divin ; c'était pour cela qu'au dernier conclave, il avait été accusé d'être luthérien. Mais il ajouta que, sur une matière si grave, il devait consulter d abord ses frères les cardinaux. Pie IV, en effet, avait l'intention de soumettre l'affaire au sacrecollège, pour en renvoyer la décision définitive au concile. Mais il rencontra immédiatement la résistance opiniâtre de la partie intransigeante du sacré-collège et de l'ambassadeur d'Espagne. Philippe II était bien éloigné des idées conciliantes de son père ; il voulait, au contraire, le maintien de la stricte orthodoxie. Son ambassadeur à Rome, François Vargas, supplia le pape de ne céder en rien à une exigence si " criminelle „ Q qui ne méritait pas d'être traitée en plein consistoire, et encore moins, d'être présentée au concile, parce
(') Le Plat, t. IV, p. 730 s.
(•) Vellaca; Dépêche de Vargas du 21 novembre 1501; Weiss. Papiers d'État du cardinal Granvelle, t. VI, p. 429.
que ce serait déjà en quelque manière une admission tacite de la demande. Pie IV, oubliant de plus en plus ses premières promesses presque formelles à M. de Lisle, ambassadeur de France, et se méfiant de ses propres connaissances en matière de théologie, adopta les opinions de la majorité des cardinaux et du roi d'Espagne qu'il croyait, non sans raison, le plus ferme soutien de la cause catholique. Il finit par répondre que, sans désobéir à l'Eglise, on ne pouvait pas administrer les sacrements dans un royaume d'une manière différente que dans les autres, et il donna au gouvernement français le conseil de s'adresser directement au concile (10 novembre 1561) C).
Cette conduite peu prévenante de la part du souverainpontife dans une aft'aire qui ne touchait en rien au dogme catholique, et dans laquelle, 130 ans auparavant, on avait pleinement contenté les Hussites, fit une très mauvaise impression sur le gouvernement français et diminua beaucoup son espoir d'un résultat heureux des délibérations du concile (janvier 1562). 11 menaça donc Rome dune assemblée d'évêques et de théologiens français, qui seraient chargés d'examiner eux-mêmes les points de divergence existant entre les protestants et les catholiques et d'amener, sans se soucier ni du concile ni de Rome, une entente entre les deux sectes Q. En conséséquence, on ne fit pas mine d'envoyer des prélats français à Trente. On se contenta d'y expédier, sans trop
(') Le Plat. t. IV, p. 733, 739 ss. — Sickel, p. 234. — Dôllingkb, Beitrae^e. t. p. 366 ss.
(*) Instruction pour M. de Lisle, 20 janvier 1562; Le Plat, t. V,
p. 1 1 ss.