LES ITALIENS
ainsi que les trois grands Etats succombèrent dans la lutte contre les efforts du saint-siège.
Il est vrai que les Espagnols, se basant sur Timportance et sur l'activité de leur roi et de leur Etat pour les intérêts de la cause catholique, et sur le rôle important qu'ils jouaient eux-mêmes au concile, prétendaient à exercer une influence toute spéciale et prépondérante sur ses résolutions et par elles sur tout le développement ultérieur du dogme et de la hiérarchie catholiques. Ils s'y conduisaient très souvent en maîtres, et même en maîtres arrogants et orgueilleux. On ne saurait nier qu'ils n'aient réellement empêché le concile et le pape, enclin personnellement à une réforme modérée, de satisfaire aux demandes, mêmes les plus modestes, des Français et de Ferdinand I". Cependant ils n'y ont réussi que parce que, sur ce point là, ils étaient d'accord avec presque toute la curie romaine et avec l'immense majorité des évêques italiens. Toutes les fois qu'ils se mirent en opposition avec ces deux dernières puissances,- ils échouèrent sur la question de l'indépendance du concile aussi bien que sur celle de sa durée !
Pie IV, cependant, avait une peur terrible des intentions hostiles des nations ultramontaines. Les Italiens avaient montré d'abord peu d'envie de prendre part à ce concile qu'ils considéraient comme un danger pour l'Eglise et principalement pour les intérêts particulier^ de Rome. Mais Pie craignait de voir les nations étrangères prévaloir à Trente : c'est pourquoi, malgré toutes les protestations des Italiens, il les força de s'y rendre eh nombre très considérable. Pour les y encourager et pour > mieux résister aux attaques des Espagnols et des Français,
il ne nomma pas moins de cinq légats (février 1561). D avait eu d'abord l'intention de choisir comme premier légat le cardinal Morone qui, autrefois, avait été partisan plus décidé encore que lui-même, de la réforme ecclésiastique, et dont la nomination aurait été d un bon augure pour le succès du concile. Mais ce fut là précisément une raison pour que les autres cardinaux, désireux avant tout de maintenir intacts les privilèges et les -droits pécuniaires de la cour romaine, se déclarassent contre Morone, et leur résistance l'emporta : Morone fut écarté, au moins momentanément (^).
Cependant, même sans lui, les légats formaient une représentation digne, sous tous les rapports, du saint- ^ège, une présidence brillante du concile général.
Le plus haut placé par sa naissance et par conséquent désigné comme premier président, c'était Hercule Gonzague, cardinal de Mantoue, frère du duc régnant de ce petit Etat, prince animé d'excellentes intentions et fort dévoué à l'empereur. Puis venaient le cardinal Jacques Puteo, Niçois très versé dans le droit canonj; Jérôme Seripando, autrefois général des Augustins, qui s'était distingué au premier synode de Trente par son érudition, par sa connaissance des langues, par son éloquence et en jméme temps par une certaine modération. Depuis, malgré la résistance du parti zélé, Charles-Quint l'avait nommé archevêque de Salerne, et Pie IV l'avait élevé au cardinalat, ie quatrième était le cardinal Louis Simonetta, canoniste ;célèbre, homme de confiance du parti conservateur dans le sacré-collège; le cinquième, Stanislas Hosius,fils d'un
l^ Dépêche de Varf as. 13 octobre 1560; DôLUVOSB, Bûir^iegt, 1. 1, p. 341.