LES LÉGATS
bourgeois de Cracovie, qui, après avoir fait des études brillantes à luniversité de Padoue, avait combattu, comme évêque de Varmie, avec beaucoup de succès, la réformation dans TEurope orientale. Ayant été pendant plusieurs années nonce apostolique près de l'empereur, Hosius connaissait à fond les intentions de ce monarque et Tétat des choses en Allemagne. Quelques mois plus tard, quand Puteo tomba malade, le pape le remplaça par le fils de sa sœur, le cardinal Marc d'Altemps, prélat fort jeune encore et complètement inexpérimenté, occupé alors à apprendre \t pater nos ter en langue latine (^). Son choix à des fonctions si importantes produisit un étonnement général ; mais Pie allégua pour excuse, qu'Altemps étant Allemand de naissance et évêque du diocèse allemand de Constance, on l'avait nommé par égard pour l'empereur et pour la nation germanique.
Ces cardinaux étaient entourés d'une troupe nombreuse de prêtres, très versés les uns dans la théologie proprement dite, les autres dans le droit canon, et tous rompus aux affaires. Un tel état-major leur assurait dans tous les cas une influence considérable sur les délibérations et les décisions du concile. Les plus connus en étaient Gabriel Paleotto, .auditeur de la Rote, et Scipion Lancelotti, avocat du collège des cardinaux, deux des officiers les plus érudits et les plus capables de la cour romaine, et tous les deux revêtus plus tard de la pourpre cardinalice. Le premier, qui a laissé une histoire très sincère de la troisième époque du concile de Trente, fut un jour fort près d'être élu pape.
Ceux parmi les légats. qui se rendirent les premiers à
(■} SiGKSL, p. 235.
Trente, n'y arrivèrent néanmoins que dix j jurs après le terme que la bulle avait indiqué pour louverturc du concile; et ils n'y trouvèrent pas plus de neuf prélats, tous Italiens. La raison principale de ces hésitations était que Philippe II résistait encore au concile. Avant de Tavoir gagné, lui qui était alors le plus orthodoxe et en même temps le plus puissant des princes catholiques, Pie IV suspendit effectivement le concile, en n'y envoyant plus d'évêques italiens et en déclinant aussi l'arrivée des ambassadeurs impériaux (^), de sorte qu'on recommença à douter du bon vouloir du pontife.
Ce ne fut que le 13 juin 1561, que Philippe accepta la bulle de convocation. Immédiatement, Pie IV infligea un démenti complet à tous ceux qui avaient douté de sa sincérité : il exhorta de nouveau les évéques du monde entier et surtout ceux d'Italie à entreprendre le voyage de Trente. Il fit tout pour rendre Philippe de plus en plus favorable à l'idée du concile. Pour lui plaire, il refusa au roi de Navarre de se porter médiateur entre lui et le roi d'Espagne, qui ne voulait pas traiter d'égal à égal avec Antoine de Vendôme. Pie IV et le cardinal Borromée promirent aussi formellement à l'ambassadeur •Vargas, que Simonetta, qui ne partit pour Trente que le 19 novembre, y apporterait l'ordre exprès et tous les "pouvoirs nécessaires pour décréter la continuation du concile et la validité des décisions antérieures (^). Les prélats arrivant à Trente en nombre de plus en plus
(') Le cardinal Borr ornée à Hosius, 16 avril 1561 ; Cyprianus, labtd^ p. 163 ss.
(•) Dépêches de Vargas du 30 septembre, 7 octobre, 7-21 novembre 1561 ; Weiss. Papiers de GranvtlU, t. VI, p. 342 s., 380 ss.. 407. 427 s.