LE PARTI PAPAL ET LE PARTI ÉPISCOPAL
Subitement l'inflexible Guerrero, archevêque de Grenade, souleva Q) la redoutable question de savoir si cette obligation était de droit divin ; il va sans dire qu'il opinait pour l'affimiative. Dès lors, la discussion sembla ne devoir jamais finir, et elle devint de plus en plus passionnée. Chaque parti essaya d'interrompre les discours des adversaires en trépignant des pieds ; on se taxa mutuellement d'hérésie, d'insolence, d'humeur insupportable (^) ; et chaque fois que les légats s'en mêlèrent pour rétablir l'ordre, on les accusa de vouloir amoindrir la liberté du concile.
Alors, les cardinaux de Mantoue et Seripando prirent une résolution inattendue. Soit qu'ils ne sussent plus comment se tirer autrement d'embarras, soit qu'ils fussent réellement disposés à déclarer de droit divin l'obligation de la résidence, ils résolurent de soumettre directement au vote du concile la question desavoir : s'il voulait, oui ou non, faire une telle déclaration } Tout le monde s'étonna que les légats proposassent à la décision du synode un sujet si délicat, qu'ils auraient dû chercher plutôt à assoupir. Les partisans enthousiastes du saint-siège surtout furent furieux de voir le concile placé dans l'alternative : de se montrer ou indifférent envers la plus importante de toutes les réformes, ou hostile à l'autorité papale. Et lorsque, après un long tumulte, on procéda au vote, on put se convaincre que leurs craintes avaient été suffisamment justifiées. Il n'y eut que la quatrième partie des pères — une trentaine — qui eurent le courage de nier ouverte-
(*) Acta Massarelli ; Thkiner, t. I, p. 697.
(') Lettre de V archevêque de Zara au cardinal Cornaro, 13 avril; Baluze- Mansi, Mscellanea, t. IV, (2* édition. Lucques 1764} p. 223 s.
ment le caractère divin de l'obligation de la résidence. Presque la moitié d'entre eux — 66 Q — Taffirmèrent sans restriction. Mais un peu plus du quart votèrent dans le sens de soumettre la matière à la décision du pape.
Il est évident qu'au fond la majorité, même dans ce concile composé en plus grande partie d'Italiens, était favorable à la déclaration de l'origine divine de la résidence. Mais comme dans la forme elle ne l'avait pas emporté, les légats en profitèrent pour choisir un terme moyen, celui de laisser la matière à la décision du saintpère. C'était la pire de toutes les solutions. Car, comment pouvait-on attendre de la curie qu'elle prononçât elle-même une telle limitation de sa puissance? Plus encore ; le concile, en renonçant volontairement à se déclarer sur une affaire si importante, s'était placé sous la tutelle de Rome, et avait fourni à ses adversaires le prétexte de désigner désormais les pères comme d'humbles esclaves du pape. L'archevêque de Prague dit hautement, dans la séance du lendemain, en sa qualité de premier représentant de l'empereur : qu'il était faux et nuisible de transférer au pontife ce qui devait être traité en concile ; que c'était là une chose indigne, que le pape désapprouverait lui-même.
En effet, presque tous les prélats étaient fort mécontents de la manière dont l'événement avait tourné, et on chercha à s'en disculper en rejetant la faute sur autrui et en l'attribuant surtout, tantôt à l'un tantôt à l'autre des légats;
(') Nous acceptons les données du procès-verbal officiel de Massarelli» Les chiffres indiqués par Paleotto et par un document des archives de Simancas {Doc. inédites^ t. IX, p. 131) en diffèrent un peu. Sarpi (1, VI) cite des chiffres tout à fait fantastiques, qu'il a modifiés, à ce qu'il paraît, lui-même, avec intention.