‹ La contre-révolution religieuse au XVIe siècleChapitre 163 sur 215 · MÉCONTENTEMENT DU PAPE · texte numérisé non relu

MÉCONTENTEMENT DU PAPE

Hosius était le seul qui n'eût pris que fort peu de part à ces discussions. La guerre de calomnies continua vivement à Trente, et de nombreuses lettres d'accusation, surtout contre Gonzague et Seripando, furent adressées à Rome par les partisans aveugles de la cour romaine, par les ambitieux et les chasseurs de bénéfices (^).

Il fallait attendre la décision de Rome sur la question de la résidence, réponse qui ne pouvait pas être arrivée au jour fixé pour la session suivante, le 19 mai. Du reste, les autres articles de réforme qui offraient moins de difficulté, avaient été confiés néanmoins à des commissions spéciales pour en terminer la rédaction définitive. Ces travaux traînèrent quelque temps encore, de sorte que la troisième session, la dix-neuvième du concile entier, ne fut remplie que par un décret d'ajournement, jusqu au 4 juin.

Mais dans l'intervalle, on reçut des lettres de Rome qui produisirent une profonde émotion.

Le pape avait d'abord assuré en plein consistoire des cardinaux qu'il était convaincu du caractère divin de l'obligation de la résidence (^. Mais cet esprit mobile et peu conséquent ne pouvait jamais se soustraire aux influences de son entourage. La cour romaine était résolue à n'accorder aux évéques, sous aucune condition, un droit propre et indépendant de la papauté : on craignait de voir en sortir une rébellion de Tépiscopat et un amoindrissement des revenus pontificaux dans chacun des diocèses

(') Paleotto donne, en termes très énergiques, une description vive et détaillée de ces intrigues ; p. 555 s. — Comparez la lettre , de l'arch. de Zara au cardinal Comaro; Baluze-Mansi, t. IV, p. 232.

(*) Dépêche de Vargas du 4 mai; Dôllinoer, Beitraege, t. I, p. 422

du monde catholique. On disait tout haut à Rome que le roi d'Espagne se servait du concile pour diminuer Tau-torité du pape. Q). D'un autre côté, on n'osait pas résoudre par la négative une matière qui paraissait la plus importante à la chrétienté entière, et en faveur de laquelle toutes les nations étrangères, et même une partie considérable des Italiens s'étaient déclarés. Pie IV, qui avait autrefois assuré au concile une liberté complète dans ses délibérations et résolutions, se rangeait tout à fait à Tavis des cardinaux et des officiers de sa cour et se laissa mettre en colère par eux contre les légats qui avaient permis d'introduire cette question délicate et pénible, particulièrement contre Gonzague et Seripando, et ensuite contre tous ceux qui avaient voté pour l'origine divine de la résidence. Simonetta, qui ne pensait qu'à faire sa cour à la majorité du collège des cardinaux, attisa le feu autant que]3ossible par des lettres secrètes qu'il envoya en grand nombre à Rome f). Il y accusait nettement ses collègues d'avoir trahi les intérêts du saint-siège, de s'être alliés aux ultramontains^ " conjurés contre le Seigneur et son oint. „ Même à Trente, il contredisait partout ses collègues, de sorte qu'il était en très mauvais termes avec les cardinaux Seripando et de Mantoue (^). Ces derniers furent couverts d'opprobre à Rome. Le pape qui, à cette époque, se montrait en général fort irrité et impatient de toute contradiction, accusa publiquement Seripando de se laisser diriger exclusivement par Gon-

(1) Dépêche de Lisie, 6 mai; Le Plat, t. V, p. 165.

(*) C'est PALLAViciNi qui, tout papal qu'il est, nous communique (XVI, IJ, 7 ss.) le contenu de ces lettres qu'il a eues lui-même entre les mains.

(') MusoTTi, Sommario, p. 17. Musotti se range, cela va sans dire, du côté de son patron Seripando et de Mantoue.

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