LE PAPE ET LES LÉGATS
zague. " Il me cuit, disait-il, d'en avoir fait un homme important, j'aimerais mieux payer 50,000 ducats et ne pas ravoir nommé cardinal ; c'est un ennemi du saintsiège „ C).Tel était le caractère de ce pape ; homme bienveillant au fond, mais prompt à là colère, se sentant blessé par la moindre opposition, prenant ses résolutions politiques à l'instant, et n'aimant pas à consulter beaucoup de gens. ** Le saint Esprit est avec moi, avait-il l'habitude de dire, donc je n'ai pas besoin du conseil d'autrui „ Q. Il avait tellement oublié la doctrine qu'il avait professée luimême auparavant, qu'il prétendait maintenant que lui seul, comme pasteur universel, avait le droit de forcer les évéques à leur devoir de résidence (^). Il reprocha aux légats, à l'exception de Simonetta, de s'être conjurés avec les Espagnols contre le saint-siège et d'avoir commis ainsi un gros péché (*). C'est pourquoi il annonça qu'il allait envoyer trois légats nouveaux à Trente pour mettre fin à ces contestations ; l'un d'eux, San Clémente, en sa qualité de cardinal-prêtre, supérieur en rang à Gonzague, devait présider désormais le concile. En attendant leur arrivée, il fit savoir à Simonetta, par l'intermédiaire de son neveu Borroméc, que toutes les choses seraient conduites comme il l'entendrait lui-même, et il lui ordonna de s'opposer ouvertement et énergiquement à ceux de ses collègues qui voudraient nuire aux privilèges du saint-siège (^).
(•) Dépêche de Vargas, 23 mai ; Dôllingrr, Beitraei^ey t. I, p. 438.
(') Relaz. diGirol. Soranzo (1563). p. 7'); de Giac. Soranzo (1.56.5), p. 13i),
("} Mémoire de LisU. 29 mai 1-562; Le Plat, t. V, p. 196.
(*) Lettre de l'évèque de Lerida h Vargas, 18 mai ; Docum. inédites^ t. IX, p. 188.
(*) PALLAVlCINf, XVI. 8, 13.
Cette mesure, telle que le pape avait rintention de la prendre, aurait eu des conséquences très graves. Non seulement elle aurait forcé le premier président actuel, le cardinal de Mantoue, qui jouissait d'une grande autorité et était très estimé par Tempereur et le roi d'Espagne, à se démettre de toutes ses fonctions au concile, mais elle aurait aussi démontré d'une manière irréfutable la dépendance complète du concile de la cour romaine. Une dissolution totale de rassemblée en aurait pu résulter, car ni les Espagnols, ni les Allemands, ni les Français ne se seraient soumis à une telle humiliation. IS orateur français, Louis de Saint-Gelais, seigneur de Lansac, ne se plaignait-il pas déjà que le concile n'était pas libre, comme on l'avait promis, et qu'on y envoyait le saint Esprit par la malle de Rome Q) ?
Les légats, à l'exception bien entendu de Simonetta, qui triomphait hautement, étaient comme pétrifiés, ^ comme . des statues, „ ainsi que le disait un Espagnol, témoin oculaire (^). La discorde, les conflits, les calomnies, la défiance — tel était l'état du concile, qui menaçait à chaque instant de se dissoudre. Le public en général s'attendait déjà à cet événement, car les embarras intérieurs du synode étaient assez bien connus dans l'Europe entière (').
Pour atténuer la colère du saint-père et pour sauver au moins l'apparence de la liberté de l'assemblée, les légats s'adressèrent aux partisans du droit divin de la résidence, en les priant avec instance de laisser mettre de côté provisoirement le premier article de réforme. Mais ils rencon-
(^) Lettre de Lansac à de Liste, 19 mai; Le Plat, U V, p. 169.
(') L'évêque de Lerida, 18 mai; 1. c.
(•) Lettre de Cromcr à Hositts, 8 juin; Cyprianus, Tabula, p. 233.